En 2023, les revenus nets des 251 000 exploitations bovins viandes recensées dans treize pays européens sont équivalents aux aides Pac reçues. En Espagne, Italie et Portugal, la productivité globale de ses élevages est la plus élevée. En France et en Irlande, leaders européens, les revenus des éleveurs sont négatifs sans soutiens publics.
Selon l’étude du ministère de l’Agriculture portant sur la conduite des 251 000 exploitations agricoles spécialisées « Bovins viande» de treize pays européens (1), le revenu net moyen 22 000 (22 K€) est équivalent aux aides Pac versées (23 K€).
En prenant en compte les amortissements, le revenu disponible moyen est de 33 K€ par exploitation. Et la productivité n’excède pas 103 % (Produits/Charges x 100).
A l’échelle des treize pays, ces résultats sont permis par des exploitations européennes dotées de 556 K€ de capitaux au bilan, dont 296 K€ de foncier. Le cheptel (78 K€) est partagé à parts égales entre animaux reproducteurs et non reproducteurs. Les frais généraux ne sont que de 25 K€.
Enfin, comme la ferme européenne « moyenne » est propriétaire de ses terres, elle est peu endettée et verse peu de fermages.
Approche économique
Mais en Belgique, les exploitations similaires en superficie à la moyenne européenne, mobilisent 869 K€ de capitaux (dont 390 K€ de foncier et 153 K€ de dettes et 230 K€ de cheptel). Et pour autant, la productivité globale est équivalente (104 % versus 103 %).
En fait, l’élevage est intensif en Belgique. Il permet de dégager un chiffre d’affaires de 228 K€, deux fois plus élevé que la moyenne européenne, comparable à la moyenne française (199 K€) sur une surface deux fois plus faible (61 ha versus 123 ha).
En maitrisant leurs frais généraux et financiers, les producteurs belges de bovins viande dégagent un revenu brut (65 K€) à la fois deux fois plus élevé que la moyenne européenne et équivalent au revenu brut français moyen (62 K€).
Toutefois, le revenu net belge (42 K€) est aussi deux fois plus élevé que la moyenne européenne et seulement supérieur de 30 % à la moyenne française. Mais les producteurs hexagonaux doivent amortir des bâtiments et sont davantage orientés vers la production de broutards plus extensive.
Les charges de structures font la différence
A l’échelle des treize pays européens, on distingue les éleveurs contraints de faire face à des frais généraux et à des amortissements très élevés sur leurs exploitations et les autres, bien moins pénalisés. La France, l’Allemagne, les Pays Bas font partie de la première catégorie (80 000 € à 90 000 € – K€ – par exploitation et par an) ; les pays méditerranéens et l’Irlande de la seconde (15-20 K€ par exploitation et par an) car leurs animaux n’ont pas besoin d’être à l’abri l’hiver.
Dans la plupart des pays plombés par des charges de structure importantes, la productivité globale en pourcents (Produits totaux/Charges x 100) est plus faibles (autour de 90 %) que dans la seconde (>100 %). Mais dans chacune de ces deux catégories, les Pays Bas et l’Irlande sont deux cas à part.
Les fermes polonaises plus productives que les françaises
Comparaison n’est pas raison, mais en Pologne où près de 39 000 élevages de bovins viande sont identifiées (19 ha, 18 vaches en moyenne avec un cheptel de jeunes bovins de 18 K€), le revenu net (11,7 K€) est seulement 3 fois inférieur à la moyenne française (30 K€) sur des exploitations six fois plus petites.
Rapporté à l’hectare (360 €/ha), le revenu net par hectare des élevages polonais est à la fois proche de la moyenne européenne (372 €/ha) et supérieur à la moyenne hexagonale (250 €/ha). A contrario, la Belgique (61 ha) se détache nettement de ses voisins européens avec un revenu net de 640 €/ha.
Dans l’hexagone, la dimension des exploitations compense le revenu net par hectare, bien plus faible que la moyenne européenne. Mais au Danemark (12 K€ par exploitation ; 141€/ha), les éleveurs sont plombés par leurs charges de structure (150K€) alors que leur chiffre d’affaires (322 K€) est supérieur de moitié aux exploitations françaises et belges !
Analyse financière
Dans les pays où les agriculteurs sont propriétaires de leurs terres, très chères à l’achat, le foncier est la principale composante de leur bilan : 2 100 K€ sur 2 600 K€ au Danemark, 782 K€ sur 895 K€ en Irlande quand les éleveurs français ne détiennent que 40 K€ sur un actif de 502 K€. Mais les terres détenues sont souvent en pleine propriété. Seuls les éleveurs danois et néerlandais sont fortement endettés pour les payer.
A l’échelle de l’Union, les fermages ne constituent pas un poste de charges important, même en France où que les éleveurs louent la majorité des terres qu’ils exploitent. Les frais financiers sont très faibles sauf au Danemark et aux Pays Bas où les exploitations financent par emprunts l’achat de leurs terres (frais financiers annuels de 30-50 K€).
De telles différences expliquent pourquoi « la ferme européenne moyenne » (59 ha, 57 têtes et 556 K€ de capitaux dont 300 K€ de foncier et 78 K€ de cheptels) n’est pas représentative compte tenu de la diversité des cas de figure rencontrés en Union européennes et notamment en France où la taille des fermes est la plus importante des pays étudiés (123 ha, 122 bêtes) avec seulement 40 K€ pour de terre sur 502 K€ de capitaux.
La valeur moyenne du cheptel reproducteur (120 K€) est à la fois la plus élevée et supérieure au cheptel non reproducteur (75 K€). Avec des montants plus faibles (respectivement 46 K€ et 23 K€), l’Espagne est dans le même cas de figure.
Dans les autres pays, les fermes Bovins-Viande détiennent davantage de cheptels non reproducteurs que de cheptels reproducteurs (94 K€ pour 26 k€ au DK) source de valeur ajoutée dans les élevages. Ces animaux à rotation rapide permettent de dégager des revenus sur des surfaces moins importantes qu’en France notamment (37 ha en Irlande, 85 ha au Danemark). Mais la rentabilité n’est pas pour autant toujours au rendez-vous lorsque les charges de structure sont exorbitantes.
(1) Année de référence 2023 pour des raisons d’accessibilité aux chiffres comptables.