Les mers, les principaux facteurs de risques pour les marchés des céréales, de l’énergie et des engrais

L’intensification des combats et les destructions  des infrastructures portuaires dans la mer d’Azof et la mer Noire paralysent le transport du blé. Dans le détroit d’Ormuz, le conflit irano-américain bloque l’acheminement des engrais et d’hydro-carburants fossiles. Et depuis que les attaques des Houthis ont repris, emprunter la mer Rouge est dangereux. L’Arabie est cernée par des conflits maritimes.

La multiplication des conflits maritimes affecte l’ensemble de la filière céréalière, des champs aux ports d’embarquement et même durant l’expédition des grains jusqu’à destination.

Au Moyen Orient, le « fantastique accord » dixit Donald Trump, conclu entre les Etats-Unis et l’Iran a fait pschitt !!! Depuis une quinzaine de jours les prix des carburants ont allègrement dépassé le seuil de 2 € le litre. La reprise des combats entre les deux pays a fait voler en éclats l’accalmie retrouvée sur les marchés des énergies et des engrais (azotés principalement) il y a moins d’un mois. La récente trêve est très fragile.

Pour ne rien arranger, la guérillat et les bombardements des Houthis au sud de la mer Rouge, dans le golfe d’Aden, paralyse de nouveau le détroit de Bab-el-Mandeb. Or l’Arabie saoudite commençait à expédier une partie de sa production de pétrole, depuis son port d’Yanbu, puisqu’elle ne peut plus compter sur le golfe Persique, paralysé au niveau du détroit d’Ormuz, pour accueillir des pétroliers venus remplir leurs cuves.

En conséquence, le plan d’urgence du ministère de l’Agriculture lancé il y a une quinzaine de jours n’est déjà plus suffisant pour compenser une partie des surcoûts générés par le renchérissement des prix des engrais.

Les fertilisants et les carburants vont rester durablement chers.

Or lorsque les travaux de récoltes sont achevés, les agriculteurs n’attendent pas pour déchaumer leurs champs et y préparer l’implantation du colza dans moins de quatre semaines, si les conditions météorologiques le leur permettent.

Dans toute la mer Rouge, la reprise des combats des Houthis rend la navigation sur la zone dangereuse. Aussi, les cargos de céréales partis des ports de la mer Noire pour se rendre en Afrique de l’Est ou en Asie vont de nouveau devoir atteindre l’océan Indien et livrer leurs cargaisons en Asie du Sud en contournant l’Afrique et en passant par le cap de Bonne espérance. Franchir le canal de Suez pour traverser la mer Rouge est dangereux.

L’expédition en Mer Noire

En Russie et en Ukraine, la situation sécuritaire en Mer d’Azof et en Mer Noire impacte bien plus l’évolution du prix du blé que les épisodes caniculaires en Union européenne.

Les attaques sur les infrastructures portuaires russes et ukrainiennes paralysent les échanges commerciaux. Or cette région commerce habituellement 30 % des volumes de blé échangés dans le monde.

Suite à une série de frappes ukrainiennes, la Russie a été contrainte de suspendre temporairement le trafic sur le canal du Don-Azov et le détroit de Kertch, ce qui a considérablement réduit l’utilisation de l’une de ses principales voies d’exportation agricole.

En réponse, la Russie a intensifié ses attaques contre les ports ukrainiens de la région d’Odessa, qui assurent plus de 90 % des exportations de céréales et d’huiles végétales de l’Ukraine.

Plusieurs terminaux importants ont déjà suspendu leurs activités, tandis que certains négociants ont temporairement interrompu leurs achats destinés aux ports en eau profonde.

En Ukraine, le trafic routier et ferroviaire avec les pays voisins de l’Union européenne (Pologne, Roumanie vers le port de Constanta) est redevenu très intense, selon Ukragroconsult. Sur le Danube, le port d’Ismail redouble d’activité.

Mais ces acheminements alternatifs sont onéreux et en grande partie supportés par les agriculteurs ukrainiens en imputant, sur les prix de vente sortie ferme de leurs grains, ces nouveaux coûts logistiques. A moins qu’ils ne décident d’attendre des jours meilleurs en stockant.

En attendant, les craintes de perturbations de l’approvisionnement se répercutent déjà sur les cours du blé très volatils. Le prix seuil de 220 € de la tonne de grains a presque été atteint durant la semaine close le 25 juillet.

Environ 90 % des exportations céréalières russes par voie maritime transitent par les ports du bassin Azov-Mer Noire. Les pays importateurs, dépendants du blé de la Mer Noire pour pourvoir à leurs besoins, sont inquiets.

 « Toutefois la situation actuelle diffère sensiblement du choc observé sur les marchés au début du conflit armé en 202, souligne Ukragoconsult. À cette époque, les prix reflétaient les inquiétudes liées aux pertes de production et aux perturbations des exportations. En 2026, le marché se concentre principalement sur la logistique, tandis que l’offre mondiale de céréales demeure relativement stable ».

Mais si les perturbations du transport maritime en mer d’Azov et en mer Noire persistent, les pertes des exportateurs russes pourraient se chiffrer en milliards de dollars, tandis que les cours mondiaux des céréales resteront probablement sous pression en raison des risques logistiques.