Ce qu’en dit… Emmanuel Bernard, éleveur dans la Nièvre et président de la section bovine d’INTERBEV

Réaction au Baromètre ECO de Wikiagri interrogeant les éleveurs Bovins Viande sur leurs réoccupations actuelles (édition novembre-décembre 2025).

Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’INTERBEV

Wikiagri : Les éleveurs jugent majoritairement la situation “plutôt bonne”. Comment expliquez-vous ce niveau de moral et quelles sont vos perspectives à court terme ?

Emmanuel Bernard : Le moral des éleveurs reste globalement bon, et c’est assez logique. Après plusieurs années difficiles, le marché de la viande bovine connaît une phase de prix élevés, ce qui leur redonne un peu d’air. Toutefois, les perspectives sont plus inquiétantes au niveau de la filière, qui doit s’adapter très rapidement à un contexte à la fois de manque d’offre et de prix croissants.

Il faut rappeler que nous faisons face à une décapitalisation importante du cheptel bovin : plus d’un million de vaches ont disparu en huit ans, aussi bien dans les troupeaux allaitants que laitiers. C’est une tendance structurelle, que l’on observe en France comme ailleurs en Europe, liée à des contraintes économiques, sanitaires et au manque de renouvellement des générations. Cette tendance est accentuée par les maladies vectorielles récentes dont nous subissons durement les impacts.

La baisse du nombre d’animaux réduit mécaniquement l’offre et tire les prix vers le haut. Depuis la fin de l’année 2024, les cotations ont bondi de près de 30 % pour les vaches et 28 % pour les jeunes bovins. C’est un signal positif pour les éleveurs : leur travail est enfin mieux valorisé, et cela se ressent sur le moral.

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En revanche, cette décroissance de la production ne s’accompagne que d’une légère érosion de la consommation. La baisse du cheptel nous rend plus dépendants des importations, ce qui pose une vraie question de souveraineté alimentaire.

Wikiagri : Au-delà de la conjoncture, quels leviers la filière mobilise-t-elle pour consolider la durabilité économique et environnementale des exploitations ?

Emmanuel Bernard : L’avenir de la filière repose avant tout sur le maintien de la production grâce à la naissance des veaux et sur la garantie d’une rémunération juste et durable pour chaque maillon de la chaîne. Ces conditions sont indispensables au renouvellement des générations et à la pérennité de l’élevage bovin français. Elles permettent également de redonner une véritable dynamique de production, en donnant aux éleveurs l’envie — et les moyens — de développer leurs élevages.
À cet effet, INTERBEV a fait de la juste rémunération des éleveurs une priorité, notamment à travers la contractualisation, un levier essentiel pour sécuriser les exploitations et l’approvisionnement des entreprises de la filière, améliorer le revenu des éleveurs, valoriser l’élevage herbager, soutenir l’économie locale, et contribuer à enrayer la décapitalisation bovine. Sur le plan environnemental, la filière s’engage concrètement à réduire ses émissions de gaz à effet de serre conformément aux objectifs gouvernementaux fixés par l’État.  Dans le cadre de sa démarche RSO (responsabilité sociétale des organisations), la filière Bovins Viande déploie une feuille de route de décarbonation, mise en œuvre à partir de 2024, sans réduction du cheptel. Cette stratégie vise à maintenir la production pour préserver la souveraineté alimentaire, protéger les surfaces en herbe, atout majeur de l’élevage herbager et mettre en œuvre des leviers techniques pour optimiser les conditions de reproduction, faire évoluer les rations, favoriser la génétique… 

Enfin, nous travaillons sur le renouvellement des générations, un enjeu majeur pour la durabilité à long terme. Cela passe par l’attractivité du métier, l’accompagnement à l’installation et la reconnaissance du rôle essentiel de l’élevage dans la vitalité des territoires.