280
– Oui, 280 !
– Non, ce n’est pas possible ! 280 !!! Tu en es sûr ?
– Oui et on annonce même 250 au printemps !
– Mais on va tous crever ! Et personne ne dit rien ?
– Non, rien.
280, oui, mais de quoi parle-t-on ? D’une hausse des impôts ? D’une limitation de vitesse ? D’un investissement ? D’une perte… Non, mais de quoi s’agit-il alors ? Du prix payés aux éleveurs pour le lait qu’ils vont produire ! 280 € la tonne de lait sur l’année 2016, avec un « pic » à 250 € au printemps. Voilà les prévisions qui sont faites et timidement annoncées depuis quelques semaines par les entreprises et les organisations agricoles pour l’année 2016 : 280 € de moyenne !
… Et tout le monde reste coi ! Personne ne dit rien ! Personne ne fait rien ! Il y a les ensilages, il y a les démarches administratives pour récupérer des aides, il y a les semis de céréales et il y a le boulot ! Oui, c’est vrai mais cela ne justifie en rien l’atonie générale actuelle ! Bien au contraire.
Les laiteries françaises prétendent tenir un prix légèrement supérieur à 300 € la tonne jusqu’à la fin de l’année 2015, mais après, elles devront s’aligner sur les concurrents et, alors, le prix « décrochera » en-dessous des 300 € la tonne.
Déjà actuellement, et depuis plusieurs semaines, dans certains pays européens le lait payé aux producteurs est inférieur à 300 € la tonne ; en Lettonie, c’est même 170 € la tonne. Dans tous les cas, le prix payé aux producteurs est en-dessous du coût de production ; à titre d’exemple, on estime qu’en Bretagne produire une tonne de lait coûte 340 € en moyenne. Cette moyenne cache une grande disparité : certains producteurs, en fin de carrière et/ou avec peu de charges, ont un coût de production inférieur à 300 €, mais pour d’autres, ils dépassent les 350 €, voire les 400 € ! Cette situation est intenable et pour beaucoup, cela va vite devenir dramatique !
En face d’une telle situation, que pouvons-nous espérer ? De la part des politiques : manifestement, rien. Soit ils sont incompétents, soit ils sont irresponsables. Mais le pire, c’est que nos décideurs sont tellement aveuglés par « ce grand marché totalement libre » régulé par la fameuse main invisible, si chère à Adam Smith, qu’ils en oublient de faire leur boulot pour lequel ils ont été élus, et donc par conséquent rémunérés.
« Amis paysans, combien de temps allez-vous tenir ?
Pourquoi acceptez-vous d’être humiliés,
d’être volés, d’être maltraités, méprisés ?
Notre vie vaut bien n’importe quelle vie.
Nous ne sommes pas des chiens galeux. »
Et les syndicalistes de tout crin sont tellement à la recherche de reconnaissance et tellement en absence d’idées et d’influences qu’ils sont actuellement d’une discrétion exemplaire. Quant aux financiers, eux, ils sont d’une voracité telle qu’ils vendraient père et mère pour un pichet de mauvais vin.
Tout ce beau monde manque de lucidité et d’ambition et de ce fait, ils n’ont aucune vision à long terme ; il ne faut pas attendre grand-chose de bon de ces gens-là. Amis paysans, combien de temps allez-vous tenir ? Pourquoi acceptez-vous d’être humiliés, d’être volés, d’être maltraités, méprisés ? Notre vie vaut bien n’importe quelle vie. Nous ne sommes pas des chiens galeux. Nous devons nous reprendre en mains. Nous devons réagir, réclamer une juste rémunération pour notre travail. Pour cela, nous devons sortir de nos clivages politiques et syndicaux. Tous ensemble, nous sommes forts ! La société est et sera derrière nous. Alors, réagissez ! Même en de petites actions, mais bon sang, réagissez ! Seul ou collectivement, réagissez ! Faites-vous entendre avant qu’il ne soit trop tard, INDIGNEZ-VOUS !
Demain l’agriculture ne sera pas celle que nous connaissons aujourd’hui mais ne sera pas celle que l’on veut nous imposer, l’AEI (Agriculture écologiquement intensive) donc l’industrialisation est un concept en trompe-l’œil qui ne fera pas long feu, mais qui provoquera de gros dégâts. Ce type d’agriculture doit servir les intérêts des industriels. Dès maintenant, il faut construire une véritable alternative pour une agriculture créatrice d’emplois, de productions alimentaires et de productions d’énergies vertes, qui doivent être le fer de lance de l’avenir de l’agriculture. Les énergies fossiles vont manquer et donc vont devenir chères ; par l’agriculture, nous pouvons créer beaucoup d’énergie et d’emplois, en intégrant aux fermes des petites unités comme des éoliennes, des panneaux solaires, des méthaniseurs… Et si nous y associons les collectivités locales qui connaissent une véritable crise humanitaire (paupérisation, chômage de masse, exclusion, etc.), nous avons là un gisement colossal à exploiter pour avoir une vie sociétale apaisée. Sinon le pire est à craindre. Nous en sommes là aujourd’hui.
Alors réagissez et INDIGNEZ-VOUS ! Dès aujourd’hui, demain il sera trop tard.
Et n’oubliez pas : qui ne dit mot consent.
Pierrick Berthou et Aurélie Gabaud
Notre photo d’illustration ci-dessous est signée Franck Jourdain et montre le détail de la traite.
