La France exporte 98 % de sa production de cognac. Le cognac, souvent consommé en apéritif ou digestif, est devenu un enjeu géopolitique et commercial. Il est régulièrement la cible des mesures rétorsives prises par les États-Unis et la Chine, sans rapport avec la nature du produit, pour pénaliser la France, voire l’Union européenne sur des prises de position qui leur déplaisent.
La crise du cognac n’est pas la première. Au début des années 2000, de nombreux viticulteurs étaient au RSA et diversifiaient leurs activités en attendant des jours meilleurs.
« Les années après 2015 étaient des années d’euphorie avec des taux de croissance de la production et de la commercialisation des bouteilles à deux chiffres, rappelle Alfredo Coelho, professeur associé à Bordeaux Sciences Agro. En 2021, 223 millions de bouteilles avaient été expédiées à 98 %, notamment vers les États-Unis et la Chine, générant un chiffre d’affaires de 3,6 Md€ ».
Depuis quelques années, la commercialisation du cognac est l’otage d’enjeux géopolitiques sans rapport avec la nature du produit. Sa production ne cesse de baisser depuis que la Chine et les États-Unis taxent fortement les importations de cet alcool.
L’an passé, le repli est de -15 % en volume et de -25 % en valeur. Les taxes imposées sont tacitement répercutées sur les viticulteurs et le négoce en amont puisque les baisses des prix qu’ils sont obligés de consentir pour vendre leur alcool équivalent peu ou prou aux montants des taxes collectées par les pays importateurs.

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Les réserves s’alourdissent
Ces cinq dernières années, le nombre de bouteilles exportées a diminué d’un tiers. Et les stocks dans les caves équivalent à près de douze années de ventes. « Pour assainir le marché, un plan d’arrachage près de 12 000 ha sur les 80 000 ha cultivés (15 % des surfaces) est programmé, indemnisé jusqu’à 10 000 € l’ha, pour les arrachages définitifs, dont 4 000 € cofinancés par l’État et 6 000 € par la profession viticole et les cotisations volontaires obligatoires (CVO) collectées, explique le professeur associé à Bordeaux Sciences Agro. Ni le négoce, ni l’industrie ne veulent financer l’arrachage et contribuer à réduire la production de raisins ».
En attendant, cette crise commerciale se traduit par une dévaluation de tous les actifs agricoles charentais et de la valeur du foncier en particulier. Les industries de soutien sont également très touchées (pépinières viticoles, tonnelleries, verriers…).
« Les contrats de livraisons de nombreux vignerons ne sont plus renouvelés. Et pour les autres, le prix auquel le raisin est acheté, chute », souligne en particulier Alfredo Coelho.On dénombre actuellement 4 500 viticulteurs à la tête d’une exploitation moyenne de 20 ha. Mais 72 500 personnes vivraient du Cognac dont 14 500 emplois directs, selon le site CGO, Conseiller, Gérer, Optimiser. Les distilleries diversifient leurs activités en produisant des eaux-de-vie de vin, des whiskies, des vodkas et des gins.