- La certification. Les exploitations converties à l’agri- culture biologique et celles certifiées HVE3 (haute valeur environnementale) se verraient automatiquement allouées le montant de l’aide de l’éco-régime (environ 62 €/ha).
- Les rotations obligatoires. A noter que la culture de protéagineux n’est pas possible partout. Les agriculteurs déplorent de ne plus avoir accès à certains produits pour protéger efficacement les cultures de pois et de féveroles. Aussi ont-ils parfois cessé de cultiver ces plantes malgré les atouts incontestables qu’elles présentent.
- Le retrait de surfaces de la production agricole destinée aux marchés (jachère, SIE étendues, haies…).
Dans ce contexte, les objectifs du Plan Stratégique National et les enjeux écologiques, que porte la réforme de la PAC post 2023, pourraient être challengés par des réalités sociologiques et même sociales :
Quels céréaliers de plus de 55 ans, endettés, dégageant un EBE négatif et sans repreneur seraient prêts revoir leurs systèmes de production et leurs pratiques culturales pour percevoir les aides des éco-régimes sans être assurés d’un retour sur investissement ?
Plutôt qu’engager des frais pour percevoir une partie ou la totalité des aides des éco-régimes, ces derniers pourraient opter pour des solutions structurelles qui leurs permettraient d’atténuer le manque à gagner. Par exemple, confier les mises en cultures à des entreprises de travaux agricoles. Est-ce l’avenir des entreprises agricoles ?
D’autres se lanceraient avec opportunité dans la conversion en bio ou la HV3. Or « faire le choix de ces agricultures certifiées nécessite une vision à long terme sur l’équilibre des marchés, et le niveau des prix » selon Yves Le Morvan, Responsable Filières et Marchés dans le think-tank Agridées.
Attention au « danger de standardiser ce qui aujourd’hui est créateur de valeur » résume Yves Le Morvan.« Tel qu’il a été présenté par les services du ministère de l’agriculture, le Plan Stratégique National s’inscrit dans une logique de décroissance de l’économie nationale. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour rendre l’agriculture plus écologique, l’idée défendue par le ministère de l’agriculture est de produire moins », déplore Eric Thirouin, président de l’AGPB, association spécialisée des producteurs de blé de la FNSEA. Sans se soucier que la France ne serait plus alors en mesure d’exporter plus de 30 millions de tonnes de céréales (chiffres 2019) vers ses voisins européens et hors de l’Union européenne.
Eric Thirouin, Président de l’AGPB
« Le PSN exclurait des milliers de céréaliers qui ne pour- raient pas remplir les conditions pour percevoir les aides éco-régimes qui remplaceraient les paiements verts, ajoute encore le Président de l’AGPB. Et pour ceux qui poursuivraient néanmoins leur activité, la course à l’agrandissement des exploitations serait relancée ».
Pour qu’une large majorité de céréaliers puisse toucher les aides éco-régime, l’AGPB prône la certification environnementale de niveau 2 éligible au PSN. Les céréaliers qui s’inscriraient alors dans cette voie percevraient des aides éco-régime en paiement des efforts réalisés pour adopter des pratiques agricoles plus écologiques.
Pour bien réformer, il faut savoir emmener toute la population concernée.
Par taille d’exploitation (1), le plan stratégique national remettrait en jeu :
- environ 5 000 € par unité de travail agricole non salarié (Utans) pour les exploitations dégageant un chiffre d’affaires inférieur à 82 800 € (seuil fiscal du micro BA) ;
- environ 13 500 €/Utans pour les exploitations dégageant un chiffre d’affaires compris entre 82 800 € et 300 000 € ;
- environ 16 500 €/Utans parmi les exploitations les plus importantes (+ 300 000 € de chiffre d’affaires).
- https://agreste.agriculture.gouv.fr
- https://www.insee.fr
Auteur: Fréderic Hénin
