Une évolution logique vers des machines à rotors

Comme dans de nombreuses ETA, le parc matériel de récolte de la SAS Lecoq migre progressivement vers des machines à rotor. Si en interne, la technologie a déjà conquis dirigeants et salariés, l’expérience montre qu’il faut plusieurs campagnes pour convaincre les clients. Mais ces derniers finissent également par y trouver leur compte.

Gildas et Pascal devant une CR de l'entreprise © T.Legrand

Aux alentours du 20 juin prochain, les six moissonneuses-batteuses de la SAS Lecoq commenceront à récolter les orges de leur client au nord de la Loire-Atlantique. L’entreprise, basée sur la commune de Moisdon-la-Rivière, aligne 6 moissonneuses-batteuses pour battre 2000 ha de céréales et de colza chaque année. « Nous faisons par ailleurs venir trois machines de Bretagne. Nous préférerions tout battre avec nos moissonneuses-batteuses, mais les clients sont toujours plus exigeants sur les dates de récolte », constate Gildas Lecoq, à la tête de l’entreprise avec son frère Pascal. Alors que la moisson du blé s’étalait sur 20 jours à l’époque de leurs parents, les deux entrepreneurs ligériens doivent maintenant la terminer en deux fois moins de temps. « Au plus, nous sommes performants, au plus on nous en demande. Aujourd’hui, il faut prendre en compte les aléas climatiques, mais aussi les dates des vacances des clients ou le barbecue du dimanche », illustre Pascal Lecoq.

Moderniser pour gagner en productivité

Pour faire face à cette exigence toujours plus importante de la clientèle, l’entreprise ligérienne n’a pas eu d’autre choix que d’investir pour augmenter le débit de chantier. « La John Deere WTS était la plus grosse machine lorsque nous avons repris l’entreprise de nos parents en 2012. Aujourd’hui, c’est la plus petite », constate Gildas Lecoq. Entre temps, la couleur du parc s’est diversifiée. Uniquement orienté vert et jaune jusque-là, il s’est enrichi de trois New Holland, une CX et deux CR. Deux John Deere modèle T complètent l’ensemble. 

L’introduction des deux machines à rotor s’est faite petit à petit. « Quand nous avons reçu la première en location en 2018, les clients ne voulaient pas en entendre parler. En 2023, ce sont les mêmes qui nous ont encouragés à en acheter une seconde » s’amuse Pascal Lecoq. Alors que les craintes sur la paille sont vite balayées (voir encadré : L’œil du client), le débit des deux CR offre des avantages indéniables. « Comme je le disais, les clients veulent ramasser vite pour avoir leur week-end. Ça permet aussi de finir avant les orages et d’occuper les salariés à la benne. Avec les machines à rotors, ils n’attendent plus pendant 2 h en bout de champs » liste l’entrepreneur. L’évolution des modèles d’élevage entre également en ligne de compte. « Il y a de plus en plus de bâtiments en logette et lisier. Nos clients ont moins besoin de paille » souligne Gildas Lecoq.

Encadré : La parole au client

Julien Dousset et son père sont des clients historiques de la SAS Lecoq. L’exploitant explique avoir fait 5 saisons au sein de l’entreprise avant de revenir sur la ferme familiale. Chaque année, Gildas et Pascal battent les céréales sur son exploitation. « Au début, nous étions réticents sur la technologie du rotor. Mais c’était de mauvais préjugés. Vu notre surface, c’est intéressant d’avoir un débit de chantier élevé », confie-t-il. Côté paille, il assure y trouver son compte également. « Hormis peut-être lors des années avec une grosse pression maladie comme l’an dernier ». 

La relation d’amitié entre les deux familles n’empêche pas de discuter sérieusement sur les prix. « Nous comprenons bien qu’ils soient obligés de répercuter leur hausse de charge sur le prix des prestations. Mais de notre côté, il faut qu’on puisse pérenniser nos exploitations » commente-t-il. Pour cette année en particulier, Julien Dousset avoue ne pas être en phase avec la mise en place de la participation aux frais de déplacement.

La parole au client

Julien Dousset et son père sont des clients historiques de la SAS Lecoq. L’exploitant explique avoir fait 5 saisons au sein de l’entreprise avant de revenir sur la ferme familiale. Chaque année, Gildas et Pascal battent les céréales sur son exploitation. « Au début, nous étions réticents sur la technologie du rotor. Mais c’était de mauvais préjugés. Vu notre surface, c’est intéressant d’avoir un débit de chantier élevé », confie-t-il. Côté paille, il assure y trouver son compte également. « Hormis peut-être lors des années avec une grosse pression maladie comme l’an dernier ». 

La relation d’amitié entre les deux familles n’empêche pas de discuter sérieusement sur les prix. « Nous comprenons bien qu’ils soient obligés de répercuter leur hausse de charge sur le prix des prestations. Mais de notre côté, il faut qu’on puisse pérenniser nos exploitations » commente-t-il. Pour cette année en particulier, Julien Dousset avoue ne pas être en phase avec la mise en place de la participation aux frais de déplacement.

Julien Dousset a été convaincu à l’expérience par les machines à rotors. © J.Dousset

Des machines équipées toutes options

Pour leurs moissonneuses-batteuses, les frères Lecoq ont fait le choix de s’équiper de toutes les options technologiques possibles. Les 6 machines sont équipées de système de guidage GPS et de carte de rendement. Pour cette dernière prestation, aucun supplément n’est demandé aux clients. « Ils ont accès à leur carte dans l’espace John Deere. Nous ne le valorisons pas économiquement, mais cette option nous est utile durant la moisson. En fonction du rendement et du capteur de perte, le chauffeur peut optimiser les paramètres de la machine en direct », souligne Pascal Lecoq. L’entrepreneur a été plus loin sur la dernière CR en optant pour le système IntelliSense de New Holland. Cette technologie surveille en permanence le grain dans toutes les parties de la machine et optimise les réglages en autonomie sans intervention du chauffeur. « Vu les rendements l’an dernier, ça n’a pas été très utile, mais cette année ça devrait être un vrai plus » prévoit-il.

