Pour Cédric Boudes, ingénieur agronome chez Yara, l’enjeu est clair avec Atfarm : rendre la modulation azotée simple et accessible, afin d’en faire un levier concret de performance économique à l’hectare.
La modulation intraparcellaire de l’azote n’est pas un sujet nouveau chez Yara…
En effet. Dès 1998, les équipes de Yara se sont penchées sur la question avec le lancement du N-Sensor. Cet outil a véritablement ouvert le chapitre de la modulation au sein de l’entreprise. Rapidement, nous avons toutefois constaté que cette solution ne pouvait pas se généraliser à tous les modèles d’exploitation. Elle s’adressait principalement à des structures importantes, disposant de plus de 200 hectares en céréales et oléagineux. Malgré cela, les retours terrain étaient encourageants : certains utilisateurs évoquaient un retour sur investissement inférieur à cinq ans. Cette première étape nous a permis d’asseoir notre maîtrise technologique sur la modulation. Notre vision reste d’accompagner l’agriculteur vers ce premier pas.
Où en est-on aujourd’hui ?
La modulation est connue depuis longtemps dans les fermes. Pourtant, elle reste peu adoptée. Une enquête Agreste menée en 2020 révélait que seuls 8 % des agriculteurs interrogés déclaraient utiliser un outil de modulation de dose d’azote. Autrement dit, 92 % n’y avaient pas recours.

modulation azotée simple et accessible ©Yara
Comment interprétez-vous ce chiffre ?
Même si la proportion a sans doute progressé depuis, ce niveau reste étonnamment bas. Surtout à l’heure où les satellites, les outils connectés, les OAD et l’agriculture de précision se sont largement démocratisés. Pour nous, ce constat a été un déclencheur. La fertilisation azotée représente environ 80 % de la charge de fertilisation à l’hectare. C’est donc le premier levier économique. Optimiser la dose, c’est agir directement sur la marge. La question n’est plus de savoir s’il faut moduler, mais comment rendre la modulation accessible au plus grand nombre.
Cette étude a-t-elle relancé votre réflexion ?
Oui. Nous avons repensé la manière de valoriser notre expertise. L’idée a été de transférer la connaissance acquise avec le N-Sensor vers une solution plus accessible, en intégrant la technologie satellitaire à nos processus de traitement d’images. C’est ainsi qu’a été développée Atfarm. Nous avons lancé une offre par abonnement, qui a ensuite évolué vers la gratuité afin de lever le frein financier. La technologie devenait accessible, mais il restait un point clé : simplifier l’usage jusqu’au bout. Nous avons donc noué un partenariat avec John Deere pour connecter Atfarm au John Deere Operations Center. L’objectif était clair : faciliter l’accès à l’information et fluidifier l’intégration des cartes de modulation dans les consoles.
Concrètement, comment fonctionne Atfarm aujourd’hui ?
La création d’une carte est rapide. En partant de zéro, l’agriculteur ouvre un compte, renseigne sa ferme, sa parcelle et sa culture, puis génère sa carte. L’ensemble du processus prend moins de cinq minutes. Notre différenciation repose sur cette simplicité. Beaucoup d’utilisateurs nous expliquaient que, après avoir créé leur carte, la difficulté résidait dans le transfert du fichier : trouver le bon format, l’enregistrer sur clé USB, l’importer dans la console du tracteur ou de l’épandeur. C’est à cette étape que nous perdions des utilisateurs. Dans les faits, certains allaient jusqu’à visualiser leurs zones de modulation… sans aller plus loin. Aujourd’hui, l’interconnexion entre Atfarm et le John Deere Operations Center change la donne. Les données circulent directement entre les plateformes. Cette intégration marque une évolution majeure dans l’usage : la carte produite devient immédiatement opérationnelle au champ.
