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Une agriculture entièrement bio en France en 2050 ?

En 2015, la surface agricole utile engagée en bio a passé la barre des 5 %. Selon le président de l’Agence Bio, Didier Perréol, le seuil de 20 % est atteignable en 2017… et celui de 100 % est tout à fait envisageable en 2050 !

La bio passe à la vitesse supérieure. Les surfaces certifiées en bio devraient augmenter de plus de 8 % en 2016 et de plus de 20 % en 2017 compte tenu des niveaux de conversion constatés en 2014 et en 2015.

Le flux ne tarit pas. « En ce début d’année, plus de 3 200 producteurs se sont nouvellement notifiés, soit près de 12 % des exploitations engagées », se réjouit Didier Perréol, président de l’agence.

En marge de la conférence de presse du 26 mai dernier, ce dernier a dévoilé ses ambitions pour la filière bio pour les années à venir. Investi pour le développement de l’agriculture biologique depuis 35 ans, le président de l’agence Bio a déclaré que la surface agricole utile française sera 100 % bio en 2050

Selon Didier Perréol, la croissance de la conversion de la surface agricole répond à la demande croissante des consommateurs. Et il n’y aucune raison que la tendance s’inverse.

Mais rendre public de telles prévisions ne pourrait qu’attitrer les foudres des tenants d’une agriculture exportatrice et du syndicalisme majoritaire, d’où sa discrétion sur ce sujet, explique t-il.

Un pari sur l’avenir

En 2015, les achats de produits bios à domicile ou servis en restauration collective a augmenté de 14,7 %. Le marché bio porte dorénavant sur 5,76 milliards d’euros. A la fin de l’année, le marché aura alors progressé de 50 % par rapport à 2012 après avoir doublé entre 2007 et 2011.

« Mais le « made in France » gagne même du terrain : 76 % des produits agricoles ou transformés bios et consommés sont produits en France », défend l’agence Bio. La France n’importe pas davantage de produits bios pour rassasier ses consommateurs.

Soulignons cependant que le mouvement de conversion des agriculteurs est, chaque année, un pari lancé sur l’avenir. Jusqu’à présent, l’appétit des consommateurs pour les produits bios n’a jamais été démenti. Les nouvelles conversions anticipent une hausse de la demande qui a été toujours au rendez-vous.

Mais jusqu’à l’an passé, les progressions du marché portait sur 10-15 %. En 2017, la hausse de la consommation annuelle de produits bios devra franchir le seuil de 20% pour couvrir l’offre. Et les années, suivantes, la demande devra être toujours plus soutenue.

Interrogé par WikiAgri en avril dernier sur ce sujet, Dominique Marion, président de la Fnab (fédération nationale de l’agriculture biologique) de 2009 à 2012, déclarait : « Les marges de progression sont grandes. Il ne faut pas hésiter à prendre un temps d’avance sur la conversion. Nous sommes persuadés que la consommation va augmenter au même rythme. » « Certes nous ne sommes pas évidemment à l’abri d’une surproduction, comme par exemple en lait 2005, mais le contexte a bien changé depuis », avait-il ajouté. « Mais nous, producteurs bios, tenons à rester des acteurs des filières et à favoriser la contractualisation tripartite. Nous ne voulons pas reproduire les erreurs d’organisation de filières dont sont victimes les agriculteurs conventionnels. » La Fnab compte sur un coup de pouce législatif pour doper la demande en fixant à 20 % la part de produits servis issus de l’agriculture biologique dans la restauration collective. Mais les agriculteurs biologiques « historiques » prennent conscience que leur secteur d’activité prend une dimension très économique (en fin d’article, le lien).

Plus d’emplois salariés

Si les estimations de Didier Perréol se révèlent exactes (100 % de la Sau en bio en 2050), le modèle agricole français sera alors chamboulé de fond en comble avec, entre autres, des créations d’emplois salariés importantes. Le fonctionnement des exploitations converties au bio requiert en effet davantage de manoeuvre.

L’agriculture biologique en 2015, c’était déjà 69 000 emplois dans les fermes en équivalent temps plein, soit près de 10 % de l’emploi agricole français dans les 29 000 exploitations engagées en bio. Or celles-ci ne représentent « que » 6,5 % des fermes…

« Par ailleurs, un producteur bio sur deux vend directement au consommateur au moins une partie de sa production et un sur quatre déclare transformer tout ou partie de sa production à la ferme »défend l’agence Bio.

Dans ces conditions, la conversion de la ferme « France » à la l’agriculture bio d’ici 2050, telle que la conçoit Didier Perréol, serait non seulement un moyen d’enrayer la baisse de la population active agricole mais aussi une solution pour en accroître les effectifs.

 

En savoir plus : https://wikiagri.fr/articles/le-marche-du-bio-absorbera-t-il-500-000-hectares-en-plus-dici-2018-/8866 (précédent article de WikiAgri sur les conditions à réunir pour amplifier l’importance du bio en France).

Notre illustration ci-dessous est issue du site Fotolia. Lien direct : https://fr.fotolia.com/id/109536977.

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