Un attelage pour ramasser la menue-paille

Suite à des demandes de clients en méthanisation, l’ETA Lecoq a décidé l’an dernier de s’équiper pour ramasser la menue-paille, une matière première à fort pouvoir méthanogène. Après prise de renseignements, les deux dirigeants ont opté pour du matériel Thierart. « Nous nous sommes équipés d’une remorque à transbordement » détaille Gildas Lecoq. Attelé derrière sa moissonneuse-batteuse, ce chariot équipé d’une turbine collecte la menue-paille dans une trémie avec une capacité de 1 ha. Un tapis permet ensuite de décharger la menue-paille dans une remorque à tapis Krone, acquise spécialement dans ce but. « C’est bien simple, entre le grain et la menue-paille, Gildas passe son temps à vider » s’amuse Pascal Lecoq. Dans les faits, l’attelage nécessite des manœuvres optimales en bout de champ pour éviter au tapis de basculer sur le côté en cas d’ornière. 

Tester sans s’engager

Pour diversifier leur parc matériel de récolte, Gildas et Pascal Lecoq ont essayé avant d’acheter. Cela faisait des années que nous étions équipés uniquement avec du John Deere lorsque la première CR est arrivée dans l’entreprise.  « Pour ne pas prendre de risque, mais curieux d’essayer, nous avons souscrit une location de deux ans que nous avons ensuite prolongée d’un an. Ensuite seulement, nous l’avons acheté », se souvient Gildas Lecoq. La même année, les deux frères ont demandé à leur partenaire breton de descendre en Loire-Atlantique également avec une CR. « Ce type de partenariat, c’est aussi une bonne manière de tester de nouvelles technologies », souligne le dirigeant. 

Entrepreneurs comme clients apprécient le débit de chantier. © Leocq

Des coupes de plus en plus grandes

Pour alimenter des machines de plus en plus grosses, les barres de coupe se sont allongées en parallèle. Alors que la 6,7 m de la WTS faisait office de maitre-étalon en 2012, c’est aujourd’hui la plus courte du parc. Les deux John Deere T sont équipées avec des barres de 7,5 m, la CX avec un équipement de 7,62 m et les CR reçoivent respectivement des coupes de 9,15 m et 10,7 m. Pour cette dernière, la goulotte de la moissonneuse-batteuse est prévue pour être pliée en deux une fois rangée. Sa longueur ne permettait pas un repliage simple. « Les barres de coupe plus longues permettent de diminuer la vitesse et d’augmenter le débit de chantier » se félicite Pascal Lecoq. Pour le colza, ce sont les Varifeed de New Holland qui sont privilégiées. « Elles peuvent avancer de plus d’un mètre. Avec les scies à colza sur les côtés, c’est idéal », constate l’entrepreneur. 

Pour les déplacements sur route, toutes les machines fonctionnent avec des chariots. « Nous ne voulons pas de barre repliable, car c’est générateur de pannes » assure l’entrepreneur ligérien. Pour optimiser la logistique et faciliter l’entrée dans les parcelles, les barres de coupe sont attelées directement dans le champ. « Le client entre dans la parcelle avec la barre de coupe derrière son tracteur et avance dans une trace de pulvérisateur. Cela nous permet d’atteler directement et de commencer à battre. Ensuite, le client peut reculer jusqu’à l’entrée du champ » témoignage Gildas Lecoq. 

Trouver le bon équilibre économique

Si la moisson est pour l’instant rentable au sein de la SAS Lecoq, ce n’est pour autant pas l’activité la plus lucrative de l’entreprise. « Les machines ne font que 250 à 300 ha/an. C’est limite, mais comme tout le monde veut battre en même temps, c’est compliqué de faire plus », assurent les deux frères. Alors que la dernière CR est arrivée en parc en 2023, ils assurent ne pas pouvoir réaliser un renouvellement plus fréquent sous peine de perdre le peu de rentabilité de l’activité. « Cette année, nous avons dû annoncer une augmentation de tarif de 3 % et la mise en place d’une participation aux frais de déplacement de 5 à 30 € selon l’éloignement des parcelles. Ça n’est pas toujours facile à faire passer auprès des clients, mais sans ça, demain, nous n’existerons plus. Quand on voit certains tarifs de prestataires, nous nous demandons comment ils font pour garder un équilibre économique », s’étonne Pascal Lecoq.

L’œil du salarié

Gilles fait partie des piliers de l’entreprise. « Il nous a connus gamin », se souvient Gildas Lecoq. C’est peu dire que le salarié a vécu l’évolution technologique des machines. « Avec l’arrivée du colza dans les années 90, on relevait les rabatteurs à la main » se souvient-il. Même inconfort lorsque la machine bourrait et qu’il fallait la tourner manuellement. « On avait fini par monter des démarreurs électriques pour inverser le sens », s’amuse Gilles. De quoi relativiser le confort des machines actuelles. « Avec le système de guidage GPS, on pourrait presque faire des micro-siestes », chambre-t-il. Même constat pour Jacky, autre salarié présent depuis de nombreuses années et aujourd’hui chef d’atelier. « Quand tu as connu le guidage, tu ne reviens pas en arrière, surtout avec les journées que l’on fait ! ».