Dopée par la hausse de la consommation des pommes de terre transformées, la filière a connu une embellie à laquelle 2025 a mis fin brutalement. Pour permettre aux planteurs de retrouver une juste rémunération, la filière doit plus que jamais, être à l’écoute des attentes du marché.
Après l’euphorie, le marché de la pomme de terre connaît un sérieux revers en 2025. La hausse des surfaces et les difficultés à l’export plombent les cours. Beaucoup d’industriels ont construit de nouvelles unités de transformation. « Une certaine spéculation sur la demande et une bonne rentabilité sur les dernières campagnes ont entrainé une forte hausse des emblavements, avec l’arrivée de nouveaux planteurs », retrace Eric Parisseaux, responsable achat et négoce pommes de terre pour la coopérative Le Gouessant.
Pour 2025, l’Union nationale des Producteurs de Pommes de terre annonce des surfaces inédites depuis plus de 10 ans, avec 197 000 ha, soit une hausse de 25 % depuis 2023. La progression des emblavements atteint même 27,2 % si l’on compare la surface 2025 à la moyenne 2019/2023. Au niveau européen, les surfaces cultivées ont aussi atteint un niveau jamais vu. En 2024, la France, l’Allemagne et le Benelux, les premiers pays producteurs, ont gagné 50 000 ha.
Adapter la production aux attentes du marché
Si la pomme de terre a toujours fait partie des habitudes alimentaires des Français, leurs attentes évoluent et demandent des adaptations, depuis la production jusqu’à la transformation. « La France a toujours eu une offre très segmentée, selon la couleur, l’utilisation, explique Jérémy Redon. Il faut continuer à développer cette segmentation pour aller chercher de la valeur ajoutée, tout en s’adaptant aux changements d’habitudes des consommateurs, moins de frais, plus de produits transformés, des formats plus petits. Pour nous, coopérative, il est primordial d’écouter les attentes du marché pour accompagner nos adhérents vers les segments les plus porteurs ».

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Plus d’exigences environnementales
« La certification environnementale HVE est peu demandée par la grande distribution », constate Jérémy Redon. Mais ça peut être un moyen de se différencier en cas d’offre abondante. C’est surtout nécessaire pour accéder aux marchés de la restauration scolaire et collective ». La grande distribution est plus demandeuse de démarches en agroécologie, comme Pour une Agriculture Du Vivant. Les cahiers des charges deviennent de plus en plus exigeants, pourtant ce sont des critères de choix pour peu de consommateurs, dont la grande majorité ne regarde, au mieux, que l’origine et davantage le prix.
Qui dit plus d’hectares, dit plus de production. Pour 2025, l’UNPT part sur une production française de 8,5 millions de t, soit 900 000 t de plus qu’en 2024. Sur 2024, la production avait déjà été de 7,7 millions de t, plus 50 000 t de pommes de terre primeurs.
21 % de la production de pommes de terre de conservation part vers la transformation industrielle, dont une large partie de frites. 4ᵉ producteur européen, derrière la Pologne, l’Allemagne et le Benelux, la France exporte la moitié de sa production, ce qui en fait le 1er exportateur mondial « La production française est réputée pour sa qualité », assure Eric Parisseaux.
Des cours au plus bas
Alors qu’il reste encore des stocks 2024, la perspective d’une récolte encore en hausse affole les marchés, qui s’effondrent. Dans un contexte dans lequel la consommation a atteint un palier, « des volumes importants et des ventes compliquées ont fait retomber les cours, qui, sur les deux dernières années, avaient atteint des niveaux inégalés », résume Jérémy Redon, responsable commercial et comptes clés légumes pour Le Gouessant.
Pour le frais, il n’y a pas trop de concurrence, car les marchés sont en proximité et la France a la chance d’avoir une production de qualité et assez précoce. Le commerce est plus tendu sur les débouchés industriels et l’export. « Pour les transformateurs, le 1er critère de choix est la proximité avec les usines », rappelle Eric Parisseaux.
C’est surtout à l’export que la situation se complique. La production mondiale est en augmentation. L’Inde et la Chine qui, avant, étaient deux pays importateurs, ont développé leur production et leurs outils de transformation. Le développement de la production en Amérique du Nord et du Sud, en Égypte, a aussi rebattu les cartes des échanges internationaux.
Le Gouessant, la pomme de terre est dans l’ADN de la coopérative
Basée à Lamballe (22), la coopérative Le Gouessant travaille la pomme de terre, depuis ses débuts en 1964. En 2024, elle en a commercialisé 35 200 t. « Cette production historique continue de s’inscrire dans notre stratégie pour devenir un acteur référent du cœur des repas, explique Eric Parisseaux. La pomme de terre fait partie des projets de croissance ». Pour s’adapter aux demandes du marché, la coopérative costarmoricaine a développé la transformation et adapté ses conditionnements pour la vente en frais. Un important travail encore mené sur les emballages, avec des sachets micro-ondables et le remplacement des filets plastiques par d’autres matières (papier, lin, plastique recyclable). «Le conditionnement dans des sacs en papier est un challenge technique pour arriver à une bonne conservation des produits, reconnaît Jérémy Redon, responsable commercial et compte clés légumes. Cette nouvelle proposition nous a permis de gagner des parts de marché au lancement. Depuis, l’engouement s’est stabilisé ».
Accélérer la transition agroécologique
Depuis de nombreuses années, la coopérative accompagne ses adhérents dans l’optimisation des itinéraires culturaux, afin de réduire les intrants et d’avoir des variétés qui se comportent bien face aux ravageurs et maladies, comme au stress hydrique. Avec 5 autres acteurs de la filière – Parmentine, Pom’Alliance, les 3 Laboureurs, Touquet Savour et Comyn – Le Gouessant participe au GIE InovaPom. Cette structure a pour ambition de mettre en commun des moyens pour tester de nouvelles variétés plus respectueuses de l’environnement et de la biodiversité.
« Tous ces facteurs concourent à la situation actuelle, explique Jérémy Redon. Après deux années avec des prix anormalement élevés, le rééquilibrage est brutal, avec des prix, cette fois, anormalement très bas ». Les acteurs de la filière risquent de devoir faire avec des cours qui risquent de s’installer dans une certaine cyclicité. « Après l’emballement des deux dernières années, il faut espérer que les surfaces vont se caler sur les besoins, ce qui permettra un rééquilibrage des prix », plaide Eric Parisseaux. Pour passer ces turbulences, la France a l’avantage d’une récolte plus précoce que les autres grands bassins de production, et d’un rendement qui se maintient à un bon niveau grâce à des rotations longues.