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Pluies diluviennes et grêles, quel est l’état des cultures ?

Les fortes précipitations et les épisodes de grêles ont pu entraîner des dégâts plus ou moins importants selon les secteurs. Le point sur les conséquences.

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Aucune intervention fongicide n’est à envisager sur céréales à paille alors que, sur maïs et sorgho, un binage sera opportun lorsque les sols seront ressuyés.

Hétérogénéité des précipitations

Avant l’épisode pluvieux du 28-30 mai, les cumuls de précipitations étaient proche des médianes à l’exception de quelques secteurs plus arrosés, comme Montmorillon ou Cognac par exemple, qui présentaient déjà 30 à 45 mm de plus que les valeurs médianes. Des traces d’érosion étaient déjà visibles dans les sols les plus fragiles.

Comme le montre la carte (figure 1), le cumul de précipitations entre le 28 et le 30 mai varie de 20 à 100 mm selon les secteurs. Ces cumuls importants sont tombés en peu de temps, saturant les sols, provoquant de l’érosion et d’autres dégâts.

Figure 1 : Cumul de précipitations du 28 au 30 mai 2016 (Vendée, Deux-Sèvres, Vienne, Charente-Maritime, Charente)

Céréales à paille : aucune intervention à prévoir

Localement des dégâts de grêle ont provoqué des pertes de grains, donnant un aspect ébouriffé aux épis. Des blessures peuvent apparaitre sur épi (brunissement des zones touchées par les grêlons). Cependant, aucune intervention fongicide n’est nécessaire. Pour estimer les dégâts, un comptage du nombre de grains/m² tombés au sol peut être réalisé, même si cela ne donne qu’une estimation partielle.

Maïs et sorgho : biner lorsque les sols seront ressuyés

Suite aux forts abats d’eau sur des sols quasi nus, on observe croûtes de battance, érosion… Un binage sera opportun dès que les sols seront ressuyés, cela permettra de relancer la croissance des plantes par une meilleure aération du sol.


Erosion et formation d’une croûte de battance dans un bornais, Vienne 2016.

Si un désherbage chimique est prévu, il devra être réalisé une fois la croissance redémarrée, on peut retenir, par exemple, d’attendre que le maïs ait émis une nouvelle feuille. Pour l’instant, dans les zones concernées, éviter de désherber ces maïs stressés.

En cas de grêle, malgré le visuel parfois spectaculaire, le maïs a une bonne capacité à repartir, si son apex n’est pas atteint par la grêle ou gelé par le maintien d’une forte couche de grêle au sol. Sur les parcelles les plus touchées, il est impératif d’attendre une semaine à 10 jours après la constatation des dégâts pour prendre une décision en fonction du redémarrage ou non de la culture.

Pour plus d’informations (seuils de maintien, grille d’aide à la décision… consultez la Fiche Accidents grêle

Les températures fraîches perturbent l’installation des maïs

Depuis le début de mai, les températures sont restées très fraîches avec de fréquents minimas proches voire inférieurs à 0°C ; comme le montre l’exemple des températures relevées à Niort (figure 2). La fréquence des températures très fraîches est remarquable. L’effet de cet épisode frais particulièrement long est d’autant plus fort qu’il s’accompagne d’amplitudes thermiques assez modérées et donc d’un défaut de chaleur important. Ainsi, sur la période avril/début mai, le déficit thermique en base 6°C atteint voire dépasse les 25/30°C par rapport à la médiane des 20 dernières années. L’effet des températures fraîches a pu également être accentué pour les semis les plus précoces par les brefs épisodes pluvieux répétés qui ont empêché les sols de se réchauffer.

Ce déficit a eu plusieurs conséquences :

– Des levées lentes entraînant souvent des problèmes de régularité et d’homogénéité de peuplement et accentuant les accidents de germination (graines non germées, germes anormaux…). Ces défauts de levées sont liés généralement à des lots de semences légèrement défaillants en conditions difficiles de levée. Ils sont nettement moins fréquents sur les semis plus tardifs, qui ont bénéficié de températures plus élevées après leur implantation et qui ont levé plus rapidement.

– Retards de végétation. A date de semis équivalente, les maïs 2016 ont aujourd’hui une à deux feuilles de moins qu’une année normale. Le phénomène est accentué par les retards de semis. Les écarts de stade entre dates de semis sont très limités : le cumul de températures base 6°C entre le 10 avril et le 1er mai n’excède guère 90 à 100°C, ce qui correspond à un décalage de 2 feuilles pour 20 jours de décalage de semis !

Ces retards de stade et de végétation pourront être rapidement rattrapés si les températures des prochaines semaines retrouvent des valeurs plus « normales ».

Figure 2 : Températures minimales journalières sur le poste de Niort (Deux-Sèvres) (données Météo France) du 1er avril au 10 mai

 

Thibaud Deschamps, Céline Drillaud, Jean-Louis Moynier (Arvalis – Institut du végétal)

1 Commentaire(s)

  1. Si le dérèglement climatique c’est cela, alors il serait temps que l’on se pose des questions sur nos comportements journaliers… Si le changement climatique ce n’est plus du blabla il va peut être falloir s’affoler sur nos manières de vivre, de consommer , de produire et de polluer…D’ici quelques mois, lorsque l’on aura oublié, on continuera à prendre l’avion, se déplacer inutilement, à acheter des produits venant des 4 coins de la plantée…le TAFTA…

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