Les prix élevés des agneaux et des brebis de réforme profitent à tous les producteurs, quelle que soit leur degré de spécialisation. Mais les systèmes mixtes « Ovins et bovins » dégagent les meilleurs revenus car ils profitent des conjonctures favorables des marchés de la viande bovine et ovine. Les éleveurs de brebis laitières voient leur situation économique s’améliorer.
Une des études du quatrième « Dossier annuel » de l’économie de l’élevage publié par l’Institut de l’élevage est dédiée à la filière ovine et aux revenus des sept catégories de producteurs « ovins viande » et « ovins lait » identifiés (1). Le ratio retenu est le résultat courant par unité de main d’œuvre (RC/UMO).
L’an passé, leurs producteurs ont tous bénéficié d’une baisse des charges et des cours élevés de la viande d’agneau. Toutefois, l’augmentation des charges de structure ont en partie compensé ces gains. Et la FCO et la MHE n’ont épargné aucun d’eux et généré des pertes de productivité et économiques.
L’étude de l’Idele montre que les écarts de RC/UMO intra-catégoriels sont plus importants que les écarts de RC/UMO moyens inter-catégoriels. Les taux de prolificité et le poids des carcasses impactent directement les chiffres d’affaires des exploitations, leurs marges brutes et par ricochet les revenus de leurs producteurs. Autrement dit, les prix élevés de la viande ovine ne suffisent pas pour accroître les revenus des éleveurs et pour améliorer leur situation économique si les performances zootechniques de leurs élevages ne sont pas satisfaisantes.
Systèmes spécialisés Ovins viande

L’an passé, les grands gagnants sont les systèmes mixtes « Ovins viande et bovins viande » (179 ha, 375 brebis, 67 VA et 2,1 UMO).
Leur RC/UMO de 38 200 €/UMO (ou 38,2 k€/UMO) (+7,8 k€ sur un an) est boosté par le marché de la viande bovine.
Mais la dimension des structures (superficie, effectifs des troupeaux de bovins) génère des écarts de RC/UMO de 30 k€ entre les systèmes « ovins viande et bovins viande » du quart supérieur les plus performants (50k€/UMO) et ceux du quart inférieur (20 k€/UMO).
En 2021 et 2022, c’étaient les RC/UMO des systèmes diversifiés « Ovins viande et grandes cultures » (197 ha dont 125 ha de grandes cultures, 613 brebis et 2 UMO) qui avaient explosé. Mais l’an passé, ces mêmes céréales pénalisaient encore le RC/UMO (22,8 k€) de ces systèmes, comme en 2024. Et malgré un chiffre d’affaires en hausse, le revenu reste inférieur à 2018 et 2019 (26-28 k€/UMO) et, bien sûr à ceux de 2021- 2022 (42 k€/UMO).
Mais dans les ateliers d’élevage les plus performants, des écarts de marges brutes de 50 €/brebis génèrent, à l’échelle des exploitations, des différentiels de revenus atteignant 30 k€/UMO.
Les systèmes spécialisés « Ovins viande pastoraux » (2 UMO, 274 ha ; 587 brebis), frugaux en intrants (32 k€/UMO), sont toujours pénalisés par les contraintes naturelles (taux de mortalité des agneaux élevés). Le taux moyen de prolificité n’excède pas 0,88 agneau par brebis. Mais là encore, le RC/UMO moyen masque des écarts de revenu de 20 k€/UMO entre le quart inférieur des exploitations (20 €/UMO avec un taux de prolificité de 0,46 agneau par brebis) et le quart supérieur (40 k€/UMO et 1,2 agneau par brebis).
Les RC/UMO des systèmes spécialisés « Ovins viande herbagers des zones à bon potentiel» (97 ha, 506 brebis, 1 UMO) et « des zones à potentiel limité » (81 ha, 439 brebis, 1,4 UMO) sont très dépendants de la conjoncture du marché de la viande ovine et des taux de prolificité.
