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Pourquoi les agriculteurs manifestent pour les aides aux zones défavorisées ? La réponse du terrain

Que représente sur le terrain la redéfinition du zonage pour l’accord des aides pour les zones défavorisées ? WikiAgri a interviewé Gilles Resseguier, un éleveur du Lot qui perçoit aujourd’hui la fameuse ICHN (indemnité compensatrice au handicap naturel) et devrait la perdre avec les décisions gouvernementales telles qu’elles devraient être appliquées.

D’évidence ça grogne dans les campagnes et l’Occitanie est en train de s’enflammer. Et difficile de dire si le rendez-vous programmé ce vendredi 2 février au ministère de l’Agriculture calmera les esprits. En cause la nouvelle carte des zones défavorisées qui, en Haute-Garonne et dans tous les départements autour de Toulouse, exclut 1058 communes. La semaine dernière à Montauban, au terme d’une manifestation de plus de 1000 agriculteurs avec 140 tracteurs, une délégation avait été reçue par le préfet du Tarn-et-Garonne. Lequel leur avait assuré, selon eux, qu’il suggérerait au ministère de l’Agriculture de réintégrer près de 900 communes dans le dispositif.

Or, 48 heures après cette démonstration de force et au cours d’une dernière rencontre nationale à Paris, les interlocuteurs du ministère devaient constater que la carte n’a absolument pas évolué. Depuis, on a compté de nombreuses manifestations de colère de part et d’autre de la région avec le blocus des autoroutes et autres voies rapides autour de Montauban et de Toulouse au cours des derniers jours. Car tous s’alarment de l’exclusion annoncée des aides nationales et européennes de leurs exploitations.

L’exemple d’une ferme familiale du Lot

Une exclusion qui pourrait condamnée à la faillite nombre d’entre elles, estiment les agriculteurs. Sainte-Alauzie, un village situé au sud du Lot appartient à ces communes d’Occitanie qui ne doivent plus figurer sur la nouvelle carte, lorsque celle-ci entrera en vigueur au premier janvier prochain. Avec Vincent, son frère, et un salarié à mi-temps, Gilles Resseguier exploite depuis 1998 la ferme familiale de 120 hectares, 60 vaches allaitantes et 900 porcs. C’est même la cinquième génération à gérer l’exploitation.

L’année dernière, le statut de zone défavorisée rattaché à la commune a permis aux deux frères de percevoir 12 600 € de subventions nationale et européenne. Car ici dans le Quercy blanc, ce périmètre coincé aux confins du Tarn-et-Garonne et du Lot-et-Garonne, les handicaps naturels sont légion. « Regardez on n’a pas de chance !, soupire Gilles Resseguier. On a un terrain très vallonné avec des parcelles très morcelées. La terre est calcaire, caillouteuse. Donc les sols sont pauvres et en plus peu profonds. C’est pour cela que nous avons cette indemnité compensatrice. Parce que on en a ramassés des cailloux à la main, en plus de les casser avec une machine spéciale, et même que ce n’est pas fini ! »

« On nous abandonne, mais nous ne revendiquons pas pour rien ! »

Si bien que les rendements ne vont guère au-delà des 50 quintaux à l’hectare puisque, qui plus est, le printemps venu la terre sèche rapidement. Alors les charges de mécanisation sont importantes, dans la mesure ou le matériel s’use vite.

« Dans l’hypothèse où nous ne serions plus considérés dans une zone défavorisée, c’est un revenu que l’on m’enlèverait. Nous ne revendiquons pas pour rien, ce terrain compliqué est une réalité. Nous ne voulons pas en arriver à licencier notre employé, mais il faudra bien prendre le taureau par les cornes. On se battra jusqu’au bout, mais vraiment, en ce moment, je suis dépité. On nous abandonne ! » appuie encore Gilles Resseguier.

Les services gouvernementaux refusent de répondre…

Sollicités, les responsables du Tarn-et-Garonne et de Haute-Garonne de la DDT (direction départementale des territoires), puis de la Drass (direction régionale des affaires sanitaires et sociales) ne nous ont pas répondu. Ils ont préféré renvoyer la patate chaude au ministère de l’Agriculture. Sauf que ce dernier est resté aux abonnés absents. Nous ne connaîtrons donc pas le pourquoi du déclassement massif dont fait l’objet la région, ni quelle est la situation dans les autres pays européens.
 

En savoir plus : https://wikiagri.fr/articles/montauban-bloque-par-les-agriculteurs-qui-veulent-defendre-les-zones-defavorisees/16872 (article de WikiAgri sur les manifestations récentes à Montauban, d’autres ont suivi à Toulouse).
 

Gilles Resseguier : « C’est pour cette terre qui est très pauvre que nous revendiquons. » 

L’éleveur possède 60 vaches allaitantes dans la ferme familiale qu’il exploite avec son frère.

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