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Une diversification réussie dans le cheval

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La demande de pension et d’achat de chevaux est très forte, constate Julien Aubrée. Les gens se sont résolument tournés vers les activités extérieures dont le cheval fait partie.
 
Aux portes de Caen, Julien Aubrée a développé depuis 2010 des pensions équestres et un élevage de chevaux de sport aux côtés des 160 ha de céréales. Avec la mise en route récente de nouvelles installations, l’activité devrait franchir la barre des 50 % du chiffre d’affaires. 
 
Lorsque Julien Aubrée s’installe sur la ferme familiale en 2010, l’exploitation est à 100 % céréalière. Seuls trois chevaux sont alors présents en lien avec la passion que le jeune agriculteur d’alors a nourri pour l’équitation de saut d’obstacles et l’élevage. Mais ce qui n’était au départ qu’un loisir, devient assez rapidement une véritable activité complémentaire. Ainsi, ce qui est devenu le Haras de Troteval, compte aujourd’hui 45 chevaux en pension et 30 chevaux d’élevage dont 10 poulinières « Selle-français », une race tournée essentiellement vers l’activité de saut d’obstacles, de dressage et d’endurance. « Je cherchais une diversification pour améliorer la viabilité de mon projet d’installation, retrace l’agriculteur. J’étais déjà passionné d’équitation et la situation de la ferme s’y prêtait très bien. L’activité céréalière est très complémentaire de l’activité équestre. Par ailleurs, il y avait une demande assez forte de propriétaires de chevaux pour trouver des pensions, avec la proximité de Caen et de son agglomération ». De fait, la ferme calvadosienne de 207 ha qui compte 47 ha d’herbages et 160 ha de cultures, basée à St-Martin de Fontenay, positionne l’exploitation à 5-10 minutes de Caen par la voie d’accès rapide qui mène à Falaise. Cette proximité est très appréciée des clients de l’écurie qui viennent souvent monter leurs chevaux après leur journée de travail. 
 
Montée en gamme
Ces dernières semaines, l’agriculteur a mis en service de nouvelles installations avec 24 boxes supplémentaires. Quand les installations seront pleines, le site franchira la barre des 100 chevaux présents. L’activité équestre qui représentait jusqu’ici 30 % du chiffre d’affaires de l’exploitation, devrait alors passer à environ 50 %. 
Cette hausse de capacité de l’activité de pensions s’intègre dans un vaste bâtiment qui comporte un manège de 32 m par 60 m. Auquel s’ajoute une carrière de 40 m par 80, un rond d’Havrincourt de 15 m par 30, une piste en herbe de 1200 m, un solarium, un marcheur 6 places, et 9 stalles de préparation. Les nouvelles installations apportent un service supplémentaire aux cavaliers pour pouvoir monter confortablement leurs chevaux en hiver et lors des intempéries. Cette montée en gamme s’accompagne d’une hausse des tarifs de la pension à 400 € TTC par mois et par cheval. La carrière couverte permettra également d’organiser des concours de saut d’obstacles à domicile en hiver, ou d’organiser des stages avec des cavaliers professionnels. Elle servira également de parcours d’entraînement sur place. 
Il aura fallu deux ans de réflexion à l’éleveur pour mûrir ce projet qui lui trottait déjà dans la tête de longue date. De façon contre-intuitive, l’arrivée de la pandémie de Covid aura finalement été plutôt favorable à ce projet d’agrandissement. « La demande de pension et d’achat de chevaux est très forte, constate Julien Aubrée. Les gens se sont résolument tournés vers les activités extérieures dont le cheval fait partie. En outre, avant les années Covid, la demande pour l’achat de chevaux avait été assez peu dynamique. Cela n’a pas incité les éleveurs à mettre leurs juments à la reproduction. Aujourd’hui, il y a donc assez peu d’offre et beaucoup de demande ».
Avec cet agrandissement, Julien a recruté un troisième salarié qui sera chargé de la partie administrative du haras, de la facturation clients et de l’animation du site internet. Le site Internet a toujours été un petit plus de l’entreprise par lequel plusieurs clients sont arrivés. Les deux autres employés à temps plein sont également globalement tournés vers l’activité équestre avec une participation aux travaux de la ferme céréalière lors des semis et des récoltes. L’exploitant s’occupe quant à lui des grandes cultures et de la partie d’élevage des chevaux principalement.
 
