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SUR QUELS CRITÈRES CHOISIR SA CHARRUE ?

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Comme le veut l’adage, choisir c’est renoncer. Il est malheureusement difficile de trouver un outil idéal qui correspond en tous points aux critères techniques et économiques. C’est surtout vrai lorsqu’il s’agit d’outils de travail du sol. Mais pourtant, rien ne ressemble plus à une charrue qu’une autre charrue. Et depuis l’arrivée des charrues Brabant il y a plus de 150 ans, il est parfois compliqué de comprendre les différences techniques entre deux marques ou modèles. Il serait donc tentant d’investir ou renouveler une charrue par une configuration identique sans vraiment connaître les facteurs de qualité de travail recherchés.
 
 

Aussi complexe à régler qu’à choisir

La charrue est un outil parfois décrié, souvent critiqué et victime d’un labour-bashing pas toujours justifié. Même s’il est démontré que le travail du sol mécanique génère de lourdes incidences sur la structure et la vie biologique à long terme, il faut reconnaître des qualités
qui ne sont pas prêtes d’être oubliées. En effet, que l’on soit en sans-labour ou en semis direct, il s’agit encore du seul outil qui répond à (presque) tous les objectifs agronomiques en un seul passage. Même si elle génère des résultats à court terme, la charrue est encore la seule capable de corriger une compaction, offrir un désherbage total, favoriser la minéralisation, gérer les résidus et contrôler les ravageurs en une seule opération culturale. Parallèlement, il est vrai qu’il s’agit d’un outil énergivore et provoquant de nombreux déséquilibres dans nos sols, c’est pourquoi il est important de bien adapter l’investissement et son utilisation au contexte et objectifs visés. Le mode de travail intensif et les multiples conditions qu’elles peuvent affronter font des charrues des outils de travail du sol complexe à définir que l’on soit en exploitation ou en prestation de services.
 
 

LES PRINCIPAUX TYPES DE CHARRUES

Quel châssis pour la charrue ? Au-delà du type de labour visé, les caractéristiques du tracteur vont également impacter la structure du bâti d’une charrue. La capacité de relevage se présente comme le premier facteur limitant l’achat d’un modèle porté. Le montage et la dimension des roues du tracteur aura également un impact. C’est principalement l’entre-pneu et la garde au sol qui vont définir la gamme de charrue utilisable selon la puissance disponible. Pour conserver une traction rectiligne et favoriser le report de charge il faudra donc connaître ces données fournies par le tractoriste.
Les charrues en planche : facilement reconnaissables à leur corps non réversibles, elles furent longtemps utilisées pour favoriser un drainage de surface. Plus économiques et plus légères à l’utilisation, leur conduite dans la parcelle se réalise en boucle autour d’un ados et non pas en va et vient. Cette technique de labour additionnée à un réglage de profondeur décroissant tout en se rapprochant de la dérayure permet la formation de dénivellations volontaires dans la parcelle pour l’écoulement des excès d’eau en hiver. Peu utilisées en raison des contraintes de réglages, conduite et jalonnage, les solutions d’autoguidages des tracteurs actuels annulent certains de ces anciens inconvénients.
Les charrues réversibles portées : certainement les plus courantes sur le marché français, il s’agit des bâtis réversibles les plus simples. Les roues de jauges qui peuvent parfois assurer le transport ne sont jamais sollicitées lors des manoeuvres en bout de champ. Cette meilleure manoeuvrabilité réduit donc la largeur des fourrières et le coût d’investissement. Lorsqu’elles sont utilisées en combinaison avec le contrôle d’effort, ces charrues portées accroissent considérablement le report de charge et donc l’adhérence du tracteur.
Les charrues réversibles semi-portées : pour les charrues les plus longues, le principal moyen de supporter la charge de l’outil est de posséder un essieu roulant. Même si leur réglage et utilisation est similaire à une charrue portée, la conduite dans la parcelle est légèrement plus contraignante. Encore une fois, le guidage du tracteur doit être optimisé et les largeurs de demi-tour majorés de quelques mètres. Avec une charrue semi-portée hors raie, le tracteur n’est plus limité par une largeur de pneumatique maximale.
Les charrues frontales : encore trop souvent oubliées, elles offrent pourtant un équilibre et une force de traction optimale face à un nombre de corps équivalent à l’arrière du tracteur. Le contrôle de position du relevage avant est une avancée non négligeable sur leur ergonomie de conduite. La contrainte de guidage du tracteur est une limite supplémentaire à l’utilisation de ces charrues. On intègre bien la perte de visibilité sur la route ou le surcoût de l’investissement d’un tel châssis mais on oublie fréquemment qu’il est possible de réduire de plus de dix chevaux par corps la puissance nécessaire.
Les charrues déchaumeuses : elles sont principalement utilisées pour conserver l’avantage d’un désherbage total sans bouleverser la structure en profondeur. On peut débattre des heures sur la définition de la profondeur du déchaumage ou d’un labour classique. Cependant, à moins de 15 centimètres, une charrue standard ne réalise pas un retournement complet. Cette capacité est essentiellement contenue dans le rapport entre la largeur du corps et la profondeur de travail. Pour conserver un ratio moyen profondeur/largeur (P/L) de trois quarts il faut dans ce cas un corps de charrue qui découpe six à sept pouces de large pour un labour à douze centimètres de profondeur. Le plus grand débit de chantier offert est compensé par une usure des pièces plus rapide.
La vitesse influence également l’émiettement et la capacité d’enfouissement d’une charrue déchaumeuse.

