ETA Schwoob : Le fourrage, le « nerf de la guerre »

Jules Schwoob a repris en 2019 les rênes de l’ETA familiale fondée à Geispolsheim, près de Strasbourg. Une entreprise bâtie sur une conviction simple : le fourrage de qualité est un métier à part entière. Entre fenaison millimétrée, commerce de luzerne et transport en plein essor, ce jeune entrepreneur jongle avec les contraintes météo, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et la concurrence des CUMA. Portrait d’un passionné qui a fait du fourrage son fonds de commerce.

De gauche à droite: Régis, Julien, Thiebaut, Emma et Jules, gérant de l'ETA.

Le fourrage, à l’origine de tout

Éric, le père de Jules, se lance en 2001 dans l’agriculture. Ses grands-parents possédaient une toute petite exploitation, mais « c’est lui qui construit véritablement l’affaire ». D’abord des lapins, des chevaux, puis de l’engraissement. Et très vite, une conviction : la vente de fourrage est le levier de développement à saisir.

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« Le fourrage, c’était le nerf de l’ETA à l’époque. C’est là où il a réussi à se développer vraiment », résume Jules. La fenaison, le pressage, la vente de foin : voilà le socle sur lequel l’entreprise se construit dans ses premières années. En 2021,  Éric acquiert une ferme dans les Vosges, dédiée à l’élevage allaitant et aux prairies. Cela représente 100 ha de prairies supplémentaires et surtout un deuxième territoire de clientèle à développer. Il s’y installe pour la gérer, pendant que Jules garde un œil sur l’ensemble de l’activité depuis Geispolsheim. Il arrive définitivement sur l’ETA en 2019, après un bac pro CGEA à dominante végétale.

La luzerne, une culture qui ne pardonne pas… et qui recule

Dans la plaine alsacienne, la luzerne riche en protéines est prisée des éleveurs laitiers. Elle est aussi l’une des cultures fourragères les plus exigeantes à récolter. « Un retard d’une demi-journée, une erreur de jugement sur l’état des andains, et c’est une partie de la valeur nutritive qui s’envole. Une luzerne sans feuilles, ça ne vaut plus rien », résume Jules Schwoob.

Pour les préserver, l’ETA Schwoob s’équipe d’une faucheuse conditionneuse à rouleaux. « Sur les légumineuses, ce type de conditionneur préserve vraiment les feuilles comparé aux traditionnels fléaux ». Il insiste également sur le timing de récolte. La mise en andain doit intervenir au moment précis où le taux d’humidité est optimal. « Si on y va trop tôt, on remet de l’humidité dans les andains. Si on y va trop tard, on perd toutes les feuilles ». Cette fenêtre d’intervention réduite exige une surveillance constante des conditions météorologiques et une réactivité importante.

Faucheuse triple Krone
Faucheuse triple Krone ©DR

Les clients de l’ETA détiennent entre 60 et 220 vaches, des surfaces souvent modestes, mais une exigence de qualité maximale. « Chez nous, on fait 4 coupes dans l’année, voire 5 les bonnes années, mais sur des petites surfaces. L’essentiel, c’est la qualité du fourrage. Les laitiers n’ont pas le droit à l’erreur sur leur ration ».

Il remarque néanmoins que les surfaces en luzerne reculent. En cause, une évolution des pratiques liée en partie à la PAC. Des céréaliers se sont mis à implanter de la luzerne pour répondre aux exigences de diversification des cultures ou de surfaces d’intérêt écologique. Résultat : « Les exploitations n’en produisent plus et achètent sur pied ». Beaucoup ont également décidé de la supprimer de la ration. Ce recul structurel des surfaces est un signal d’alarme qui oblige l’ETA à anticiper et à se diversifier.

Presser, enrubanner, livrer : la machine s’emballe

En 2020, l’ETA Schwoob investit dans sa première presse enrubanneuse. La demande décolle si vite qu’en 2023, une deuxième machine rejoint le parc.

Les clients sont souvent de grandes exploitations céréalières ou d’élevage extensif, avec des surfaces dispersées. Il propose la prestation en Alsace, mais aussi dans les Vosges, aux alentours de l’exploitation familiale allaitante. « Notre client idéal a des terres partout. Il n’a plus le temps de faucher, presser, enrubanner lui-même. Et surtout, il ne trouve plus de salariés pour le faire ». Les grands exploitants qui rationalisent leur organisation délèguent de plus en plus. C’est la conséquence du départ en retraite des aînés.

Le pressage et l’enrubannage représentent aujourd’hui environ 15 % du chiffre d’affaires de l’ETA, auxquels s’ajoutent 5 % de fauche. « Des chiffres qui reflètent une activité très dense sur une courte saison, d’avril à novembre ».

Le commerce de fourrage : quand l’ETA devient négociant

La particularité de l’ETA Schwoob parmi ses concurrentes, c’est cette activité de commerce de fourrage. « Elle représente aujourd’hui environ 10 % du chiffre d’affaires ». 

Cette double casquette « prestataire-négociant » offre une flexibilité précieuse. Quand les conditions de récolte sont bonnes et que les volumes excèdent les besoins de l’exploitation familiale, le surplus part sur le marché. Quand un client manque de stock, l’ETA peut lui proposer directement de la marchandise. Une façon de fidéliser une clientèle d’éleveurs, tout en lissant les à-coups de l’activité saisonnière.

Mais cette activité de négoce demande une logistique rodée. Et c’est là qu’entre en jeu le transport, devenu aujourd’hui un poste important du chiffre d’affaires avec environ 30 % des revenus.

Des difficultés qui forcent la remise en question

Le recrutement représente le principal défi de l’ETA. « Trouver des profils qualifiés dans un métier aussi technique que l’agriculture est plus compliqué que dans le TP », reconnaît Jules Schwoob. Pour y faire face, il s’appuie sur 3 permanents dont lui, et une douzaine de saisonniers en haute saison. « Quelques salariés reviennent tous les ans sur les postes techniques. Nous avons aussi de plus en plus de chauffeurs indépendants, souvent d’anciens agriculteurs. Ils sont disponibles et maîtrisent déjà le matériel », ce qui fait leur force.

Pressage de paille de blé
Pressage de paille de blé ©DR

Sur le plan commercial, l’ETA a choisi la spécialisation. « Nous ne proposons pas les prestations d’ensilage, c’est trop concurrentiel localement. Nous avons aussi une pression constante avec de plus en plus de CUMA très bien équipées ». Pour ouvrir d’autres perspectives, Jules Schwoob réfléchit à de nouveaux débouchés. Il pense notamment à proposer une station de compostage de déchets verts. « Ce serait une diversification, mais cela servirait également à rentabiliser des équipements aujourd’hui sous-utilisés ».

L’ETA Schwoob en bref

  • Siège : Geispolsheim, Bas-Rhin (67)
  • Gérant : Jules Schwoob, depuis 2019
  • Effectif : 3 permanents + jusqu’à 12 saisonniers (avril-novembre)
  • Clientèle : plus de 100 clients
  • Exploitation familiale : ~100 ha de prairies dans les Vosges (élevage allaitant)
  • 2 zones d’intervention : plaine alsacienne + massif vosgien