Prix attractifs
L’exploitation céréalière offre de belles synergies avec la partie équestre. L’écurie est 100 % autonome en paille, ainsi qu’en orge et en avoine pour l’alimentation de chevaux. L’activité équestre - qui offre du travail toute l’année, se complète par ailleurs très bien avec celle des céréales qui est soumise à des pics d’activité. Le haras qui compte 47 ha de prairies achète malgré tout 40 % de ses besoins en foin. Le fumier est composté et il est épandu sur les terres de la ferme. « On essaye de boucler la boucle au maximum », confirme l’éleveur de chevaux. Cette synergie et cette autonomie assez rare dans le secteur permet à l’agriculteur de proposer des tarifs compétitifs et attractifs. L’agriculteur estime ainsi que ses tarifs de pension sont de 100 à 150 € TTC moins chers que d’autres écuries équivalentes. Grâce à des parcelles situées autour du haras, chaque cheval en pension a son propre paddock. « C’est déjà un bel atout qui, je pense, le sera encore plus demain avec la montée en puissance des problématiques liées au bien-être animal », souligne-t-il. L’exploitation est par ailleurs labellisée EquuRES, un label propre à la filière qui garantit le respect de bonnes pratiques environnementales ainsi que le bien-être animal justement. 
 
La ferme reste le moteur
Même si l’activité équestre monte en puissance, l’éleveur estime que c’est toujours bel et bien la ferme qui permet de faire tourner tout l’ensemble. « Sans la ferme, tout serait beaucoup plus compliqué », confesse-t-il. Pour pouvoir tout mener de front, Julien tente de simplifier au maximum la conduite des cultures avec le recours à des pratiques sans labour notamment. Il reste cependant très autonome sur cette partie, mis à part pour l’épandage des fumiers de cheval et les arrachages de lin fibre qui sont délégués.
L’autonomie de l’élevage est également recherchée en matière de compétences. Le haras dispose des formations et agréments nécessaires pour réaliser l’insémination artificielle des juments. Par ailleurs, l’une des salariés est cavalière professionnelle, ce qui permet de valoriser les chevaux de l’élevage en autonomie et d’assurer un service à certains propriétaires qui sont en demande. 
 

Un engagement professionnel
Julien Aubrée est toujours actif au niveau syndical. Autrefois adhérent investi chez les Jeunes agriculteurs en tant que président de section du canton de Bourguébus, il est actuellement représentant de la filière cheval au sein de la FDSEA du Calvados. Il est par ailleurs administrateur de cheval Normandie et de la caisse locale du crédit agricole. Il a participé à différentes opérations destinées à faire découvrir le métier d’agriculteur en offrant par exemple aux citadins des tours en moissonneuse batteuse lors des moissons. Il a répondu favorablement à la bibliothèque de la commune pour expliquer son métier aux enfants lors de tapis de lecture à la ferme etc…
 
Valoriser la génétique
Cela fait quinze ans que l’agriculteur travaille à améliorer la génétique de son élevage et de ses poulinières. Afin de valoriser tout ce travail, Julien participe à différents concours. Pendant la saison printanière et estivale, l’élevage participe à environ deux ou trois concours de CSO (saut d’obstacles) par mois. L’élevage est également régulièrement mis en avant aux concours des modèles et allures de Fontainebleau. Deux chevaux y seront présentés cette année dont un de ses clients propriétaires. Il sera présent également au concours des foals de St-Lô avec trois chevaux. Il espère aussi avoir un cheval sélectionné pour les finales d’EquitaLyon. Le savoir-faire de l’élevage est de plus en plus reconnu. Récemment, un des chevaux issus de son élevage, qu’il avait cédé à un cavalier, a fait partie des top ventes à Fences avec un prix de 90 000 €. Même s’il n’a pas profité de la plus-value, cela lui a fait une très bonne publicité. Cela fait quinze ans que l’éleveur s’attache à améliorer sa génétique. 
 
Loïc Dufour
 

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