Comme sur d’autres productions, le modèle industriel-distributeur est installé en viande bovine. Avec Jean Rozé, il va même plus loin et s’appuie sur une ferme pilote pour tester et diffuser de bonnes pratiques d’élevage.
La SVA Jean Rozé, pôle bœuf d’AgroMousquetaires, a célébré ses 70 ans au cours du mois d’octobre. En 1955, les frères Louis et Jean Rozé reprennent l’abattoir municipal de Vitré (35). Dès 1969, ils tissent des liens avec Jean-Pierre Le Roch, le fondateur d’Intermarché, et ses premiers magasins. Un nouvel abattoir sort de terre en 1974 et, en 1991, la SVA Jean Rozé intègre le Groupement Mousquetaires qui construit son modèle de producteur et commerçant. La société est un acteur de poids dans la filière viande bovine française, cumulant 8 % de l’abattage, avec 100 % d’animaux élevés en France. Elle achète à l’année 230 000 gros bovins, abattus sur les sites de Vitré et de Trémorel (22). La viande transite par trois sites de transformation et un de congélation avant de se retrouver dans les rayons des 2 450 magasins Intermarché et Netto en France.
La dimension régionale de l’approvisionnement est forte, puisque 78 % des bovins proviennent des régions Bretagne, Pays de la Loire et Normandie. Un quart des achats se fait en direct, via un réseau de 25 acheteurs concentrés dans l’ouest, actuellement en expansion. 63 % des volumes sont acquis auprès de 2 200 négociants répartis sur le territoire national. Enfin, 12 % des achats se font auprès de coopératives. Au total, la SVA Jean Rozé est en relation avec 21 000 éleveurs bovins dont 2 000 en direct. Elle actionne plusieurs leviers pour consolider la filière, en premier lieu la contractualisation, développée avant les obligations nées des lois EGalim. En octobre 2018, lors du Sommet de l’Élevage, le réseau d’associations d’éleveurs ELVEA France, Agromousquetaires et Intermarché ont ainsi signé un accord-cadre national en faveur de l’approvisionnement local. « Les contrats tripartites offrent une rémunération plus juste aux éleveurs et plus de visibilité dans la gestion de leur trésorerie », souligne Frédéric Bébiot, président du CA du Pôle Bœuf des Mousquetaires et propriétaire d’un Intermarché dans les Hautes-Pyrénées. Au total, 40 % des volumes sont contractualisés sous différentes formes : garanties sur la marge, sur un prix minimum ou contrats spécifiques, liés à des cahiers des charges. Le contexte de marché n’y est aujourd’hui pas forcément favorable. « C’est un peu plus compliqué de faire de la contractualisation, car les prix sont élevés. Le prix du maigre a monté et les éleveurs veulent savoir combien ils vendront le gras. On nous demande beaucoup plus de prix minimum garantis et des financements de lignes de trésorerie », explique Yohann Richard, directeur achats vifs et relations agricoles du Pôle Bœuf.

Des soutiens à l’installation
Les contrats d’intégration ont dans ce cadre vocation à se développer. « Nous allons porter 10 % de l’investissement et garantir la marge pendant dix ans afin d’aider à l’installation de jeunes en engraissement », précise Yohann Richard. Un premier contrat Bœuf junior premium a été signé avec un éleveur lors du dernier Salon de l’agriculture. La perspective de l’arrêt d’activité massif d’éleveurs bovins dans les prochaines années pousse AgroMousquetaires à envisager de nouvelles relations pour sécuriser ses approvisionnements. D’autant que les besoins du groupement, avec la reprise de magasins Casino et Colruyt (en 2026) et la forte croissance du steak haché, augmentent fortement. Pour David Chauvin, directeur général du Pôle Bœuf d’AgroMousquetaires, « c’est un défi de conserver le contact avec les éleveurs dans la durée, qui plus est, dans le contexte actuel de décapitalisation du cheptel. Nous avons touché du doigt une tension sur la disponibilité du vif en 2025 ». Plutôt que de « se focaliser sur le Mercosur », le responsable préfère réfléchir à « comment on s’assure que des jeunes en lycée agricole ont envie de faire de l’élevage, et comment on leur donne les moyens de le faire ». L’accompagnement financier à l’installation ou à l’investissement apparaît comme une solution d’avenir. Comme AgroMousquetaires le fait déjà dans la filière laitière, le financement d’une main d’œuvre sur du remplacement est aussi envisagé afin d’agir sur « le bien-être de nos éleveurs », indique Yohann Richard.

