Stratégies fongicides céréales, quelles molécules pour 2026 ?

Les maladies fongiques altèrent les rendements et la qualité des céréales. La montée des résistances demande d’encore mieux raisonner sa lutte en amont, et en diversifiant ses moyens d’action agronomiques et les solutions de biocontrôle.

Pour lutter plus facilement contre les maladies fongiques, la première étape est de limiter la pression parasitaire en allongeant la rotation et en gérant bien les repousses qui sont des réservoirs de maladies. La stratégie fongicide doit se réfléchir à la parcelle, en fonction de l’historique des maladies les plus fréquentes. Certains risques, comme le piétin-verse, sont inféodés à la parcelle. Au regard de ces risques, il faudra choisir les variétés les moins sensibles. L’allongement de la rotation et le choix de variétés peu sensibles restent les mesures de lutte les plus efficaces.

Elles seront complétées par des traitements fongicides. Le prix de vente et le niveau de nuisibilité sont déterminants pour établir un niveau d’investissement raisonnable et déterminer son programme. Le premier traitement, au stade épi 1 cm, est à prévoir dans les rares cas de rouille jaune précoce. Le T2, au stade dernière feuille étalée, reste le pivot de la protection fongique. Un 3e traitement pourra être nécessaire en début de floraison s’il y a un risque fusariose.

Ce programme théorique sera adapté aux conditions climatiques et les symptômes observés pour les produits et les doses. Des OAD (Prévu-LIS, Atlas, Optiprotect, Xarvio…) aident à être avertis des risques ou, au contraire, des possibilités d’impasse, notamment du T1.

Des homologations facilitées

Le biocontrôle peine encore à émerger. Si des solutions efficaces existent, elles ne couvrent pas encore tous les besoins d’une culture. Le parcours d’homologation ne favorise pas l’arrivée rapide sur le marché des innovations. Dans son projet « Omnibus sécurité alimentaire », la Commission européenne veut alléger la lourdeur administrative autour de ces processus d’approbation des nouvelles solutions, afin de favoriser ces leviers de la transition agro-écologique. Cela se traduirait par la mise en place d’un système d’évaluation unique réduisant le coût et les risques de distorsion intra-européenne. Cela devrait aussi permettre de réduire les délais de mise sur le marché des nouvelles solutions, qui sont de 10 ans en Europe contre 2 à 3 ans dans le reste du monde.

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Lutter contre la montée des résistances

Pour construire un programme efficace et durable, il est nécessaire de prendre en compte la montée des résistances. Dans leur dernière note commune, l’INRAE, l’ANSES et ARVALIS soulignent que la fréquence des souches de septoriose résistantes progresse. La fréquence des phénotypes résistants aux SDHI se stabilise autour de 40 %, avec des baisses d’efficacité de certaines solutions. La gestion de cette résistance est une priorité. Désormais, la fréquence des souches de septoriose dites MDR (Multi Drug Resistance) atteint 25 %. Face à ces résistances, il est recommandé de privilégier les fongicides multisites et le biocontrôle. Celles aux strobilurines sont aussi en augmentation et atteignent 80 %. La résistance face aux SDHI est généralisée. Pour maintenir une certaine efficacité, il faut toujours associer les SDHI à des molécules avec d’autres modes d’action. Une augmentation des souches de rouille résistantes aux SDHI est aussi soulignée. 

Pour freiner le développement des souches résistantes, sur blé comme sur orge, il est nécessaire de se limiter à une SDHI par campagne et de diversifier les modes d’actions.

Dans l’attente de nouvelles solutions

Selon ARVALIS, toutes les matières actives arrivées au terme de leur période d’approbation en 2025 ont été réapprouvées. Le seul changement notable est une modification des phrases de risque pour la fenpropidine et la pyraclostrobine avec pour conséquence l’interdiction de plusieurs mélanges.

Pour élargir la palette des solutions et freiner l’augmentation des souches résistantes, des nouveautés seraient les bienvenues. Pour 2026, il n’y a pas de nouvelles molécules homologuées. Mais deux associations ont reçu leur AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). Il s’agit de l’association phosphonates de potassium 735 g/l + prothioconazole 50g/ha, qui sera commercialisée sous les dénominations Firuza et Dobizo par De Sangosse. L’association mefentrifluconazole 95 g/l + pyraclostrobine 100 g/l homologuée par BASF sous le nom d’Isix sera commercialisée sous les dénominations Lomara, Evrest ou encore Schuss Duo.

Deux nouvelles molécules sont toujours en cours d’évaluation et sont attendues pour 2027/28. La première est la pydiflumetofen, qui sera commercialisée sous le nom de Adepydin par Syngenta. Cette SDHI est efficace contre la septoriose y compris les souches résistantes. Elle présente un large spectre d’action sur les autres maladies du blé et de l’orge. Deuxième matière active attendue : le metyltetrapole, que Sumitomo Philagro devrait commercialiser sous le nom de Pavecto. Particulièrement intéressant par l’originalité de son mode d’action, cette nouveauté est efficace contre la septoriose du blé, l’helminthosporiose et la ramulariose de l’orge. 

Explorer toutes les possibilités du biocontrôle

Les produits de biocontrôle sont des solutions à explorer pour diminuer son IFT et contrer la montée des résistances avec des modes d’action différents. Ils s’appuient sur 4 molécules, le soufre, les phosphonates, la laminarine et l’hydrogénate de potassium. Le soufre représente la majorité des applications. Bien adapté pour le T1, il est efficace contre la septoriose. En cas de faible pression des maladies, le biocontrôle a toute sa place, seul ou en association. Si la pression est forte, l’association avec un produit de synthèse s’avère incontournable, car plus sécurisante.

Pour l’instant, il n’y a pas de solution de biocontrôle pour lutter contre la rouille et les maladies de l’orge.