Réglementation européenne – Le MACF ruinera la culture céréalière

S’il est appliqué le 1er janvier prochain, le mécanisme d’ajustement du carbone aux frontières (MACF) taxera fortement les prix des engrais importés. Les céréaliers n’auront pas la possibilité de répercuter sur leur prix de vente sortie ferme cette charge supplémentaire. Or ils produisent déjà à pertes depuis trois ans!

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) : « Un non-sens économique, environnemental et politique», alerte la FNSEA dans un communiqué paru le 30 octobre dernier. Aussi le syndicat exige « le report immédiat de cette taxe et demande à la Commission européenne, aux eurodéputés et aux chefs d’Etat et de Gouvernement de revoir leur copie car il s’agit d’une question de survie pour notre agriculture ».

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est un instrument fiscal, dont se dote l’UE pour mettre en œuvre son Pacte Vert et lutter contre le réchauffement climatique. Similaire dans son fonctionnement à la TVA, il consiste à appliquer une taxe carbone (ou MCAF) dont le montant sera proportionnel aux quantités de gaz à effet de serre intégrées aux produits importés (les engrais par exemple). Aussi, il renchérira leurs prix. Mais à l’export, les biens et les denrées vendus (les céréales par exemple) sont détaxés de MACF.

Le 1er janvier prochain, le MACF taxera de 120 € le prix de la tonne de solution azotée importée et de 144 € celle d’urée, alerte l’AGPB, l’association spécialisée des céréaliers liée à la FNSEA.

Dans les champs, le MACF accroîtra de 70 € à 80 € par hectare les charges de production des céréales à paille. A l’échelle d’une exploitation de 120 ha, il représentera un surcoût de 10 à11 000 €. Or le marché ne compensera pas ces taxes par une hausse des prix équivalente des grains et les scopeurs n’ont pas les moyens de supporter cette charge supplémentaire. Leurs revenus sont déficitaires depuis trois ans! Il manque entre 400 € et 500 €/ha pour compenser leurs pertes de la campagne passée. Aussi, ces céréaliers seront tentés de mettre davantage de terres en jachères pour de ne pas produire à pertes.

Mais surtout, le MACF détournera les fabricants et les exportateurs étrangers d’engrais du marché européen. Le dispositif de déclaration du carbone intégré dans leurs fertilisants est compliqué, voire hasardeux. Et les règles de taxation appliquées par les services douaniers sont floues et imprécises. Aussi, exporter en UE représentera un risque financier très élevé, que les fabricants et exportateurs ne prendront pas, compte tenu de la faiblesse de leurs marges.    

Or en boycottant les importations russes d’urée et de solution azotée, l’Europe peine d’ores et déjà à s’approvisionner pour couvrir ses besoins. Les autres pays producteurs (Egypte, Etats-Unis, Vietnam, Trinité, Tobago, Nigéria, Algérie) parviennent difficilement à répondre à la demande de leurs clients traditionnels. Leurs capacités de production ne sont pas extensibles!

Appliqué à tous les engrais importés, la France serait moins concernée par le MACF que ses voisins européens puisqu’elle produit environ la moitié des fertilisants épandus dans les champs. « Mais débarrassé de la concurrence, le monopole des fabricants européens aurait le champ libre pour pratiquer des tarifications à sa guise !» aussi bien en  Union européenne qu’en France », dénoncent Cédric Benoist, secrétaire général adjoint et Eric Thirouin, président de l’AGPB. Aussi, appellent-ils l’Europe à la suppression du MACF pour les engrais.

« A défaut, sa mise en œuvre ne peut être envisagée avant 2029, tant que l’ensemble du dispositif n’est pas au point », a déclaré Cédric Benoist. Une taxe carbone (ou MACF) n’a de sens que si l’UE est autosuffisante en engrais.

Sinon, le MACF sera une énième source de distorsion européenne qui menacera la sécurité alimentaire de l’Europe et qui isolera son agriculture des marchés.