Chine et Inde: deux modèles agricoles opposés pour nourrir chacune 1,5 milliard d’Hommes

A population égale, les voies adoptées par ces deux pays pour nourrir leur population sont diamétralement opposées…à l’image des régimes alimentaires de leurs concitoyens. Le consommateur chinois est un adepte des produits carnés alors que l’indien est plutôt végétarien.

La Chine est sur de nombreux marchés agricoles le premier pays producteur, le premier importateur et même leur chef d’orchestre. A contrario, l’Inde brille par sa discrétion hormis sa présence sur le marché du riz  et de celui de la viande bovine, sous-produit de sa filière laitière. Or les populations des deux pays sont quasiment équivalentes.

Mais leurs échanges commerciaux ne revêtent pas seulement une dimension économique.

La Chine produit l’équivalent de 715 millions de tonnes (Mt) de céréales dont 424 Mt de blé, orge, maïs et sorgho et 146 Mt de riz (1). En trois campagnes, elle a récolté 35 Mt de grains supplémentaires mais sa production de riz stagne.

L’Inde a engrangé 179 Mt blé (orge, maïs) (+ 12 Mt en trois campagnes) et 151 Mt de riz (+15 Mt).

Sur les marchés mondiaux des céréales (hors riz), les deux pays sont absents à l’export mais la Chine importe encore 30 Mt de grains (-20 Mt en trois campagnes) pour nourrir ses élevages.

A contrario l’Inde est le premier pays exportateur mondial de riz (24 Mt sur les 60 Mt au niveau mondial) après avoir accru ses ventes annuelles de 10 Mt depuis 2022. De nombreux pays importateurs comptent sur l’Inde pour nourrir leur propre population. Leur sécurité alimentaire est en jeu.

Les deux pays sont aussi aux antipodes en matière de politique de stockage. La Chine dispose de 315 Mt de stocks de blé et de maïs, équivalents à 70 % de sa consommation annuelle. Pour le riz, le ratio est de 2/3.

A contrario, l’Inde se contente de stocker 17,5 Mt de grains (10 % de sa consommation). Mais comme le riz reste la céréale sur laquelle repose une grande partie de sa sécurité alimentaire, ses stocks (50 Mt) représentent encore 45 % de sa consommation annuelle.  

En Chine, ses stocks lui donnent aussi les moyens de peser sur les marchés mondiaux des céréales  et sur leurs cours. Depuis deux ans, la baisse de ses achats rend Par ailleurs, ses échanges commerciaux sont devenus des leviers politiques.

Enfin, l’Empire du milieu est le premier pays producteur au monde de pommes de terre (93,5 Mt) et l’Inde, le deuxième (60 Mt).

Plus de la moitié de la récolte mondiale de pommes est chinoise (48 Mt sur 84 Mt au niveau mondial) quand l’indienne n’excède pas 2,5 Mt. L’empire du milieu devance aussi l’Inde pour produire du raisin (14,2 Mt versus 3 Mt), des  poires (20,0 Mt versus 300 000 t) et des tomates (80,0 Mt versus 20 Mt).

Lait et viandes

L’Inde produit cinq fois plus de lait que la Chine (212 Mt versus 41 Mt) (2). Le solde commercial indien est toujours positif de quelques dizaines de millions de dollars alors que l’Empire du milieu importe l’équivalent d’un quart de sa consommation (10,5 Mt équivalent lait).

Quant aux productions carnées, l’Inde est présente à l’export sur le marché de la viande bovine (1,5 Mt, 5ème rang mondial). Elle écoule ainsi un tiers de sa production (4,57 Mt) alors que la Chine est souvent en tête des pays importateurs de viande bovine aussi (3 Mt) bien qu’elle en produise 7,8 Mt. L’Empire du milieu est aussi le premier pays importateur de viande ovine, (420 000 t), de viande porcine, de volailles tout en étant là encore le premier producteur mondial : viande ovine (5,2 Mt), viande porcine (57,6 Mt). En volailles, sa production de poulet (27,5 Mt) est cinq fois supérieure à celle de l’Inde (5,3 Mt).

(1) Chiffres filières céréalières + riz – source le Conseil international des céréales

(2) Chiffres fruits et filières animales – source « Cyclope 2025 – Les marchés mondiaux 2025 »