Si la France s’adapte au changement du climat et entreprend en même temps la reconquête de sa souveraineté alimentaire, en produisant les légumes et les fruits qu’elle importe, les prélèvements et la consommation d’eau augmenteront inéluctablement. Même si notre pays opte pour un modèle économique de décroissance de « Rupture » caractérisé par une baisse globale de la consommation de biens et de services !
Sur les 33 milliards de M3 d’eau prélevés chaque année, l’agriculture pèse 8 %. Mais elle consomme 58 % des 4,1 milliards de m³ consommés par an, soit 12 % des prélèvements totaux (cf encadré).
Qu’en sera-t-il à l’horizon de 2050 ? En étudiant l’évolution de la consommation et de l’utilisation d’eau de notre pays, France Stratégie a démontré que l’agriculture française consommera plus d’eau au cours des trente prochaines années, quelles soient les orientations prises.
En fait, l’institution s’est appuyée sur les trois scénarios d’usage de l’eau qu’elle a bâtis et qui portent sur l’ensemble de l’économie nationale. Il s’agit des scénarios « Tendanciel », « Politiques publiques » et de « Rupture».
Tous secteurs confondus, le scénario de « Rupture » sera le plus sobre des trois. Il se caractérise par une baisse globale de la consommation de biens et de services !
Mais si la société fait le choix de la sobriété en eau en optant pour le scénario de « Rupture », le plus écologique des trois, l’agriculture n’échappera pas à une augmentation de la consommation.
Ce scénario se caractérise pourtant « par une sobriété et une efficacité accrues pour tous les usages de l’eau » dans l’habitat, dans l’industrie et dans tous les autres secteurs d’activité, explique France Stratégie.
En agriculture, ce scénario de « Rupture » s’appuie sur « l’écologisation des pratiques agricoles et une sélection des plantes plus robustes à la sécheresse ».
Par ailleurs, les Français accepteraient de réduire de 50 % leur consommation de viande d’ici 2050 mais la recherche de la souveraineté alimentaire imposera le développement des surfaces cultivées en légumes, en arboriculture et en protéagineux.
Aussi, ce « scénario de « Rupture » se caractérise par une croissance limitée de la demande en eau d’irrigation de + 42% par rapport à 2020 ». Pourtant, il « prévoit une croissance contenue des surfaces équipées en irrigation (+12 % entre 2020 et 20250 contre + 50 % pour les autres scénarios étudiés) et un développement de l’agro-écologie sur la totalité ses surfaces ».
Compte tenu des moyens engagés pour inscrire l’économie française dans le scénario de « Rupture», les prélèvements en eau seraient seulement inférieurs à ceux de 2020 si la météo observée reste celle de 2020.
A contrario, les mesures prévues par le scénario « Tendanciel » limiteront seulement l’augmentation des prélèvements.
Toujours dans ce scénario de « Rupture », l’agriculture sera confrontée à deux défis contradictoires. La baisse de la production de fourrages – concomitante au repli de l’élevage – et l’écologisation des pratiques agricoles, contribueront à réduire les utilisations en eau. Mais l’augmentation des productions de fruits et de légumes pour rendre la France plus souveraine conduira à l’essor de cultures irriguées.
Ces nouvelles cultures légumières et fruitières seront particulièrement exigeantes en eau durant les quatre mois les plus chauds de l’année, de la mi-mai à la mi-septembre,
L’irrigation pourrait même représenter « environ 55 % des prélèvements totaux annuels réalisés contre 41 % en 2020 », soutient Franbce Stratétgie.
A ce jour, les fruits et légumes importés pour être consommés (la moitié de la consommation hexagonale) sont des fruits et des légumes cultivés dans des pays tiers, issus de l’irrigation, que la France ne produit pas et…qu’elle n’irrigue pas.
Par ailleurs, le modèle d’agriculture en « Rupture » n’échappera pas à la saisonnalité des besoins en eau accentués certaines années par des années de sécheresse. Et les besoins en eau seront différents d’un territoire à l’autre et davantage accentués les années sèches.
Lire aussi :https://www.strategie.gouv.fr/publications/demande-eau-prospective-territorialisee-lhorizon-2050
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Prélèvements, consommation : le dilemme
Les prélèvements correspondent à l’eau douce extraite de sources souterraines ou de surface, pour les besoins des activités humaines. En France, environ 33 milliards de m³ sont prélevés chaque année (hors hydroélectricité) dont 80 % dans les eaux de surface. Les prélèvements se répartissent entre le refroidissement des centrales électriques (51 %), les canaux de navigation (16 %), la production d’eau potable (16 %), l’agriculture (9 %) et les autres activités dont l’industrie (8 %).
D’un point de vue statistique, la consommation d’eau ou prélèvements nets correspond à la partie de l’eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques : il s’agit principalement de l’eau évaporée ou incorporée dans le sol, les plantes ou les produits. Elle est estimée à 4,1 milliards de m³ par an, soit 12 % des prélèvements. La part d’eau consommée est très variable