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Un engagement sur le bien-être animal
Le réaménagement et la modernisation de la bouverie du site d’abattage de la SVA Jean Rozé à Vitré se veulent exemplaires en termes de bien-être animal. La réduction de la capacité de 600 à 400 places, avec les trois quarts des animaux en parc et un quart en logettes, favorise la marche en avant des bêtes et réduit leur stress, un facteur qui influe aussi sur la qualité de la viande. Ventilation automatisée pour jouer sur l’humidité, la température ou le taux d’ammoniac, paillage automatisé de la bouverie vont dans le même sens. Allant plus loin que la réglementation, la SVA Jean Rozé limite le transport des bêtes vers ses abattoirs à 8 h maximum et s’appuie sur trois abattoirs partenaires sur d’autres bassins de production. Elle a aussi cessé l’abattage sans étourdissement préalable en 2022.
Distributeur, producteur… et éleveur
La meilleure rémunération des éleveurs passe par des contrats spécifiques liés à des cahiers des charges sur les modes d’élevage. Ceux-ci concernent environ 20 % des volumes sur la viande bovine. Plutôt que le Label rouge ou le bio, aux faibles volumes, AgroMousquetaires mise sur des cahiers des charges internes, « Merci », « Un éleveur près de chez vous » ou encore « Producteurs d’ici ». Et il s’appuie, pour diffuser des pratiques durables, sur un outil atypique. La Ferme du Haut-Gast, créée par Jean Rozé à Erbrée à proximité de l’abattoir de Vitré, est devenue une exploitation pilote du groupe en 2007. Sur 170 ha, cette ferme d’engraissement conduite par Antoine Persais, accueille 350 génisses d’une dizaine de races, nourries à l’herbe à 95 %. Elle a, au cours des dernières années, testé les outils Boviwell et CAP’2ER, le plan Écoantibio, avant d’intégrer leurs exigences aux cahiers des charges des éleveurs. L’adoption du pâturage dynamique et d’autres choix, comme celui de races allaitantes adaptées, ont permis à la ferme de réduire son impact carbone de 35 % entre 2016 et 2020. La ferme du Haut-Gast travaille aussi aujourd’hui à la réduction des coûts de production en intégrant du maïs en phase de finition des animaux, et mène des essais sur le taux d’amidon… « La ferme est notre labo R&D, elle nous permet d’éprouver certaines pratiques afin de pouvoir construire nos mécanismes contractuels », résume Yoann Lanoë, responsable achats gros bovins chez SVA Jean Rozé. « Nous sommes crédibles face au monde de l’élevage. Nous savons ce que c’est que mener une ferme avec les enjeux de bien-traitance animale, économiques et environnementaux », conclut David Chauvin.

Des investissements massifs
AgroMousquetaires participe à la pérennité de la filière viande bovine en investissant de façon régulière sur ses outils d’abattage et de transformation. 15 M€ par an ont été injectés dans le Pôle Bœuf sur les cinq dernières années. Le site de Vitré fait en particulier l’objet d’un plan massif de 50 M€ entamé en 2011. Une zone de stockage de 6 000 m², avec préparation automatisée des commandes, a été mise en place. La refonte du système de froid sur l’ensemble de l’usine est en cours tandis que le réaménagement de la bouverie, qui a coûté 8 M€, s’est achevé en septembre.