À seulement 26 ans, Louise Letellier a choisi de conjuguer passion et pragmatisme en s’installant sur une exploitation laitière dans le pays de Caux. Lait, viande, cultures… son projet, mené tambour battant, s’inscrit résolument dans l’avenir grâce à la diversification des ateliers et la volonté de rester maître de ses choix.
Élevée « au cul des Limousines » de son père dans le Calvados, Louise Letellier n’est pas vraiment tombée dans l’élevage par hasard. Mais elle a dû traverser la Seine pour assouvir sa passion. Installée depuis janvier 2023, elle a délaissé le pays d’Auge et ses bocages pour rejoindre Thomas, son époux, sur l’exploitation de ses beaux-parents dans le pays de Caux, en Seine-Maritime, à quelques kilomètres de Fécamp.
Titulaire d’un BTS ACSE, Louise Letellier envisage un temps de se lancer dans la gestion et le droit rural, mais l’histoire en décidera autrement. Elle arrive d’abord comme salariée sur l’exploitation de ses futurs beaux-parents en 2020. Une exploitation qui compte alors 120 vaches laitières et 200 ha de SAU avec des cultures typiques de la région, céréales, betteraves à sucre et lin fibre. En 2021, ses beaux-parents, Mickaël et Nathalie, investissent dans un robot de traite. « Avec la perspective d’installer leur fils Thomas, la question était de savoir s’il fallait arrêter le lait ou au contraire investir pour préparer l’avenir », explique Louise Letellier. C’est elle qui prend en charge le nouveau robot de traite, mais la structure en l’état ne permettait pas d’installer une quatrième personne sur l’exploitation.
Une reprise et une installation concrétisée en 2023
Mais à l’instar de la vie à cent à l’heure de Louise, une occasion de reprise se présente : une soixantaine d’hectares sur deux sites à un coût de cession attractif. Il est en effet utile de rappeler que le coût de l’hectare dans cette région du département peut facilement dépasser les 15 000 euros. La jeune femme évoque « un bon alignement des planètes ». Passer les commissions et franchir l’étape Safer relève du parcours du combattant, et l’affaire ne paraissait pas forcément gagnée d’avance, selon elle. Mais c’est bien Louise et Thomas Letellier qui obtiennent gain de cause, l’installation de Louise est concrétisée en janvier 2023. « Afin d’apporter une activité complémentaire et de valoriser les prairies, la jeune professionnelle revient à ses premières amours avec la mise en place d’un atelier de 25 limousines et l’objectif de commercialiser en circuit court. « L’idée était vraiment d’avoir mon propre atelier, et d’assouvir ma passion. Une façon de ramener un peu de pays d’Auge dans le pays de Caux. Un projet de cœur, adossé à une structure financièrement solide », explique-t-elle. Le jeune couple intègre le Gaec par voie d’augmentation du capital social. L’acquisition de la nouvelle exploitation est donc portée par le Gaec.

De la visibilité avec l’APLBC
Du côté de l’atelier laitier, Louise et Thomas osent un changement stratégique. Le Gaec des Hogues quitte sa laiterie historique et rejoint l’APLBC, Association des Producteurs de Lait pour le Bien Collectif. Cette organisation de producteurs, née en 2014 avec la laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (45) (LDSH), rejointe en 2024 par Novandie, garantit transparence et juste rémunération via des contrats tripartites entre producteurs, industriels et grande distribution. L’association compte à ce jour 740 exploitations sur 30 départements et commercialise un volume d’environ 650 millions de litres par an. « Cela nous a donné beaucoup de visibilité à court et moyen termes. Sans changer de système, nous avions un prix payé aux 1 000 l de 480 euros, soit 60 euros supérieurs à notre précédent contrat. Sachant que dans notre business plan, l’équilibre financier était atteint avec un prix moyen de 380 euros », détaille la jeune femme.

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Une bonne assise financière pour l’avenir
Même si les emprunts sont conséquents, environ 4 000 euros mensuels de parts sociales pour le couple, Louise Letellier précise que le Gaec affiche une très bonne santé financière avec un EBE d’environ 650 000 euros. De quoi envisager l’embauche d’un salarié pour gagner en qualité de vie et permettre aux associés de s’investir en dehors de l’exploitation. « Il faut savoir se préserver et se laisser du temps pour s’investir ailleurs. Il est capital de sortir de nos exploitations, pour s’ouvrir et ne pas subir», insiste-t-elle. Un principe qu’elle applique pleinement : déjà investie localement au sein de l’APLBC, elle participe aussi au bureau de GDMA 76 (groupement de défense sanitaire contre les maladies des animaux).
Encouragée par son adhésion à l’APLBC, la jeune éleveuse s’est engagée à réaliser un diagnostic CAP2R® pour mesurer les performances environnementales de l’exploitation. « C’est un outil multicritères qui permet d’appréhender les points d’amélioration pour tendre vers un optimum technico-économique. J’ai pris conscience que mon système diversifié capte beaucoup de carbone même sans être « tout herbe », précise-t-elle.

Opportunisme, passion et raison
Prochaine étape, trouver les débouchés pour ses limousines. « On ne va pas à la guerre en claquettes » s’amuse-t-elle. « Il faut savoir saisir les opportunités, mais je veux prendre le temps de trouver des partenaires qui partagent les mêmes valeurs et qui sauront défendre mon produit et valoriser mon travail ». Au Gaec de la ferme des Hogues, les 4 associés avancent sereinement vers l’avenir, cultivant l’autonomie et la rigueur. Et c’est sans aucun doute les bons ingrédients pour tracer son chemin, sécuriser son entreprise et vivre de sa passion.
La ferme des Hogues en chiffres
- 130 vaches laitières (Holstein)
- 1,275 million de litres de lait
- 25 vaches allaitantes (Limousines)
- 250 ha de SAU (prairies, céréales, betteraves à sucre et lin fibre)
- 4 associés