Compte tenu des prix de commercialisation actuellement en vigueur, aucun céréalier ne parvient à dégager un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir ses charges et se rémunérer dignement. Selon l’AGPB, les revenus des scopeurs sont négatifs depuis 2023. Leurs aides Pac ont été divisées par deux en euros constants.
Dans le département de la Marne, le centre de gestion AS entreprise du réseau accompagnement et stratégie publie, à l’attention de ses adhérents, une étude analytique des coûts de production des différentes cultures.
« L’objectif de cette approche est de mettre en confrontation ce que coûte une culture ou une activité au prix de vente potentiel et au marché », explique Olivier Josselin, Responsable relations extérieures – Filières et références.
Les céréaliers sont classés en trois catégories en fonction du niveau des charges de leur exploitation: le « quart des moins couteux », le « quart des plus couteux » et ceux qui sont dans « la moyenne ».
« Les charges sont calculées en fonction des analyses de groupes Marne, Champagne Crayeuse de l’année passée 2024, corrigées pour 2025 des évolutions observées sur les marchés et/ou par des indices statistiques », souligne l’auteur de l’étude.
Les chiffres de l’étude d’AS Entreprises sont quelque peu transposables aux autres bassins de production à la périphérie de Paris. Ils permettent d’identifier quelle catégorie de céréaliers et de producteurs de grandes cultures parvient à se rémunérer un tant soit peu dans le contexte économique actuel.
Pour le blé, les céréaliers du « quart des moins coûteux » ont produit leur céréale avec un coût de revient de 169 € la tonne (ou 1 478 €/ha) pour un rendement estimé à 8,7 /ha.
Compte tenu des aides Pac, le seuil de commercialisation est 178 €, prélèvements privés compris .
Mais à 155 € la tonne de blé sortie ferme (prix en vigueur fin décembre 2025), les prélèvements privés que l’exploitant pourra prélever avec la vente de son blé sera limitée à seulement 10 €/tonne soit environ 90€/ha.
A ce prix de vente, les céréaliers du « quart des plus couteux », avec un prix de revient de 226 €/t et un seuil de commercialisation de 237 €/ha, sont non seulement assurés de ne pas couvrir leurs charges mais surtout, de perdre plus de 650 €/ha (ou 70 €/t).
Un différentiel de charges élevé
Entre ces deux catégories de céréaliers, les charges de mécanisation sont supérieures de 300 €/ha, les frais foncier et de bâtiment de 23 €/ha, la main d’œuvre de près de 20 €/ha et les frais généraux et financiers de près de 50 €/ha.
En 2024, les céréaliers marnais producteurs de blé étaient à la fois pénalisés par des charges de production par hectare (1 907 €) supérieurs de 170 € à leurs niveaux de 2025 et par des rendements moyens inférieurs de 2,1 t/ha. Aussi, le prix seuil de commercialisation était en moyenne de 252 €/t versus 171 €/t, hors prélèvements privés (et respectivement 290 €/t et 203//t avec prélèvements privés).
Mais sur l’ensemble des cultures céréalières passées en revue par le centre de gestion FDsea51 Conseil, le constat est similaire : en 2025, ce ne sont pas les rendements qui déterminent la compétitivité des céréaliers entre le « quart des moins couteux » et le « quart des plus couteux », (puisqu’ils sont bien plus élevés et plutôt homogènes) mais les montants de leurs charges investies.
En Escourgeon, le prix seuil de commercialisation des céréaliers du « quart des moins couteux » est de 140 €/t hors prélèvements privés versus 201 €/t pour le « quart des plus coûteux ». Là encore, les moins couteux sont certains de ne pas vendre à perte leur céréale au prix du marché, même s’ils doivent rogner sur leurs prélèvements privés (le prix seuil de commercialisation est 174 €/t), pour la seconde catégorie de céréaliers du « quart des plus coûteux », les pertes sont là encore colossales.
Pour les autres céréales et grandes cultures, voici les prix seuil de commercialisation du « quart des moins couteux » hors et avec prélèvements privés comparés aux « quart des plus couteux ».

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Aides Pac des scopeurs : un manque à gagner de 180 €/ha !
Selon l’AGPB, section spécialisée des producteurs de blé de la FNSEA, l’effondrement des revenus révèle le déclin de l’Agriculture française. Depuis 2023, le revenu des céréaliers « scopeurs » est négatif.

Outre les questions de charges et de prix, l’AGPB souligne la baisse de moitié des aides Pac en euros constants (ou d’environ 180 €/ha). Pour des scopeurs à la tête d’une exploitation de 150 ha, le manque à gagner est de 27 000 € !
