Ukraine, Russie : la paralysie de leurs exportations de grains, des opportunités pour leurs concurrents

La Russie et l’Ukraine sont dans l’incapacité d’approvisionner leurs clients en céréales et en oléo-protéagineux car les ports sont en partie détruits tout simplement interdits de navigation. L’Union européenne n’a pas les moyens de prendre le relais. Au début de l’année prochaine, l’Ukraine et la Russie seront concurrencées par les récoltes des pays de l’hémisphère sud.

Selon l’USDA, la Russie et l’Ukraine seraient en mesure d’exporter 59 millions de tonnes de blé (Mt), 26 Mt de maïs et 5,5 Mt d’orges durant l’actuelle campagne de commercialisation. Productrices majeures de tournesol, elles écouleraient aussi une partie de leurs récoltes sous forme d’huile (10 Mt) et de tourteaux (6 Mt de tourteaux). Pour ce dernier marché, elles approvisionnent les deux tiers et la moitié des marchés mondiaux des deux commodités.

© Fontaine Silo

Mais depuis la fin du printemps, les deux pays tentent chacun de paralyser l’économie de leur ennemi en détruisant leurs infrastructures pétrolières et portuaires. Pour limiter les risques, les autorités russes interdisent la circulation des navires dans les ports. Les compagnies d’assurance ne couvrent plus les cargaisons.

« Des perturbations prolongées du transport maritime en mer Noire pourraient priver l’Ukraine et la Russie d’une partie de leurs marchés céréaliers traditionnels en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, souligne Ukragroconsult. Les importateurs, privés d’un approvisionnement stable en mer Noire, sont d’ores et déjà contraints de se tourner vers d’autres sources, ce qui crée des opportunités supplémentaires pour l’Australie, l’Argentine, les États-Unis, le Canada et les pays de l’Union européenne ».

Selon les experts ukrainiens du cabinet de conseil, les principaux importateurs de céréales en Asie se tournent de plus en plus vers d’autres fournisseurs, délaissant la région de la mer Noire. Par exemple, « l’Indonésie a déjà commandé du blé australien pour une livraison en septembre-octobre, et d’autres pays d’Asie du Sud-Est ont fait de même, précisent-ils. Au Bangladesh, les acheteurs recherchent du blé roumain, tandis que certains importateurs envisagent également de s’approvisionner en provenance d’Amérique du Nord ».

Une concurrence australe impactée par l’El Nino

Selon l’USDA, la diminution de l’offre en mer Noire se répercute déjà sur les prix mondiaux. Dans son rapport publié le 12 août dernier, ses experts soulignent notamment qu’au mois de juillet dernier, « les cotations à l’exportation du blé de l’UE ont bondi de 25 $/t (1$=1,16 €) pour atteindre 262 $/t, tandis que les prix américains ont augmenté de 26 $ à 321 $/t, les prix canadiens de 20 $ à 292 $/t, les prix australiens de 13 $ à 291 $/t et les prix argentins de 12 $ à 239 $/t. Le blé russe, en revanche, a reculé de 3 $/t à 224 $/t en raison des difficultés liées à la récolte, à l’augmentation de l’offre et aux contraintes logistiques à l’exportation ».

Par ailleurs, une nouvelle géographie des exportations de grains se dessine. « Si les perturbations du transport maritime persistent pendant plusieurs mois, il pourrait en résulter non seulement une diminution temporaire des exportations, mais aussi une redistribution à plus long terme du commerce mondial des céréales au profit des fournisseurs concurrents», souligne Ukragroconsult.

Le département américain de l’Agriculture (USDA) a revu à la hausse ses prévisions d’exportation de blé pour le Canada et le Kazakhstan, les portant respectivement à 28,5 Mt et 10 Mt.

A la fin de l’année, les céréales que la Russie et l’Ukraine n’auront pas vendues, seront alors concurrencées par les nouvelles récoltes australiennes et argentines qui arriveront sur le marché mondial. Or reconquérir des parts de marché perdues est hasardeux.

Pour autant, l’El Nino pourrait affecter le potentiel de production et d’exportation des pays exportateurs austraux.

Sur le marché intérieur ukrainien, la paralysie portuaire et les  dégagements limités des grains par voies ferroviaires et routières pourraient entraîner une hausse des stocks et une augmentation des coûts de stockage aux dépens des prix payés sortie ferme

Par ailleurs, les capacités de stockage du pays ne sont pas dimensionnées pour faire face à un blocage des exportations. Et une baisse des recettes en devises étrangères provenant des exportations agricoles paraît inévitable.

Une hausse mondiale des cours des grains profitera aux céréaliers européens. Mais comme l’Union européenne débute sa campagne de commercialisation affaiblie par des quantités de blé et d’orges disponibles à la vente inférieures à l’an passé, les gains seront réduits.

Par ailleurs, le marché mondial de l’export du blé se contractera cette année. Et les pays importateurs européens de maïs paieront au prix fort les 25 Mt qu’ils seront contraints d’acheter puisque seules 50 Mt seront engrangées (10 Mt de moins que l’an passé).