Face aux retraits de matières actives, la production de pommes de terre est confrontée à des difficultés croissantes en particulier pour la gestion des adventices et des viroses transmises par les pucerons. A contrario, le traitement des plants et les moyens de lutte contre le mildiou permettent une maîtrise satisfaisante pour le moment.
Dans un contexte évolutif, Cyril Hannon, coordinateur Pomme de Terre à Arvalis-Institut du Végétal et Bernard Quéré, directeur d’inov3PT*, confient pistes et recommandations afin de maîtriser les bioagresseurs.
Les pucerons apparaissent comme une menace croissante aujourd’hui. Quelles sont les perspectives ?
Bernard Quéré : Je dirai que nous sommes à un tournant. Nous constatons de nombreux refus et déclassement liés notamment aux viroses sur les variétés sensibles. La production 2023 en particulier a enregistré 3,92 % de refus contre un taux moyen de 2,8 % sur cinq ans. La filière est donc contrainte de prendre en compte ce critère aujourd’hui.
Les producteurs, déjà bien formés à la reconnaissance des virus, devront renouveler les efforts pour assurer les épurations.
Pour les aider ainsi que les inspecteurs, nous espérons que des outils d’imagerie autoriseront demain une reconnaissance des premiers signes avant même l’apparition des symptômes.
Nous travaillons à plusieurs pistes telles que les cadences, les doses et la localisation de l’application des huiles minérales en fonction du développement foliaire. Nous testons également un radar pour suivre les vols de pucerons. Celui-ci permettrait une détection environ 3 à 4 jours avant leur arrivée sur la culture. Le développement de modèles de prédiction de vols pourrait faciliter à terme la planification et l’optimisation des traitements.
Cyril Hannon : Cette évolution préoccupante est liée à l’absence de solution insecticide probante sur pommes de terre. En effet, les pyréthrinoïdes présentent l’inconvénient de détruire les auxiliaires qui jouent un rôle essentiel.
La vigilance s’impose à présent sur l’ensemble de la saison de même que l’adoption de mesures de prophylaxie consistant en l’élimination des déchets et repousses.
La disparition des matières actives concerne aussi le désherbage. Quels sont vos conseils pour maitriser la pression adventice ?
Cyril Hannon : Suite au retrait de la métribuzine, le prosulfocarbe étant déjà soumis à des restrictions, le désherbage des pommes de terre se complique. Il devient de plus en plus indispensable de faire preuve de flexibilité en s’adaptant au contexte propre à chaque année culturale.
En condition sèche comme 2025, le désherbage mécanique notamment le sarclage et le binage offre une très bonne efficacité. Des résultats satisfaisants peuvent également être obtenus avec un à trois rebutages ou un passage de herse étrille. Dans ce dernier cas, le réglage doit éviter un débuttage lié à l’agressivité des dents. Le désherbage mécanique présente toutefois des limites dans le cas de surfaces importantes et selon les conditions climatiques. La question de son impact carbone pourrait également se poser.
Indispensables en conditions humides, les armes chimiques ont limitées. De nouvelles matières actives connues sur d’autres cultures arrivent sur pommes de terre ainsi que des produits combinant plusieurs d’entre elles. Il convient toutefois d’être vigilant dans les applications car leur sélectivité est variable.
Bernard Quéré : La culture de pommes de terre sera durement affectée par le retrait annoncé des matières actives. En outre, des problèmes de sélectivité de la métribuzine sont constatés sur certaines variétés.