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Désherbage, intervenir dès que possible en présence de ray-grass

Malgré une forte proportion de passage à l’automne (plus de 45 % des parcelles traitées) et de très bonnes efficacités visuelles lors de ces passages, une majorité de la plaine reste à désherber avec un premier passage voire un rattrapage. Afin de maximiser ces applications, des passages sur des adventices les moins développées possibles sont à favoriser.

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Les résultats d’essais mis en place en 2014 confirment ceux des dernières années : la maîtrise des ray-grass en un seul passage en sortie d’hiver devient de plus en plus difficile et très aléatoire. Depuis 6 à 7 ans, les efficacités moyennes des produits inhibiteurs de l’ALS comme Abak, Atlantis WG ou Archipel, diminuent dans de nombreuses parcelles.

Alors qu’à leur arrivée sur le marché au début des années 2000, ces produits obtenaient très régulièrement des efficacités maximales, celles-ci sont désormais plus aléatoires et varient de 0 à 100 % !


Figure 1 : évolution des efficacités d’Archipel à 0,25 kg + adjuvant(s) appliqué fin tallage sur ray-grass au cours des 11 dernières années dans les essais désherbage d’ARVALIS – Institut du végétal (situations variables: faible à forte infestation en présence ou non de résistance)


Ces résultats sont dus principalement à l’augmentation des populations résistantes à ces produits. Des problèmes de même nature affectent l’efficacité des produits à base de pinoxaden (Axial Pratic, Traxos Pratic). Eux aussi voient leur efficacité varier selon le statut de résistance aux inhibiteurs de l’ACCase des populations de ray-grass.

Logiquement, les résultats des deux essais mis en place en 2014 sur des applications uniques de sortie d’hiver sont extrêmement décevants pour les herbicides ayant ces modes d’action : les efficacités varient de 5 à 40 % (figure 2).


Figure 2 : efficacité des applications uniques de sortie hiver (2 essais ray-grass 2014)

L’ensemble des produits inhibiteurs de l’ALS sont testés avec 1 l d’huile Actirob B et 1 l d’Actimum. L’Axial Pratic appliqué avec 1 l d’huile Actirob B ne dépasse pas les 30 % d’efficacité.

Les programmes restent une valeur sûre

Les programmes classiques (automne puis sortie d’hiver) restent une valeur sûre, aussi bien d’un point de vue technique (levée de concurrence et donc gain de rendement) qu’au niveau de l’efficacité finale. Ceci est d’autant plus vrai en présence de relevées où la persistance des produits racinaires n’est pas suffisante. Cependant, une certaine efficacité des solutions de sortie d’hiver est nécessaire pour réaliser un désherbage satisfaisant.

Ce type de programmes a été testé dans 3 essais à partir d’une base d’automne en prélevée et dans 3 essais avec une base de postlevée précoce (figure 3).
L’Axial Pratic appliqué en sortie d’hiver présente des efficacités très faibles, laissant présager des problèmes de résistance. Dans ces cas difficiles où la sortie d’hiver peine, ces programmes ne sont pas suffisants pour atteindre un niveau d’efficacité satisfaisant. Leur efficacité est inférieure à 90 % et dans 3 essais sur 4 est essentiellement apportée par l’application d’automne. Dans ces situations, le ‘tout-automne’ ainsi qu’un recourt à plus de leviers agronomiques sont fortement conseillés.


Figure 3 : efficacité des programmes prélevée ou post-levée d’automne (1-2 F) puis sortie hiver (4 essais ray-grass 2014) – (x) : nombre d’essais – Prix d’ordre indicatif

Quelques recommandations pratiques

â–º Traiter tôt en sortie d’hiver. Ces interventions sont d’autant plus efficaces que les stades des adventices sont peu avancés. Des interventions précoces – courant février – sont plus performantes que les habituelles réalisées fin mars. De plus, elles permettent de lever précocement la concurrence entre adventices et céréales et donc, de préserver le potentiel rendement de la culture. Ces interventions précoces ne ciblent pas forcément les adventices à levées plus tardives type folles-avoines. Néanmoins, l’essentiel ici est de viser la flore la plus préjudiciable, dans un premier temps, à la culture. Des rattrapages éventuels seront possibles plus tard, avec des antigraminées foliaires par exemple.
â–º Si la météo le permet, mieux vaut désherber avant le premier apport d’azote : cela évitera que les adventices n’en profitent !
â–º Traiter tôt ne doit cependant pas se substituer à de bonnes conditions climatiques lors des applications de sortie d’hiver. Elles sont primordiales pour obtenir l’efficacité maximale des produits antigraminées, en particulier les sulfonylurées (Atlantis WG, Archipel…) et assimilées (Abak…). Ces produits sont plus efficaces lorsque l’hygrométrie de l’air est supérieure à 70 %, les températures moyennes comprises entre 2 et 20°C et l’amplitude thermique est inférieure à 15°C.
â–º Les parcelles qui n’obtiendront pas 100 % d’efficacité seront à surveiller durant l’interculture et la culture suivante en intégrant des leviers agronomiques de lutte contre les mauvaises herbes (faux-semis, labour…) et une alternance des modes d’action.

Ludovic BONIN, Lise GAUTELLIER VIZIOZ (ARVALIS – Institut du végétal)

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