Depuis 2022, et le retrait du phosmet, tous les acteurs de la filière colza sont mobilisés pour trouver de nouveaux moyens de protection face aux ravageurs d’automne, grosse altise et charançon du bourgeon terminal. Le plan de sortie du phosmet arrive à son terme et des stratégies de protection du colza se dessinent.
Le phosmet, commercialisé sous le nom de Boravi WG, est un insecticide de la famille des organophosphorés. Son profil toxicologique et écotoxicologique défavorable a entraîné la non-réapprobation de cette molécule et l’interdiction de son utilisation depuis l’automne 2022. Les leviers agronomiques permettent généralement de gérer les ravageurs d’automne, la grosse altise et le charançon du bourgeon terminal, mais les épisodes de sécheresse estivale, accentués par le changement climatique, peuvent limiter leur efficacité. Des insecticides peuvent s’avérer nécessaires pour réguler les ravageurs du colza. Cependant, le retrait du phosmet d’une part, et le développement de résistances totales chez l’altise d’hiver aux insecticides à base de pyréthrinoïdes dans certaines zones de production, d’autre part, ont mis les agriculteurs dans une impasse. Dans ces zones à fortes résistances, seul le Minecto Gold, à base de cyantraniliprole, est efficace. Mais cet insecticide est en cours d’homologation. A ce jour, son autorisation, sous certaines conditions, est soumise à une demande de dérogation annuelle.
Trouver des alternatives durables
Grâce à des pratiques agronomiques optimisées (voir encadré), un colza robuste pourra dépasser rapidement le stade de sensibilité vis-à-vis des insectes. Mais, l’efficacité des leviers agronomiques reste soumise aux conditions climatiques qui sont de plus en plus souvent défavorables à l’implantation précoce du colza. Pour ne pas fragiliser la pérennité de la culture de colza, il était nécessaire d’identifier et de déployer des stratégies alternatives au phosmet pour réduire durablement les dégâts causés par les ravageurs d’automne. Pour y arriver, en 2022, a été lancé le Plan de sortie du phosmet, un programme collectif soutenu par les pouvoirs publics et la filière colza, et animé par Terres Inovia et INRAE, réunissant une trentaine d’acteurs de la recherche publique et privée (semenciers, entreprises phytosanitaires, entreprises des nouvelles technologies) et du développement agricole.
Le Plan s’est construit autour de quatre axes : l’approfondissement des connaissances sur la biologie des ravageurs et de leurs auxiliaires, l’identification de solutions à l’échelle de la plante (biosolutions, variétés), et à l’échelle de la parcelle et du paysage (plantes de service, composés attractifs et dissuasifs), ainsi que le transfert de ces solutions aux agriculteurs. « Pendant les trois années du programme, nous avons identifié des stratégies alternatives, explique Laurine Brillault, sa coordinatrice. Grâce notamment à la centaine d’acteurs de la distribution, du conseil et de l’enseignement agricole qui se sont largement mobilisés en régions, au travers de comités animés par Terres Inovia, pour capitaliser les références acquises sur le terrain, et mettre en œuvre les leviers éprouvés auprès des agriculteurs. Certaines pistes n’ont pas débouché mais de réelles avancées ont été faites, apportant rapidement aux agriculteurs de nouveaux outils pour limiter les dégâts ».
Des pistes confirmées
- Le projet Adaptacol², porté par Terres Inovia, a permis d’accélérer la prise en main des leviers agronomiques favorables à l’obtention d’un colza robuste. En complément, depuis 2024, l’apport d’azote minéral en végétation est rendu possible à l’automne, sous conditions, dans la plupart des régions (7e Programme d’actions national et régional « nitrates »).
- Dans le projet Resalt, mené par INRAE, Innolea, Terres Inovia et une dizaine d’obtenteurs, des pistes se dessinent sur le levier variétal. Plusieurs génotypes tolérants à « bons comportements vis-à-vis des insectes » ont été identifiés. Des sources de résistance ont été trouvées dans des espèces parentales du colza. Ces approches ouvrent la voie à une diversification des ressources génétiques sur ce critère à moyen terme. Dans MyVar, l’outil d’aide aux choix des variétés de Terres Inovia, le classement des variétés selon le critère de « bon comportement vis-à-vis des ravageurs » est disponible depuis 2023.
Des solutions ont été testées mais pas retenues
- Des mélanges interspécifiques et de variétés n’ont montré aucun intérêt pour la gestion des altises d’hiver dans les essais de Terres Inovia et de ses partenaires.
- 7 biostimulants ont été testés dans le projet Adaptacol. Aucun n’a montré d’effet sur le gain de biomasse, le rendement ou la réduction des dégâts.
