Exploitations laitières : +22 €/1 000 l, le surcoût de la guerre au Moyen Orient

En 2025, la conjoncture économique laitière a permis aux producteurs de lait d’accroître sensiblement leur résultat courant. Mais cette année, les prix du lait payé aux éleveurs diminuent et la crise dans le Golfe Persique enflamme les cours du pétrole, du gaz et des engrais. Or en zone de plaine, une hausse de 10 % des coûts de production génère une baisse de résultat courant de 3800 € de par UMO et par an, selon l’Idele.

L’an passé, les systèmes d’élevage laitiers « Lait spécialisé de plaine » (2,52 UMO, 127 ha de SAU 107 vaches laitières, 870 000 litres de lait collectés) avaient dégagé un résultat courant par Unité de main d’œuvre (RC/UMO) de 69 500 € (ou 69,5 K€) en moyenne selon l’Institut de l’élevage (Idele). Il s’appuie sur son réseau Inosys de 369 exploitations laitières, regroupées en sept catégories et réparties sur l’ensemble du territoire national pour réaliser cette simulation.

Comme l’ensemble des systèmes d’élevage passés en revue, les exploitations « Lait spécialisé de plaine » doivent ce très bon résultat, supérieur de 20 000 €/UMO à 2024 à l’augmentation concomitante du produit de la viande et du produit du lait. Les chiffres d’affaires de ces deux activités complémentaires ont respectivement augmenté de 17,6 K€/UMO et de 16,4 K€/UMO alors que 12,2 K€/UMO.

Depuis près de trois mois, les prix du pétrole, du gaz et des engrais ont flambé. Le blocus du golfe persique empêche d’exporter des produits laitiers français. 

Le coût de la crise persique

Lors de la conférence Grand lait organisée le 20 mai dernier par l’Institut de l’élevage, Denis Follet a dévoilé les résultats des simulations qu’il a réalisées pour estimer l’impact économique de la crise du Golfe Persique dans les exploitations agricoles laitières du réseau Inosys.

Pour réaliser son travail, l’expert a pris comme référence les résultats obtenus l’an passé par les systèmes d’élevage laitiers « Lait spécialisé de plaine » toutes conditions de cultures et d’élevage égales par ailleurs.

Si le conflit irano-américain prend fin d’ici le début du mois de juillet, les surcoûts de production supportés par les éleveurs laitiers pris en référence sont estimés par l’Idele à 7 €/1 000 litres

Mais si le conflit s’enlise et dure plus d’un an, ces surcoûts croîtraient de 22 €/1 000 litres, sans prendre en compte les aides de l’Etat.

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Or toute variation à la hausse, comme à la baisse, de 10% des coûts de production fait varier le résultat courant par UMO de 3 800 €, selon l’Idele.
Aussi, une augmentation de 7 % des coûts de production induit une perte de 2 660 €/ UMO environ.

Et un renchérissement de 22 % des coûts de production génèrera alors une baisse de revenu d’ores et déjà estimée à 8 400 €/ UMO environ.

Ces prévisions ne prennent pas en compte la baisse du prix du lait payé aux éleveurs qui devrait se poursuivre jusqu’à l’été prochain, comme le prévoit l’Idele.

Trésorerie négative des exploitations

Il y a dix ans, ces systèmes « Lait spécialisé de plaine » dégageaient un résultat courant par UMO inférieur à 16 K€. Et l’écart de revenus par Unité de main d’oeuvre entre les exploitations du quart supérieur les plus performantes et celles du quart inférieur, n’excédait pas quelques milliers d’euros. En 2025, le différentiel portait sur près de 40 K€/UMO. Le RC/UMO des exploitations du quart supérieur était largement supérieur à 90 K€/UMO mais celles du quart inférieur, avoisinait 50 K€/UMO.

Aussi, l’augmentation des coûts de production de 22 €/1 000 l,  pourrait ramener le RC/UMO de ces systèmes sous la barre de 40 K€/UMO et détériorer leur situation économique et financière. Or l’Idele rappelle que près d’un quart des exploitations laitières ont encore une trésorerie négative, et inférieure à 2023, malgré la conjoncture laitière favorable observée depuis 2022.
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Les revenus des producteurs de lait en 2025

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Parmi les sept systèmes d’élevage passés au crible par l’Idele, les éleveurs spécialisés « Lait et viande bovine de plaine» (102 VL ; 766 000 litres de lait et 79 UGB viande) ont dégagé le RC/UMO le plus élevé (79,7 K€/UMO en moyenne; +22 K€ sur un an) car ils ont  la fois accru leur produit lait (+9,6 K€/UMO) et surtout viande (+20,8 K€/UMO).

En 2022, les systèmes « Lait et cultures de vente » (225 ha dont 106 cultures de ventes, 101 vaches, 906 000 l de lait, 26 UGB viande) avaient décroché la palme des revenus (83 K€/UMO) car les cours des céréales avaient alors flambé. Puis leur RC/UMO s’était effondré de 47 K€/UMO en deux ans, après la récolte céréalière catastrophique de 2024, avant d’atteindre l’an passé 65 K€/UMO (+29 K€ sur un an).

En zone de montagne le RC/UMO des éleveurs du réseau Inosys reste sous la barre des 50 K€. Par exemple, les systèmes « lait de montagne de l’est » (129 ha ; 80 VL, 560 000 l) affichent ainsi un RC/UMO de 48,6 K€/UMO (+11 K€/UMO sur un an),

Pour autant, tous les systèmes d’élevage ont profité des conjonctures porteuses des marchés laitiers et de la viande, même ceux convertis à l’agriculture biologique. Mais la dimension économique des exploitations passées étudiées est plus faible que celle de leurs collègues en plaine.

Les exploitations « Lait bio de plaine » (134 ha, 89 VL et 458 000 l) demeurent aussi sou la barre des 50 K€/UMO même si leur RC/UMO a crû de 14 K€ à 43,1 K€/UMO.

Seuls les revenus des systèmes « Lait bio de montagne et Piémont du sud » (134 ha ; 89 VL ; 458 000 l) sont sous la barre des 40 K€/UMO (35,6 K€) même si ils ont aussi sensiblement augmenté (+15 K€/UMO sur un an). Mais l’ensemble des systèmes bio, doivent d’abord la hausse de leur RC/UMO à leur produit viande plutôt qu’à celui du lait.

Ces trois dernières années, les éleveurs laitiers ont à la fois bénéficié des conjonctures porteuses des marchés des produits laitiers et de la viande. Et l’effondrement des cours des céréales a rendu les prix des aliments meilleur marché qu’en 2022-2023. Aussi, la MILC, la marge brute indicée sur l’indice Ipampa était de 246 €/1 000 l en moyenne en 2025 après avoir augmenté d’une trentaine d’euros sur un an.

Mais le manque de main d’œuvre et la robotisation des stabulations génèrent des charges de structure en hausse continue: 288 €/1000 l en 2024 selon l’Idele versus 225 €/1 000 l en 2019 (derniers chiffres connus).