Face aux mutations climatiques, économiques et sociétales, certains des dirigeants des filières agricoles et agroalimentaires choisissent d’engager un travail collectif sur leur stratégie et préparer l’horizon 2035.
Comment pérenniser son activité dans un monde qui change toujours plus vite ? Comment réduire la vulnérabilité de son entreprise face aux crises ? Comment construire un projet capable d’embarquer collaborateurs et partenaires ? Ces questions, de plus en plus de dirigeants des filières agricoles et agroalimentaires se les posent. Pour y répondre, certains choisissent de s’atteler collectivement au travail de leur stratégie.
C’est l’ambition du parcours Agri-Agro de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC). Pendant plusieurs mois, des dirigeants issus de l’ensemble de la chaîne de valeur construisent une feuille de route stratégique à horizon 2035 pour rendre leur organisation plus robuste face aux transformations environnementales, économiques et sociales. La deuxième édition du parcours s’ouvrira à l’automne.
Passer de l’adaptation à l’anticipation
Longtemps, les entreprises ont abordé les enjeux environnementaux sous l’angle de la conformité réglementaire ou de la réduction de leur empreinte. Le parcours Agri-Agro de la CEC invite à changer de perspective : considérer ces transformations comme un enjeu stratégique susceptible de redéfinir les modèles économiques.
L’objectif est d’aider les dirigeants à anticiper les évolutions qui façonneront les filières dans les prochaines années : changement climatique, disponibilité des ressources, évolution des systèmes alimentaires ou nouvelles attentes sociétales.
À l’issue du parcours, chaque organisation élabore une feuille de route à horizon 2035. Pour certaines entreprises, elle débouche rapidement sur des décisions stratégiques. Sébastien Loctin, dirigeant de Biofuture, témoigne ainsi avoir engagé un recentrage de son activité sur le marché français à la suite de cette réflexion.
Une réflexion menée à l’échelle de la filière
L’une des spécificités du parcours est de réunir des acteurs qui échangent rarement dans un même cadre : producteurs, transformateurs, distributeurs, établissements d’enseignement, organismes de conseil ou encore financeurs. La première édition a ainsi rassemblé des entreprises comme Sodiaal, Bonduelle, Alpina Savoie, Hyper U, Bleu-Blanc-Cœur, Biofuture ou Léa Nature, illustrant la volonté de faire dialoguer l’ensemble des maillons des filières agricoles et alimentaires.
La deuxième édition débutera en septembre 2026 avec cinq sessions de deux jours, planifiées jusqu’en mai 2027. Chaque organisation est représentée par un binôme associant le dirigeant à un collaborateur occupant une fonction stratégique (responsable RSE, achats ou autre fonction clé, voire le bras droit ou le conjoint, dans les plus petites structures) afin de favoriser l’appropriation de la démarche et son déploiement dans l’entreprise. Les sessions alternent interventions de scientifiques, éclairages d’experts, accompagnement par des coachs professionnels et ateliers d’intelligence collective.
Une dynamique appelée à durer
Au-delà du parcours, la CEC a créé une dynamique Agri-Agro qui réunit les anciens participants ainsi que des dirigeants des filières engagés dans d’autres parcours territoriaux. L’objectif est de poursuivre le travail sur les feuilles de route, partager les retours d’expérience et développer des coopérations autour des enjeux communs. Les alumni interviennent également auprès des nouvelles promotions afin de transmettre leur expérience.
Dans un contexte où les défis environnementaux, économiques et géopolitiques s’accumulent, cette démarche traduit une évolution de fond : la compétitivité des filières repose désormais autant sur leur capacité à anticiper les transformations et à coopérer que sur leurs performances économiques.