- Un produit à base d’extraits de plantes pour gérer les grosses altises adultes, projet DS-Alt mené par DE SANGOSSE, semblait présenter un intérêt technique, mais les contraintes réglementaires ont stoppé le développement de la solution.
- Un produit à base de champignons entomopathogènes, projet Velco-A développé par BASF, a montré une efficacité trop variable au champ, ne permettant pas un positionnement technico-économique de la solution à date.
L’écologie chimique, une piste d’intérêt
Le plan de sortie du phosmet a permis d’explorer la piste prometteuse de l’écologie chimique pour détourner les altises.
- L’utilisation d’intercultures-pièges à base de radis, découverte dans le projet R2D2, a confirmé son intérêt pour détourner les ravageurs d’automne dans un réseau suivi par Terres Inovia et ses partenaires. Plus attractif que le colza, le radis attire les ravageurs d’automne. Semés en même temps que le colza, le radis aiderait à diluer la pression sur la culture, une partie des altises étant attirées vers ce couvert. En détruisant cette interculture en entrée d’hiver, cela réduit aussi les populations pour l’année suivante. Ces intercultures-pièges constituent un levier de gestion d’intérêt à l’échelle du territoire.
- Le projet Ctrl Alt, mené par INRAE, Terres Inovia et Agriodor, explorent une piste complémentaire avec la caractérisation de brassicacées plus attractives que le colza vis-à-vis de la grosse altise, et l’identification des odeurs qu’elles émettent. L’évaluation au champ des composés attractifs, seuls ou associés à des plantes de service, se poursuit.
- Dans le projet Colzaltise, l’entreprise DE SANGOSSE et INRAE ont développé un produit dissuasif de contact pour détourner les altises de la culture. Les résultats en laboratoire sont intéressants. Les travaux doivent se poursuivre avec l’évaluation au champ.
- Dans le projet AltisOR, des recherches complémentaires ont été menées par INRAE pour mieux connaître les récepteurs olfactifs des grosses altises. A date, un récepteur-clé a été identifié, ce qui constitue une cible privilégiée pour tester un très grand nombre de molécules, qui on l’espère, constitueront de nouveaux actifs pour détourner ce ravageur.
« Si ces recherches ouvrent des perspectives intéressantes, aucune solution ne sera suffisante à elle seule, précise Laurine Brillault. Il faudra aller vers des stratégies combinant plusieurs leviers, dans des configurations propres à chaque exploitation. Au-delà des solutions identifiées, une dynamique collective a été impulsée fédérant les acteurs de la Recherche (publique et privée) et du développement sur les ravageurs d’automne du colza, qui se poursuivra en partie dans le cadre du PARSADA, le plan d’actions stratégique pour anticiper le potentiel retrait des substances actives et le développement des techniques alternatives pour la protection des cultures, lancé en 2023 ».

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Donner toutes les chances au colza de bien démarrer
L’implantation est l’étape clé qui conditionne la robustesse du colza, c’est-à-dire sa capacité à supporter les attaques des insectes d’automne et les aléas climatiques, et donc à exprimer son potentiel de rendement dans un contexte contraint. L’objectif est d’atteindre le stade 4 feuilles avant le 20 septembre, pour que les jeunes plants dépassent leur stade de sensibilité avant le pic d’arrivée des grosses altises. Ce qui demande une levée précoce fin août. Un choix variétal adapté, avec des variétés à forte vigueur de départ et automnale, et à reprise précoce en sortie d’hiver est également favorable à limiter les dégâts des insectes.
Pour avoir des colzas levés fin août, il est nécessaire d’anticiper le travail du sol pour être prêt à semer dès qu’une pluie est annoncée. 10 mm suffisent à la levée. Le sol doit être préparé le plus tôt possible après la moisson de façon à conserver au maximum la fraîcheur jusqu’au semis. Pour ce travail du sol, il faut trouver l’équilibre entre une structure suffisamment fine pour qu’il n’y ait pas d’obstacle à l’enracinement sur les 20 premiers centimètres et un nombre minimum d’interventions pour ne pas l’assécher.
Le semis se fera entre 2 et 4 cm de profondeur. Une maîtrise de la densité de semis est essentielle, viser 20 à 35 plantes/m² à l’automne. Mieux vaut privilégier un semoir monograines qui permettra un meilleur contact entre le sol et la graine, plus favorable à la levée. Le colza associé à une légumineuse est également une pratique d’intérêt dans certains contextes pour limiter les dégâts occasionnés par les ravageurs.
Un bon démarrage demande une fertilisation adaptée, au semis ou de préférence en végétation. Le colza est très exigeant en phosphore. Il faut préférer les apports au semis surtout dans les parcelles à faible disponibilité.