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Blé dur, un choix qui demande de bien raisonner les semis

Le contexte économique actuel peut inciter les agriculteurs à développer leur production de blé dur, soit en augmentant leur sole habituelle de blé dur, soit en mettant en place pour la première fois. Pour réussir la culture dès l’implantation, certains critères doivent être pris en compte.

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Bien choisir parcelle et précédent

Le blé dur est plus sensible que le blé tendre à certains stress comme la sècheresse, l’hydromorphie, le froid. Son système racinaire est moins performant. Il faut privilégier les parcelles saines, en sol profond ou moyennement profond ou le recours à l’irrigation en sol séchant.

Enfin, les solutions de désherbage notamment anti-graminées sont moins nombreuses en blé dur et particulièrement en désherbage d’automne. Il faut donc éviter de semer un blé dur dans une parcelle fortement infestée notamment en ray grass, vulpins, bromes ou vulpie queue de rat.

Le choix du précédent est également essentiel. Plus sensible au piétin échaudage et à l’ensemble des parasites racinaires, il est facilement pénalisé par les précédents paille qui favorisent ces parasites. Un blé dur en deuxième paille aura tendance à avoir de plus petits grains, de mauvais poids spécifiques et des teneurs en protéines plus faibles.

Le blé dur est également sensible aux maladies des épis comme les fusarioses ou Michrodochium nivale : les attaques de ces champignons peuvent entraîner d’une part des pertes de rendement importantes ainsi que des risques de dégradation de la qualité : grains fusariés, mycotoxines (pour les fusarioses), moucheture (pour Michrodochium). Les précédents favorables à ces maladies comme le maïs ou le sorgho sont donc fortement déconseillés. Seule exception, le cas particulier des blés durs en marais sous réserve de conserver les pratiques suivantes : récolte très précoce (septembre) suivie d’un broyage soigné des résidus et d’un labour puis semis assez tardif (à partir de début novembre). Ces pratiques permettent en effet de limiter la présence de résidus en surface et de favoriser leur décomposition rapide.

Pour résumer : le blé dur doit être implanté de préférence derrière une tête de rotation comme colza, lin, tournesol, protéagineux.

Eviter les parcelles infestées par les virus mosaïques

Deux maladies virales transmises par un champignon du sol appelé Polymyxa graminis peuvent infecter le blé dur (et le blé tendre). Ces maladies sont provoquées par 2 types de virus :
• le virus de la mosaïque des céréales (VMC) est inféodé aux limons battants mais on peut le trouver dans certaines situations de marais. 20 % des variétés de blé tendre sont résistantes et seulement quelques variétés de blé dur.
• le virus de la mosaïque des stries en fuseaux du blé (VSFB) infecte en particulier le blé dur (seulement quelques rares variétés de blé tendre sont sensibles) et se développe dans tous les types de sol.

Le VMC et le VSFB sont parfois présents dans la même parcelle. (Consultez les fiches accidents).

Dans les parcelles touchées, l’implantation de variétés tolérantes est impérative car les parcelles sont infestées de manière quasi définitive. Or, à l’heure actuelle, il n’existe aucune variété de blé dur compatible avec les niveaux de productivité et de qualités attendues régionalement.

Dans les parcelles très infestées, la seule solution est de renoncer à implanter un blé dur.

Dans les parcelles où des soupçons d’infestation existent, si le type de sol le permet (sol très profond et/ou irrigation disponible) l’implantation d’un blé dur est envisageable en retardant la date de semis au moins jusqu’au mois de décembre. A noter que dans cette situation, la variété Relief, inscrite en 2014 par Syngenta, dispose d’une moindre sensibilité aux mosaïques que les autres variétés actuelles et peut permettre de réduire l’intensité de l’attaque. Mais attention, cette variété n’est pas résistante et pourra subir de grosses pertes de rendement en cas de forte pression (année douce et humide à l’automne puis froide en hiver).

Adapter la date de semis et la densité de semis à la variété et au contexte pédoclimatique

Toutes les variétés de blé dur sont des variétés de type printemps : semées très tardivement elles pourront monter à épi. Par contre, en cas de semis très précoce elles pourront monter très tôt à épi et être exposées aux gels de printemps. Pour limiter les risques de gel printanier, les risques de maladies telluriques (piétin échaudage, mosaïque) et de salissement, il faut éviter les semis trop précoces.

Les expérimentations conduites par Arvalis-Institut du végétal et ses partenaires pendant trois ans en terres de groies montrent qu’il est possible d’adopter des densités de semis comparables à celles préconisées en blé tendre. Un excès de densité augmente fortement le risque de verse. Or les solutions de régulations pour le blé dur sont peu nombreuses et onéreuses. Il faut donc éviter les densités trop élevées. Ceci est particulièrement important dans les milieux favorables au tallage et à la montaison comme les marais et en situation irriguée. Les préconisations indiquées ci-dessous permettent de limiter le risque de verse notamment en situation irriguée.

Plus le semis est tardif, plus la densité implantée sera élevée pour compenser la diminution du tallage et l’augmentation des taux de pertes à la levée. Le tableau ci-dessous résume nos préconisations.

La valeur basse de la fourchette correspond aux densités envisageables en sols bien préparés et en bonnes conditions de semis. La fourchette haute sera retenue si les conditions sont défavorables (sol motteux, présence importante de pierres, …). La profondeur de semis ne doit pas excéder 1 à 3 cm maximum pour garantir une levée rapide, homogène et limiter ainsi les taux de pertes et les dégâts de gel.

Figure 1 : densité de semis préconisée en blé dur

 

Thibaud DESCHAMPS, Céline DRILLAUD, Jean-Louis MOYNIER (Arvalis – Institut du végétal)

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