L’arrêt de l’utilisation de molécules telles que les néonicotinoïdes n’est pas sans incidences économiques. Pour l’agriculture, l’industrie, et la chimie françaises, qui vont être atteintes dans leur compétitivité. Perte de ressources, de crédibilité, et d’emplois.
L’objet de cet article n’est certes pas de rentrer dans la polémique pour des pro et des anti. Les abeilles sont-elles réellement mises en danger par les molécules incriminées et utilisées par plusieurs pesticides ? Je n’ai pas les compétences scientifiques pour répondre, pas question donc de prendre position sur ce sujet. Mais au moins, moi, je sais que je ne sais pas, ce qui n’est visiblement pas le cas de tout le monde.
En revanche, il est un aspect qui n’a pas été abordé (ou insuffisamment à mon sens) concernant le coût de ces mesures. Si des molécules ou produits dérivés comme les néonicotinoïdes ou le fipronil ont été utilisés, ce n’était évidemment pas pour le plaisir, mais bien pour obtenir des gains de compétitivité inhérents aux services rendus par les pesticides les incorporant.
Un milliard d’euros et 1 500 emplois perdus
Premier calcul, il concerne l’agriculture au premier chef. L’arrêt récent des trois néonicotinoïdes est équivalent à une baisse de rendement de 0,2 tonne par hectare pour le colza, et de 0,5 tonne par hectare pour le maïs. Une petite règle de trois sur le nombre d’hectares concernés, et l’on arrive à une perte sèche de 1 milliard d’euros pour la ferme France, et de 1 500 emplois.
Ensuite, il faut également parler du préjudice pour l’industrie et la chimie françaises. La France est le deuxième pays européen en matière de chimie, et jouit encore pour l’instant d’une reconnaissance internationale quant à ses capacités d’innovations. BASF notamment possède à Elbeuf, près de Rouen, une unité forte de 450 salariés qui est spécialisée dans l’agriculture. On y fabrique le Fipronil pour le monde entier, et cette seule activité représente 90 % du chiffre d’affaires du site. Le Fipronil est interdit depuis 2004 en France, interdiction qui vient de s’étendre à l’Europe entière. Parallèlement, BASF annonce la construction d’une nouvelle usine de formulation et de conditionnement de produits phytosanitaires à Rudong, en Chine. Le communiqué de presse édité par la firme pour l’occasion précise que « le groupe prévoit, au cours des prochaines années, d’affecter en moyenne 300 millions d’euros par an à l’accroissement de ses capacités de production à l’échelle mondiale pour son portefeuille de solutions agricoles« . En d’autres termes, des moyens phénoménaux sont déployés par ce groupe… Mais plus chez nous, en France.
Répercussions industrielles
Aujourd’hui, l’unité d’Elbeuf n’est pas pour autant menacée, mais la question peut se poser pour l’avenir si jamais l’avis de l’EFSA sur le Fipronil était suivi d’effet (comme c’est vraisemblable), et surtout dans la durée (ça c’est moins sûr, puisque les néonicotinoïdes, eux, sont interdits pour l’instant pour deux ans). Mais dans tous les cas, là où nous bénéficions (avec l’usine d’Elbeuf) d’une base qui aurait dû profiter des efforts d’investissements du groupe pour amplifier son activité, nous nous retrouvons avec un site aujourd’hui solide, mais qui pourrait l’être beaucoup moins à l’avenir.
Autre implication, à l’heure où des efforts tous azimuts sont entrepris : la balance commerciale de la France. Un produit comme le Fipronil exporté partout dans le monde (principalement vers les autres pays européens – tant que c’est permis – et vers l’Amérique du Sud), cela représente un marché considérable, et une participation loin d’être négligeable à notre balance commerciale.
Le coût est donc particulièrement élevé, avec des risques majeurs pour l’avenir.
Principe de précaution davantage que faits avérés
Parallèlement, on note tout de même que les décisions d’interdiction viennent du principe de précaution. Elles ne reposent pas, en l’état actuel des connaissances, sur des faits avérés. Scientifiquement, ce que l’on constate, c’est une mortalité excessive des abeilles. Mais aucune étude vraiment sérieuse n’a pu démontrer le rôle des produits incriminés, en particulier aux doses et posologies prescrites (et vous serez d’accord avec moi, quel agriculteur ira mettre plus de produit qu’il n’en faut alors que ça lui coûte plus cher ?). Je vous livrais il y a quelques jours l’interview de Bach Kim Nguyen (lien en fin d’article), un scientifique spécialisé dans la problématique de la mortalité des abeilles. Il disait ainsi aux lecteurs de WikiAgri qu’il avait été observé aux Etats-Unis, sur les années 2008-2009, une mortalité de 28 %, dont 4 % dus au colony collapse disorder (syndrome de disparition des abeilles). Ce sont ces 4 % qui sont en cause, et pour lesquels il grand temps d’établir la lumière. Le Parlement européen doit lancer des études à l’issue de la prochaine « semaine de l’abeille« , espérons que celles-ci auront bien lieu avec les bonnes questions, et qu’elles éclaireront suffisamment pour que les décisions temporaires soient levées. Dans un sens ou dans l’autre d’ailleurs. Ce serait mieux pour les abeilles. Et aussi pour la compétitivité de notre économie.
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En savoir plus : https://wikiagri.fr/articles/la-semaine-europeenne-de-labeille-et-de-la-pollinisation-recherche-lobjectivite-scientifique/587 (l’article présentant la semaine de l’abeille qui aura lieu la semaine prochaine en Belgique).
