De gauche à droite, Clément Lestage, Arnaud Tachon et Pierre Lavieille. © DR

Maïs : 7 qtx supplémentaires avec la modulation de semis

Encore futuriste il y a une dizaine d’années, la modulation de semis s’est durablement installée dans le paysage. Au sein de la coopérative Maïsadour, ce sont déjà 9000 ha qui sont engagés dans cette démarche. Sur son exploitation, Arnaud Tachon a franchi le pas en 2019. Résultats économiques à l’appui, il assure aujourd’hui qu’il ne reviendrait pas en arrière.

Semence, grain, consommation, waxy … Sur son exploitation de 600 ha située à Luglon dans les Landes, Arnaud Tachon cultive une large gamme de maïs. Pour cette production qui n’a plus de secret pour lui, il prône l’efficience. Une stratégie qui semble payer puisque l’année s’annonce très bonne sur son exploitation. « Je pars du principe que nous n’aurons pas accès à de nouvelles molécules sur l’aspect phytosanitaire, ni à plus d’unité de fertilisation » assure-t-il. Pour améliorer son rendement et préserver sa marge, le landais mise donc sur la technologie. « Il devient nécessaire de connaître l’hétérogénéité intra-parcellaire des sols afin d’identifier les zones avec plus ou moins de potentiel » détaille-t-il. Sa stratégie consiste ensuite à baisser les coups sur les zones à moindre potentiel en réduisant les intrants et, au contraire, à augmenter les densités de semis sur celles à haut potentiel. 

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S’adapter aux parcelles hétérogènes des Landes

Depuis 2019, Arnaud Tachon, également administrateur de Maïsadour, s’appuie sur le savoir-faire des techniciens de sa coopérative pour développer la modulation de semis et de la fertilisation sur son exploitation. Grâce au service Be Api utilisé par Maïsadour, il a pu réaliser un diagnostic de potentiel et fertilité sur 80% des surfaces de son exploitation (voir encadré).

Chaque année, pour réaliser ses cartes de modulation, il s’appuie sur ce diagnostic initial, en lien avec les cartes de rendements et le savoir-faire des conseillers de la coopérative. « Nous travaillons à trois avec Arnaud et Clément Lestage mon collègue en charge de l’agriculture de précision, pour cibler les choix variétaux et les densités de chaque zonage ainsi que la date de semis » explique Pierre Lavielle, le conseiller de l’agriculteur. Côté fertilisation, Maïsadour propose d’accompagner ses adhérents sur les apports de potasse et les amendements calciques. Un service qu’utilise également Arnaud Tachon. « En décomposant les éléments, il est plus facile d’apporter la bonne dose » assure-t-il.

© Maïsadour
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Des résultats au rendez-vous

Depuis le lancement du service Be Api chez Maïsadour en 2018, ce sont déjà 9000 ha qui ont été développés chez une soixantaine d’agriculteurs. Grâce aux cartes de modulation, les densités de semis s’échelonnent au sein de la même parcelle entre 78 000 et 105 000 grains/ha en maïs grain. « Tous les ans, de nouveaux agriculteurs rejoignent la démarche et d’autres augmentent leurs surfaces » détaille Clément Lestage. Le conseiller précise que cette prestation n’est pas réservée qu’aux surfaces à haut potentiel. « Le package complet représente 40€/an/ha. Sur des parcelles très hétérogènes, même non irriguée, l’exploitant s’y retrouve vite » souligne-t-il.

D’une manière générale, le chargé de mission agriculture de précision de Maïsadour a noté un gain de rendement de 7 qtx/ha sur les 120 à 130qtx récoltés en moyenne dans la région pour les agriculteurs pratiquant la modulation de semis. Associée au prix actuel du maïs, cette hausse représente environ 140 €/ha de plus. Même en maïs semence pour lequel il n’existe pas encore de technologie fiable de cartographie de rendement, l’avantage donné par l’agriculture de précision se fait sentir. « Cette année, nous allons dépasser les objectifs fixés en début de campagne » se réjouit Arnaud Tachon.

À l’inverse, la modulation des amendements permet en moyenne une économie de 30 à 50 €/ha. « L’idée est vraiment d’apporter la bonne dose, au bon endroit, au bon moment. Sur mes parcelles de sable blanc, cela me permet de réduire les doses pour ne pas gaspiller » assure Arnaud Tachon. Le maïsiculteur affirme que l’outil Be Api pourrait aller encore plus loin en termes de précision dès l’an prochain en proposant une date de semis optimale.

© Maïsadour
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Des freins à lever

Si le passage à l’agriculture de précision et la modulation des semis ne sont pas plus massifs à ce jour, ce n’est pas faute d’engouement chez les exploitants. « Certains freins matériels restent à surmonter pour exploiter pleinement tout le potentiel de la modulation. Mais le parc matériel adéquat se développe » assure Clément Lestage.

Sur son exploitation, Arnaud Tachon était déjà équipé avec un épandeur d’engrais Amazone ZA TS Hydro de 4200l compatible avec la modulation des apports de fertilisant lorsqu’il s’est lancé dans l’aventure. Côté semoir, il a jeté son dévolu sur un Vaderstad. « Ce n’est pas un achat qui est lié directement à la modulation. J’ai investi dans ce semoir pour optimiser l’implantation et réduire l’inter-rang à 60 cm » souligne l’exploitant.

Au-delà du matériel, les conseillers de Maïsadour relèvent également des freins techniques chez les utilisateurs du service Be Api. « Nous avons régulièrement des agriculteurs qui nous indiquent ne pas réussir à mettre la carte dans la console du tracteur. C’est quelque chose qui s’entend, car la manipulation n’est réalisée qu’une ou deux fois par an » analyse Clément Lestage. Pour y remédier, il va lui-même réaliser cette opération chez les agriculteurs qui le demandent. « Nous proposons un vrai service de proximité afin d’épauler les utilisateurs au quotidien. Nous avons également réalisé des tutos sur Youtube » détaille-t-il.

© Maïsadour
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Une autre relation avec le conseiller

Au-delà du gain de rendement et économique, la mise en œuvre du service Be Api a eu un effet indirect sur la relation conseiller-agriculteur. « Le discours n’est plus le même. Il ne s’attache plus simplement au prix de la dose. Maintenant, je parle du potentiel de sol. Je simule avec l’adhérent des résultats technico-économique en fonction de l’augmentation de la densité de semis ou non » affirme Pierre Lavielle. Un constat que partage Arnaud Tachon. « Je ne pense pas que nous soyons encore sur un rapport commercial. Avec ce type de service, c’est le conseil qui prime ».

Une méthodologie éprouvée

Pour diagnostiquer le potentiel des sols, les parcelles sont arpentées par un quad avec un conductimètre. « Cela permet de réaliser un zonage hydrique. Pour chaque périmètre défini au sein de la parcelle, un profil de sol et une analyse granulométrique sont ensuite réalisés » détaille Clément Lestage. Les trois critères importants pour différencier le potentiel des zones sont la structure du sol, la profondeur de sol et le taux de matière organique. « Dans notre région, les sols sont 100 % sableux, mais le sous-sol féro-magnésien se trouve entre 30 et 80 cm et les taux de matière organique d’un sable blanc peuvent varier de 2 à 6 % au sein de la même parcelle » témoigne-t-il.

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