La méthanisation n’est qu’en bourgeon

C’est aujourd’hui démontré. La France a la capacité pour « verdir » l’intégralité de ses besoins en gaz à l’horizon 2050. En 2022, les méthaniseurs – en très grande partie agricoles – injecteront déjà dans le réseau plus de 2% du gaz consommé, pour une capacité de 6.4 térawattheures (TWh), selon les chiffres présentés dans le panorama des gaz renouvelables 2021 publiés en mars 2022. La filière va donc dépasser l’objectif qui lui était fixé pour 2023 par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). 

 
Le biométhane est ainsi l’énergie renouvelable la plus en avance sur ses objectifs. Par ailleurs, il y a dans les cartons plus de 1 000 projets en attente qui pourraient permettre d’injecter plus de 25 TWh additionnels d’ici 2025. Pour remplir les objectifs de 10% à 2030, il faudra un potentiel de 40 TWh installés, ce qui semble tout à fait atteignable. Aujourd’hui, le contexte de guerre en Ukraine – qui remet en cause la dépendance au gaz russe – renforce d’ailleurs l’intérêt porté à la filière. Ceci d’autant plus que le coût du biométhane est aujourd’hui comparable à celui du gaz d’origine fossile à 100 € du mégawattheure. 
 
La filière doit cependant faire face à des signaux contradictoires. L’Etat a fixé des objectifs de réduction des coûts des tarifs d’achats alors même que l’inflation renchérit les coûts de constructions. Les coûts de fonctionnement sont également en augmentation avec une hausse des coûts des travaux agricoles et du transport. 
 
La filière espère donc aujourd’hui un cadre de soutiens plus volontariste. C’est ainsi que l’Etat français a mis en projet un système de certificats de production qui ferait reposer le financement sur les énergéticiens de type Engie. Ce changement de modèle aura pour conséquence prévisible d’accélérer l’émergence de projets, comme ce fut le cas avec les certificats d’économie d’énergie pour l’isolation des bâtiments et les changements de systèmes de chauffage. Dans le même temps, le risque est de voir venir sur le marché une catégorie plus importante d’acteurs non agricoles. 
 
Quoi qu’il en soit, et quoi qu’on en pense, il semble que la méthanisation n’en est aujourd’hui qu’au stade de bourgeonnement dans nos campagnes. Et il fait peu de doutes que les ETA auront dans ce dossier une place à prendre – que ce soit pour l’épandage des digestats comme pour l’implantation et la récolte des cultures intermédiaires à vocation énergétique. 
 
 
Auteur: Alexis Dufumier