Les systèmes « Ovins viande des zones à bon potentiel » répartis tout le longs de l’arc Atlantique (18,8 k€/UMO) voient leurs revenus progresser de 1,7 €/UMO grâce à un chiffre d’affaires en hausse 2,9 k€ et à des charges variables en repli de 0,9 k€.
Mais ces exploitations sont aussi plombées par leur chiffre d’affaires céréalier. Certains cultivent jusqu’à 50 ha de blé, orges, colza, maïs….
Mêmes causes mêmes effets, les systèmes « Ovins viande spécialisés des zones à potentiel limité » (Massif central, Vosges, Alpes du sud) dégagent un revenu de 20 k€/UMO à la fois en hausse et pénalisé par des charges de structures (+ 1 k€/UMO).
Et pour ces deux systèmes spécialisés, le taux de prolificité des brebis (0,5 à 2 agneaux par brebis) impacte fortement les revenus des producteurs, avec des écarts de RC/UMO entre les exploitations de 1 à 3.
Ovins lait
Localisés dans les deux aires de production des AOP Roquefort et Ossau-Iraty, les producteurs de brebis laitières ont bénéficié de la baisse des charges variables, de la hausse du prix du lait et de la flambée des cours de l’agneau.

Les revenus de cette catégorie d’éleveurs ont doublé en trois-quatre ans, selon l’Institut de l’élevage. Dans la zone AOP Roquefort, le résultat courant par unité de main d’œuvre (RC/UMO) a atteint 41 900 € (ou 41,9 k€) en 2025 après avoir progressé de 71 % en un an. Il n’a jamais été aussi élevé depuis 2015 et pourtant ces 41,9 K€/UMO prennent en compte une partie des investissements réalisés l’an passé pour renouveler une partie du parc matériel des exploitations et pour rajeunir bâtiments et salle de traite.
Avant 2022, les capacités d’investissement de cette catégorie d’éleveurs étaient inexistantes puisque le RC/UMO n’excédait pas 19 k€.
L’an passé, tous les indicateurs de la filière « Lait de brebis » étaient passés au vert.
Les charges variables indicées Ipampa ont diminué de -2,7 % après -4,2 % en 2024.
Le prix du lait (1 256 €/1000l en moyenne annuelle) et la collecte (290 000 tonnes), en hausse respectivement de +6,1 % et de +4,9 %, ont accru le produit lait de plus de 11 %.
En ajoutant la vente des agneaux dont les prix ont progressé de 40 %, l’ensemble du produit des ventes « ovins lait » a crû l’an passé de +22 k€/UMO. Et cette hausse s’est intégralement répercutée sur le RC/UMO (+18 k€/UMO), une fois les charges de structures déduites.
La conjoncture économique très favorable de la filière laitière a davantage profité aux éleveurs du quart supérieur les plus performants techniquement. Leur RC/UMO a atteint 54,7 k€ grâce à la combinaison de plusieurs facteurs: meilleur rendement laitier et une excellente maitrise des charges. Le gain par brebis est de 30 €.
La filière Ossau-Iraty
Dans les Pyrénées Atlantique, la situation des éleveurs basques s’est redressée pour la seconde année consécutive, selon l’Institut de l’élevage. Le RC/UMO a progressé l’an passé de 40 % comme en 2024 mais il n’excède pas 20 k€/UMO.
Son montant est toutefois le plus élevé des huit dernières années.
Les producteurs de lait doivent l’augmentation de leur RC au prix du lait (1382 €/1 000 l), au cours de la viande sous IGP « Agneaux de lait des Pyrénées » et pour ceux qui ont un troupeau complémentaire de vaches allaitantes, au marché bovin.
Les résultats du quart supérieur des éleveurs les plus performants (27 k€/UMO) montrent qu’il existe des marges de progrès jusque-là inexploitées par leurs collègues, en atteignant l’autonomie notamment l’autonomie fourragère.
- Les Résultats courants par Unité de main d’œuvre –RC/UMO) des producteurs des systèmes d’élevage sont estimés à partir de la base nationale du dispositif Inosys –réseaux d’élevage. Celle-ci regroupe 340 exploitations très performantes réparties en sept catégories.