 

CARACTÉRISTIQUES DES CHARRUES

Une fois la configuration de châssis définie, il faut également choisir les équipements des corps et les dimensions de sa charrue. Davantage reliées aux précédents culturaux et au type de terre, ces caractéristiques garantissent l’efficacité de travail recherché. Même si les réglages permettent d’adapter le résultat final, un mauvais choix d’investissement peut se payer à long terme par un défaut de compaction, de désherbage ou par des factures de pièces trop sollicitées.
Les dimensions : comme bon nombre d’outils de travail du sol, la charrue n’est pas épargnée par son dégagement sous âge. Une valeur supérieure à 70 centimètres assure un dégagement des résidus plus fluides et une capacité de profondeur éventuellement plus importante. L’autre caractéristique dimensionnelle majeure concerne la distance entre pointe. Mesurée entre deux socs du même côté, cette caractéristique augmente encore davantage la capacité à enfouir les résidus. Par une plus grande distance entre les corps et les rasettes, le dégagement du mulch de surface est plus efficace. Soyez vigilant à ne pas être trop gourmand, puisqu’une entre-pointe de plus de 100 centimètres accroît considérablement la force de relevage nécessaire sur une charrue portée. Les socs : dans l’objectif de limiter la remontée de pierres et puisque certains type de sols n’abrasent pas les pièces travaillantes, certaines charrues sont munies de corps à socs sans pointes. Dans ce cas, c’est uniquement la lame horizontale qui pénètre le sol en fond de raie. L’ajout d’une pointe biseautée préserve le soc d’une usure trop rapide. C’est également un moyen d’augmenter la capacité de pénétration de la charrue en sol ferme. A ce sujet, le choix de pièces adaptables renforcées au carbure est déterminant. La sur-épaisseur créée par le brasage de pastille d’usure ou la modification de l’angle d’entrure rendent parfois ces corps inutilisables en conditions arides. Enfin, certains constructeurs proposent encore des pointes à carrelets. Ces longues barres intégrés dans le corps sont télescopiques et permettent de prolonger la durée de vie de la pointe sans nécessairement changer de pièces d’usure.
Les versoirs losanges sont caractérisés par un coutre plus gourmand sur la muraille de la raie précédente.
Les versoirs : leur forme détermine le mode d’accompagnement de la terre jusqu’à la raie précédente. Lorsqu’ils représentent les courbes d’une hélice, on les nomme hélicoïdaux. Ces versoirs longs accompagnent la terre juste qu’à sa dépose. Ils sont souvent moins tirants et privilégiés pour des labours d’hiver ou l’émiettement n’est pas souhaité. On les retrouve aussi dans des terres à consistance très particulaire lorsque l’on ne souhaite pas un ameublissement trop intense. Quand le versoir ressemble à un tronc de tube, il s’agit d’un corps cylindrique. Dans ce cas, la terre est davantage projetée. La vitesse impacte davantage l’émiettement avec ce type de charrue. La constitution d’un versoir par des lames à claire-voie réduit la surface de frottement et limite la force de traction nécessaire en terre argileuse. Certains utilisateurs les privilégient en terre sableuses pour intensifier l’émiettement et économiser sur la reprise du labour. La vigilance s’impose dans cette configuration puisque l’usure est plus rapide qu’avec un versoir en acier plein. Les corps universels ou hélico-cylindriques définissent des versoirs polyvalents, qui offrent un compromis entre l’agressivité du cylindre et l’accompagnement de l’hélice. Enfin les versoirs losanges découpent une bande de terre supplémentaire dans la muraille afin de faciliter le labour en raie avec une monte de pneumatiques plus larges. Ils sont reconnaissables à la forme de leur étrave intégrée au versoir qui dépasse de l’aplomb de la rasette.
Les coutres ou étraves : ces pièces garantissent la découpe de la partie verticale de la muraille. Lorsqu’il s’agit de lames, elles peuvent être intégrées à l’avant du versoir ou bien être placée en amont, sur l’âge. Encore plus efficace en présence de débris les coutres circulaires agissent comme des disques tranchants sur le chaume non travaillé. Ils permettent aux rasettes et au versoir d’améliorer leur enfouissement et de conserver une raie plus nette.
Les rasettes : ces pièces ressemblent à des corps miniatures et sont disponibles sous des formes et dimensions variées. Plus elles sont larges et plus leur efficacité d’enfouissement est important. Leur hauteur assure un contrôle dans des gros volumes de résidus ou d’amendements. Plus que leur forme de versoir ou socs, c’est leurs réglages en deux dimensions (hauteur et avancée) qui permettent d’adapter la profondeur et la répartition
d’enfouissement.
A l’origine développés pour les terres collantes, on rencontre les versoirs à claire voie dans des sols sableux pour améliorer l’effet d’émiettement.

