La place de l’élevage bovin dans le monde est globalement équilibrée et peut apporter beaucoup dans les transitions agricoles à venir, estime Francis Bucaille*, agriculteur, chercheur et agronome.
« L’élevage bovin est très fortement et très injustement critiqué, au nom de l’écologie et du climat, mais également au nom de la santé. Ces discours reposent en grande partie sur des études déconnectées du terrain, simplificatrices, et donc elles ne traduisent pas la complexité des relations animal-sol-environnement. Est-il juste en effet de comptabiliser les eaux de pluie sur le même plan que les eaux de forage ou issues de la désalinisation ? Est-il juste de mettre dans le même panier la vache élevée à l’herbe, celle issue des parcs d’engraissement américains, et celle des régions sahéliennes où l’élevage est le seul moyen de valoriser une ressource alimentaire si diffuse (quelques herbes éparses) ? Est-il juste et scientifique d’évaluer les émissions de méthane à partir d’animaux fistulés maintenus dans des conditions d’alimentation et d’élevage qui n’ont rien à voir avec la réalité des conditions d’élevage ?
Un rôle vertueux
La FAO (L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui est en grande partie à l’origine des chiffres simplistes qui incriminent l’élevage bovin a fini par rétropédaler sur le sujet. Mais le coup était parti. En France, notre agence officielle de l’environnement, l’Ademe*, persiste à se faire le relais d’un mauvais bilan prenant comme seul indicateur l’équivalent CO2, sans le discernement que la complexité du sujet impose. Dans de nombreux milieux comme les prairies, on ne peut rien faire d’autre que de l’élevage et ce type d’élevage a un rôle écologique majeur, y compris pour stocker du carbone. L’expérience des écologues en milieu aride nous apprend que l’herbe qui n’est pas broutée s’étouffe d’elle-même, meurt et laisse le désert avancer. Aucun écosystème terrestre n’existe sans la présence intégrée de l’animal. Priver les milieux naturels ou domestiqués de la présence de l’animal revient à s’opposer à des millions d’années de coévolution.
Une biomasse raisonnable
Bien élevés, en bonne santé et consommant des fourrages issus de sols vivants, les bovins représentent des sources d’oméga 3 de très haute qualité (DHA, EPA) et de quantité de vitamines et de minéraux. Des études démontrent que ces types d’élevages se traduisent par des améliorations de la santé de celles et ceux qui en consomment les produits. Mes investigations m’ont aussi apporté aujourd’hui la certitude que la biomasse globale de ruminants sur Terre n’est à ce jour pas excessive, car elle est équivalente à celle d’il y a environ 20 000 ans (en pleine période glaciaire), avant l’extinction de la mégafaune préhistorique. La responsabilité du réchauffement climatique doit évidemment être trouvée ailleurs : dans d’autres sources de production de gaz à effet de serre. En fait,100 % des nouvelles émissions de méthane ont pour origine la mauvaise gestion des décharges, des stations d’épuration et des activités de l’industrie pétrochimique (fuites de transport et de stockage, fracturation hydraulique…). L’élevage est un bouc émissaire idéal, mais pour l’avenir de la planète, ce n’est certainement pas au vivant de se retirer sur la pointe des pieds ».
* Auteur de « Revitaliser les sols » (2020) et de « Agriculture et biomimétisme » (2025)

Vous n'avez encore rien lu !
Ce numéro met à l'honneur l'élevage bovin : découvrez le magazine en intégral pour plonger au coeur de ce focus exclusif.
** Ademe https://impactco2.fr/outils/alimentation