Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4319 MembresCréer un compte

Derrière l'hypothèse du Brexit "hard", un possible embargo américain

Home_big_brexit_hard_soft

Si le Royaume-Uni sort de l’Union européenne, la France perdrait 500 millions d’euros d’exportations de produits agricoles et alimentaires dès la première année. Toutes les régions seront impactées par un Brexit "hard". Mais cet automne, les Etats-Unis pourraient aussi fermer leur marché aux importations européennes en réaction au contentieux industriel qui oppose Airbus à Boeing. 

Ce n’est pas le Brexit qui pose problème mais l’option qui sera finalement  retenue. S’agira t-il d’un Brexit avec accord commercial, et une éventuelle adhésion à l’Union douanière, ou d’un Brexit "hard" sans accord ? Dans ce second cas de figure, le Royaume-Uni serait alors assimilé à un pays tiers au titre de l’Organisation mondiale du commerce, sans période de transition.

Le Brexit occulte un enjeu géo-politique et commercial majeur. Selon Ralph Ichter, président d’Euro consultants, Donald Trump pourrait fermer, l’automne prochain, le marché américain aux importations de vins et de fromages en réaction au contentieux industriel qui oppose les deux consortiums aéronautiques Airbus et Boeing.

« Je ne suis pas persuadé que nos secteurs agricoles aient bien compris demain, on a un risque important de fermeture total du marché américain sur un tas de produits du secteur agro-alimentaire lié au contentieux avec Airbus », déclarait le 19 juin dernier l’expert. Il intervenait durant la conférence organisée par l’Apca (Chambres d’agriculture) sur le Brexit.

Or si cet embargo est imposé, il interviendrait concomitamment avec la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

« Le président américain est du reste favorable à un Brexit "hard" pour conclure ensuite un accord commercial "phénoménal" avec le Royaume-Uni », a ajouté l’expert. Mais toujours selon ce dernier, les milieux d’affaires américains plaident plutôt pour l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union douanière de l’UE afin d’avoir librement accès au marché européen. Des investissements massifs ont été réalisés sur le sol britannique pour exporter plus facilement des produits américains sur le continent.

Donald Trump souhaite au contraire une relocalisation de l’économie étatsunienne et le rapatriement, sur le sol américain, des capitaux investis en Europe et au Royaume-Uni, en particulier.

Toutefois, dans l’hypothèse d’un Brexit dur, l’UE n’aurait pas à redouter que les Etats-Unis deviennent le cheval de Troie européen. Et tout sera mis en œuvre pour que  le Royaume Uni ne soit pas non plus une plateforme commerciale américaine et même mondiale. Des droits tarifaires et des mesures non tarifaires seront fixés pour restreindre l’accès des produits importés par le RU au marché européen.

73 % des produits importés du continent européen

Mais restons quelque peu pragmatiques. Les Britanniques continueront à s’alimenter. Les vins de Bordeaux sont bus depuis la Rome Antique. Et surtout, 73 % des importations agricoles et alimentaires britanniques sont des produits continentaux !

Le Royaume Uni ne peut pas s’affranchir d’un jour à l’autre du marché européen. C’est pourquoi la politique douanière annoncée par le gouvernement britannique est très conciliante. Ses tarifs sont plus faibles que ceux appliqués actuellement par l’UE aux nations les plus favorisées. Or cette dernière soumettra en revanche les produits britanniques à des tarifs douaniers très élevés.

En fait, le Brexit "hard" est différemment redouté, selon les filières et les produits en jeu. Sur le marché britannique, le porc européen sera en concurrence avec le porc canadien moins cher à produire. Or les droits de douane pénaliseront les achats de porcs européens (4 millions d'euros pour la France).

Pour leur part, les responsables professionnels agricoles britanniques vont probablement demander au gouvernement britannique de revoir sa grille tarifaire pour favoriser la relance de la production agricole insulaire. Les exportateurs européens ne sont pas non plus à l’abri de nouvelles mesures britanniques non tarifaires.

Politique commerciale du Royaume-Uni

Par ailleurs, le Royaume Uni sera appelé à signer ses propres accords commerciaux. Mais s’il adhère à l’Union douanière, sa politique commerciale sera liée à celle de l’Union européenne. Il devra même verser une contribution au budget européen après 2020.

En attendant, les contingents de denrées importées, accordés à l’Union européenne dans le cadre de l’organisation mondiale du commerce, devront être répartis entre le Royaume-Uni et l’Union à Vingt-sept.

Quoi qu’il en soit, la Commission européenne a affirmé qu’elle débloquera des fonds pour atténuer les impacts et les pertes des filières causées dans l’éventualité d’un le Brexit "hard". Pour autant, ses moyens sont faibles et pas à la hauteur des enjeux économiques soulevés. Aucune ligne budgétaire spécifique n’est ouverte pour couvrir ces dépenses.

Mais surtout, "hard" ou "soft", le premier impact du Brexit sera monétaire. Le Royaume-Uni n’échappera pas à une nouvelle dévaluation de sa monnaie, comme au lendemain du référendum en 2016. Les prix des denrées alimentaires importées vont donc de nouveau augmenter. Les Britanniques devront alors dépenser plus pour se nourrir !


Notre illustration ci-dessous est issue de Adobe.

Réagissez à l'article en un clic

  • 1
  • 4
  • 0
  • 3
  • 0
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Hénin Frédéric
Avatar_blank

  • Vous aimerez également
  • Home_apli_dominique_pilet

    2009-2019, dix plus tard, que reste-t-il de la grève du lait ?

    C'est à la fin août 2009 que commençait la grève du lait, un mouvement se voulant apolitique et asyndical qui devait durer près d'un...

  • Home_export_orge__cultures_

    Export d'orge 2019-2020, six pays se partagent un marché de 27 millions de tonnes

    La production mondiale d’orge record (150 millions de tonnes) ne va pas relancer le commerce mondial de la céréale.  L’Union européenne ...

  • Home_ma_s_export__culture_

    Export de maïs 2019-2020, cinq pays se partagent un marché de 163 millions de tonnes

    Le maïs est la première céréale produite dans le monde avec 1 091 millions de tonnes (Mt) en 2019-2020. Le marché mondial du maïs est po...

  • Home_bl__export__culture_

    Export de blé 2019-2020, un marché de 162 millions de tonnes pour sept pays et l'Union européenne

    Sur les 768 millions de tonnes (Mt) de blé produites dans le monde, 174 Mt seront exportées (22,6 % de la production mondiale) durant la campagne 2019-2020, sel...

  • Home_export_c_r_ales__moisson_france_

    Marchés céréaliers 2019-2020, l'export monopolisé par une dizaine de pays

    L’approvisionnement céréalier de nombreux pays repose sur un nombre restreint de pays exportateurs de grains. Durant la campagne céréali&egr...

  • Home_agriculture_france

    Chambres d'agriculture, le projet stratégique 2019-2024 menacé par un plan de restructuration

    Si la baisse de 15 % de la taxe additionnelle à la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TA-TFNB) envisagée par le gouvernemen...

  • Home_zhomivores

    mangerdetout.fr, un site d'information et de réflexion sur notre alimentation

    Pour contrebalancer les prises à partie anxiogènes des mouvements animalistes, les filières bretonnes lancent mangerdetout.fr, un site qui affirme la pro...

  • Home_bertrand_patenotre

    Sa bergerie prend feu, il arrête tout

    Bertrand Patenotre a 58 ans. Un âge auquel on ne redémarre pas tout de zéro. Précurseur dans l’Aube dans un système où il a li&...

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit