Réaction au Baromètre ECO de Wikiagri interrogeant les éleveurs Bovins Lait sur leurs préoccupations actuelles (édition novembre-décembre 2025).
Wikiagri : Les éleveurs jugent majoritairement la situation “plutôt bonne”. Comment expliquez-vous ce niveau de moral et quelles sont vos perspectives à court terme ?
Romain Le Texier : Nous sommes alignés sur ces résultats, effectivement notre baromètre social des éleveurs du CNIEL atteint également un niveau record cette année avec un score de 57,4/100 de notre indicateur (vs 55,5 en 2024 et 56,9 en 2022).
Dans les principales explications de ce meilleur moral, on trouve :
- Une situation financière améliorée avec plus d’éleveurs qui ont le sentiment de dégager un revenu acceptable de leur activité (note de 6,3/10 cette année vs 4,7 en 2019) et plus d’entre eux qui jugent rentable leur activité (6,5/10 vs 5,4 en 2019).
- Cela confère un optimisme plus important pour l’avenir. 73 % des éleveurs envisagent leur production laitière en hausse ou stable dans les 5 ans à venir (+ 6pts vs 2019). Et chez ceux qui pensent arrêter, le départ à la retraite est le premier motif, devant les raisons financières ou de charge/temps libre.
Cette évaluation de leur situation est aussi sujette aux aléas climatiques et sanitaires. Le climat a joué négativement l’an passé, en particulier chez ceux qui ont d’autres activités que la production laitière. Et le sanitaire a été un sujet majeur cette année, mais l’accompagnement semble avoir été au rendez-vous (85 % des éleveurs laitiers jugent avoir été bien accompagnés).

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En revanche, cela ne change pas les enjeux autour de la pénibilité du travail (charge, stress, se dégager du temps libre), de la lourdeur administrative ou de la distance ressentie entre leur attachement au métier et le manque de reconnaissance par les Français. En rapport avec la seconde question cela peut justement être des axes de travail de la filière pour améliorer les à-côtés du métier d’éleveur, et leur permettre de passer plus de temps à faire ce qu’ils aiment (plein air, lien avec les animaux, être son propre patron…) et moins dans l’administratif.
Et sur la partie charge / temps libre, nous travaillons à l’attractivité de la filière pour faciliter le recrutement et la fidélisation des éleveurs laitiers comme de la main d’œuvre salariée. Aujourd’hui, on estime ainsi que 50 % des éleveurs ont recours au salariat et l’aménagement du temps de travail est selon eux la mesure la plus pertinente pour recruter et fidéliser.
Wikiagri : Au-delà de la conjoncture, quels leviers la filière mobilise-t-elle pour consolider la durabilité économique et environnementale des exploitations ?
Cniel : Au-delà de la conjoncture, la filière laitière mise sur plusieurs leviers pour renforcer durablement la performance des exploitations. La compétitivité reste un axe central, soutenu par des dimensions complémentaires. D’abord, l’efficience technico-économique : le CNIEL accompagne les acteurs avec de nouveaux outils techniques, des programmes de recherche et un appui renforcé aux SIQO (AOP, produits laitiers de montagne, Bio…) pour valoriser les savoir-faire et optimiser la production. Ensuite, la durabilité environnementale : des études et programme permettent d’identifier les leviers économiques de la transition, notamment pour réduire l’empreinte carbone, comme La Ferme Laitière Bas Carbone. Véritable démarche de filière, cette initiative portée et développée par le CNIEL vise à promouvoir des pratiques agricoles et des leviers d’action afin de réduire l’empreinte carbone du lait produit.
Enfin, la dimension humaine : nous travaillons sur les conditions de travail, le renouvellement des générations et l’accompagnement des acteurs laitiers, avec une attention particulière au bien-être animal. C’est cette combinaison entre innovation, responsabilité et valorisation du métier qui consolide la durabilité de la filière.