 

LES ÉQUIPEMENTS

Les années défilent et le fonctionnement de base de la charrue est inchangé. Malgré tout, les constructeurs offrent toujours davantage d’équipements pour améliorer leur polyvalence, leur efficacité et facilité d’utilisation. Même si certaines options sont déviées de leur fonction première on rencontre des charrues de plus en plus équipés également pour augmenter les fenêtres d’interventions agronomiques.
Largeur variable : les charrues ont presque toujours possédés des réglages de largeur de travail. Ne serait-ce que pour adapter le type de labour (dressé ou jeté) à la profondeur souhaitée. Sur les charrues les plus simples il faut déboulonner l’âge du bâti pour faire pivoter les corps et ainsi adapter la largeur de découpe. Le monde du labour a changé avec l’arrivée du réglage de largeur en continu. Le terme Varilarge, couramment utilisé, est pourtant un nom commercial du groupe Kverneland. Ce paramétrage hydraulique est disponible chez une presqu’exclusivité de constructeurs. A l’origine, cette option permet à l’utilisateur d’adapter le rapport P/L à chaque type de labour ou de terre sans descendre du tracteur. Aujourd’hui, cet équipement permet de réaligner un labour pas tout à fait rectiligne ou de terminer une parcelle parallèlement à sa limite irrégulière. Même si cette utilisation détournée n’est pas proscrite, il faut accepter alors de former un type de labour différent dans certaines zones du champ travaillé.
Certains systèmes de sécurité non-stop sont intégrés directement dans l’âge de la charrue.
 
Les sécurités : cette option a pour rôle d’éviter une casse de pièces de travail ou de structure lors de la rencontre d’un obstacle en terre. Par un pivotement de l’âge sur le bâti, les corps s’effacent par le haut. Le retour à la position de travail nécessite l’intervention du
chauffeur dans le cas de la rupture d’un boulon de cisaillement. Pour une sécurité mécanique ou hydraulique, la pression maintenue dans le système ramène le corps directement en position de travail sans arrêt de l’avancement du tracteur. Moins onéreux, la sécurité mécanique n’offrent pas la facilité de réglage d’intensité de déclenchement permis par un circuit hydraulique.
 
Dossier réalisé par Julien Hérault

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