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Quand la qualité de l'air veut imposer ses propres normes

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La politique européenne de la qualité de l'air vise à réduire les émissions d'ammoniac de 30 %. De nouvelles normes devraient donc être appliquées, concernant notamment l'agriculture. Mais il y a un problème : ces normes ne tiennent pas compte des engagements pris par ailleurs, et viennent donc s'ajouter à d'autres mesures combattant les pollutions en général, ce qui pourrait rendre leur application particulièrement compliquée.

On passe d'un concept à son extrême opposé. Pour tuer "l'agriculteur pollueur", il faudrait désormais "laver plus blanc que blanc".

Ainsi, dans le cadre de négociations sur une politique en faveur de la qualité de l'air en Europe, l'objectif de réduction de 30 % des émissions d'ammoniac a été avancé. En soi, c'est une excellente chose de se préoccuper de ce problème, et de se fixer des objectifs ambitieux pour le résoudre. Il convient de saluer cette intention de mise en place d'une telle politique.

Pour autant, une politique à vocation environnementale se doit de tenir compte des autres. Sinon celui qui doit les suivre (et en l'occurrence l'agriculteur est concerné au premier chef) ne sait plus comment s'y prendre pour à la fois répondre, pour ne citer qu'un exemple, aux contingences réclamées pour obtenir ses aides Pac, et à celles qui doivent l'empêcher d'être pénalisé au titre de la qualité de l'air.

Ne peut-on pas regrouper les demandes d'origines différentes en une politique unique ?

Dans la majorité des secteurs professionnels autres que l'agriculture, la notion de "guichet unique" permet de regrouper les démarches administratives émanant de différentes origines de manière à les simplifier, et derrière à favoriser l'emploi. Pour l'agriculture, il se passe l'inverse, on a la politique agricole, celle de la santé, celle de l'environnement... Elles arrivent l'une après l'autre, sans consultation préalable, et ajoutent leurs doléances les unes aux autres, au lieu d'essayer de préalablement les croiser pour en tirer une stratégie globale à la fois vertueuse et (relativement) facile à suivre.

Le Copa-Cogeca, fédération des syndicats européens de producteurs et de coopératives, a ainsi demandé à ce que les objectifs fixés dans le cadre de cette directive pour la qualité de l'air tiennent compte à la fois de l'historique agricole déjà assumé, mais aussi des demandes déjà formulées sur les années à venir à travers d'autres politiques européennes. Ainsi, son secrétaire général Pekka Pesonen argumente : "Nous estimons que la Commission devrait reconnaître les réductions et les investissements déjà réalisés par le secteur agricole. Par exemple, les émissions d'ammoniac ont déjà diminué de 22 % au Royaume-Uni entre 1990 et 2009, pour arriver à 288 000 tonnes (à l'exclusion des émissions naturelles issues des animaux sauvages et des humains), de 25 % en Italie dans le secteur de l'élevage de volailles, et en général de quelque 20 % depuis 1990 en Allemagne. Cela représente d'importants progrès, qui signifient des coûts majeurs pour le secteur agricole."

Dans un communiqué, le lobby européen des agriculteurs a ainsi détecté que la directive à venir sur la qualité de l'air ne tenait compte ni "des nouveaux plafonds d'émission qui ont été définis dans le contexte du Protocole de Göteborg" (horizon 2020), ni des "travaux en cours de révision du document de référence pour l'élevage intensif de volailles et de porcs", lesquels "apporteront sans aucun doute de nouvelles réductions des émissions".

Le cumul des normes nuit à leur efficacité

Au passage, autre problème soulevé, celui des rendements et de la faculté agricole à répondre à un autre objectif, et pour le moins crucial, celui de l'autosuffisance alimentaire européenne. En additionnant les normes les unes aux autres plutôt que d'essayer d'en dégager qui soient complémentaires, on risque ni plus ni moins d'entamer la compétitivité de l'agriculture européenne.

Pekka Pesonen insiste sur ce point : "Il est nécessaire de reconnaître les importantes synergies entre la politique en matière de qualité de l’air et les autres politiques comme la politique climatique. Les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et les émissions de polluants atmosphériques de l’agriculture pourraient avoir pour conséquence une baisse de la production européenne, menaçant ainsi la sécurité alimentaire alors même que l’on prévoit une augmentation de la demande alimentaire mondiale de 70 % d’ici 2050."

Air, climat, compétitivité, un équilibre à trouver

Et il conclut : "Nous exhortons donc la Commission à revoir ses propositions, afin de trouver un équilibre approprié entre la viabilité de l’activité agricole et sa contribution à la sécurité alimentaire mondiale d’une part, et l’atténuation du changement climatique, la qualité de l’air, la biodiversité, la gestion des risques d’inondation et la qualité de l’eau d’autre part."

En complément, la très intéressante note du Copa-Cogeca (lien en fin d'article, elle est en anglais, mais même si vous n'êtes pas bilingue, en copiant-collant son texte sur un traducteur en ligne vous en comprendrez l'essentiel du contenu) met en lumière différentes techniques ou stratégies déjà adoptées dans certains pays européens visant à réduire les émissions, et qui mériteraient d'être localement prises en compte (Nitrawal en Belgique, le placement sous surface du lisier en Finlande...).

Dans le dernier numéro de son magazine, WikiAgri vous parle des sols, pour lesquels la directive européenne n'est toujours pas sortie, contrairement au climat (déjà fait), et donc à l'air (sous peu). Ce sont autant d'éléments dont il faut tenir compte. C'est effectivement très important. Mais justement, cette importance oblige à rendre les objectifs lisibles, compatibles et réalisables. Si chaque domaine pris séparément est trop strict, c'est l'ensemble qui est compromis.

Ce que personne ne souhaite.

En savoir plus : http://www.copa-cogeca.eu/Download.ashx?ID=1128473 la note complète du Copa-Cogeca sur les intentions de la Commission européenne en matière de qualité de l'air (en anglais).

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Auteur : Jeandey Antoine
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Journaliste professionnel depuis 1987. Rédacteur en chef de WikiAgri depuis sa création, en janvier 2012. Par ailleurs élu, adjoint au maire de Chaudon (comm...

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