Les psychotropes font partie de notre régime alimentaire. La caféine et l’alcool sont les plus répandus. De nombreux produits ou plantes cultivés dans le monde pour se nourrir sont des drogues puisqu’ils en contiennent naturellement. Mais une partie de ces psychotropes naturels sont des stupéfiants lorsqu’ils sont produits, commercés et consommés illégalement.
Parmi les thèmes traités dans l’édition 2026 du Déméter coordonné par Sébastien Abis, l’un d’eux porte sur la production agricole de drogues. Pierre-Arnaud Chouvy, chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’a illustré dans un article intitulé « Drogues : les racines agricoles du marché mondial ».
En préambule, le contributeur acte qu’une partie de la production agricole mondiale est aussi une production agricole massive de drogues naturelles, de caféine, de théine et de nicotine en particulier. Or les cacaotiers, les caféiers et les arbres à thé sont cultivés dans le monde sur près de 29 millions d’hectares.
Le tabac est aussi implanté sur près de 3,3 millions d’hectares. En France, sa culture a quasiment disparu mais elle était notamment très répandue en Dordogne ou dans le département du Nord, près de la frontière flamande, où elle faisait vivre des milliers petits exploitants familiaux. Aujourd’hui, notre pays importe au moins 1,2 milliard d’euros de tabac et de cigarettes.
A la différence des autres psychotropes, stockés à l’état naturel dans les plantes, l’alcool ne l’est pas. Pour autant, il est avec la caféine, l’un des deux psychotropes les plus consommés au monde.
Mais l’alcool est obtenu par fermentation puis par distillation d’une vaste variété de produits agricoles. Une partie des pommes de terre, de l’orge ou du riz cultivés et produits dans le monde sur des centaines de millions d’hectares, est ainsi transformée en vodka, whisky ou bière et en saké. La Canne à sucre est la matière première à partir de laquelle le rhum est produit.
Parfois, cette production d’alcool est réalisée en catimini, en distillant des fruits fermentés dans des alambics.
« La production agricole de drogues est un phénomène mondial difficilement quantifiable », souligne Pierre-Arnaud Chouvy, du CNRS et en même temps, il est observé dans tous les pays, avec chacun leurs spécificités.
Pas un pays n’en produit pas, sous une forme ou une autre, légalement ou illégalement.
Des stupéfiants sur des centaines de milliers d’hectares
Tous les stupéfiants sont des drogues mais toutes les drogues sont loin d’être des stupéfiants. Elles le deviennent lorsque leurs usages sont interdits. « La morphine est une drogue légalement utilisée en médecine mais elle devient est un stupéfiant lorsque son usage est détourné », explique ainsi Pierre-Arnaud Chouvy. Parfois, la définition drogue-stupéfiant est tenue.
Mais si cultiver des cacaotiers en Amérique centrale ou en Afrique ou, des arbres à thé en Asie mobilise des millions d’hectares, la production de stupéfiants (cannabis, pavot) s’étend sur seulement quelques centaines de milliers d’hectares répartis dans quelques pays seulement.
Selon Pierre-Arnaud Chouvy, la superficie mondiale de pavots était estimée 400 000 ha en 2017. Une soixantaine de pays en cultivent mais les champs de fleurs s’étendaient sur 328 000 ha en Afghanistan, avant le retour des Talibans au pouvoir. De même, la superficie mondiale de cocaïers était estimée à 350 000 ha dans les neuf pays où ils sont plantés, dont 253 000 ha recensés en Colombie.
A contrario, le trafic commercial de ces stupéfiants est internationalisé et s’opère par voies terrestres, aériennes ou maritimes. Les services des douanes saisissent régulièrement des cargaisons. La politique de prohibition aboutit rarement à des résultats probants.
Toutefois, le gouvernement afghan est parvenu à réduire de 70 % la superficie de pavots cultivés dès 2023, deux après la prise de pouvoir des Talibans. Parallèlement, il mène une politique de soeuvrage drastique auprès de la population dépendante à l’héroïne.
Mais la culture du pavot n’est pas pour autant éradiquée. Le régime afghan aurait pris en main la filière, selon une source anonyme afghane, réfugiée en France. Le gouvernement imposerait aux paysans qui cultivent encore la plante, de payer une taxe et gérerait la commercialisation des stupéfiants ou de ses substances dérivées.
Selon le chercheur du CNRS, la culture du cannabis est la production de stupéfiants la plus répandue dans le monde. 146 pays le cultivent et au moins 219 millions en consomment (source 202-2022).
Il y a plus de vingt-ans, le Maroc en cultivait à lui-seul 134 000 ha. Mais comme une partie de la production mondiale échappe à tout contrôle, l’ONUDC est incapable d’estimer la superficie totale.