Sécheresse et canicule – Un plan d’1 Mds d’€, un plan pour rien!

Le plan d’un milliard d’euros du gouvernement présenté par Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture « pour soutenir les agriculteurs et la continuité de la production à la suite de la sécheresse » ne satisfait pas les agriculteurs. La FNSEA estime les pertes subies par les entreprises agricoles, durant la canicule, à près de 10 Mds d’€. A huit mois de la prochaine élection présidentielle, le climat s’invite dans la campagne électorale. L’histoire a montré qu’il fait et défait des régimes politiques.

L’appareil pèse environ 11 t en double essieux et atteint 13,7 t avec rouleaux tandem U ou tandem type Conoroll. © Pöttinger

A moins de huit mois de l’élection présidentielle 2027, quel responsable politique ou gouvernemental ne redoute pas des manifestations agricoles et leur instrumentalisation dans les prochaines semaines ?

Après plus de trois mois de sécheresse et de canicules, les agriculteurs auraient perdu 10 milliards d’euros, selon la FNSEA.

Aussi, le milliard d’euros débloqué par le gouvernement « pour soutenir les agriculteurs et la continuité de la production suite à la sécheresse » couvre à peine à un dixième de ces pertes agricoles.

Or ces dernières équivalent à un tiers du revenu de la « Ferme France » et elles sont ni plus ni moins supérieures au budget annuel de la Pac alloué à la France.  Pour les compenser, il faudrait donc doubler les montants de leurs versements!

Lors d’un point de presse mardi 1er septembre, les associations spécialisées de l’élevage (FNB, FNO, FNEC et FNPL) ne demandaient ni plus ni moins une aide de 300 € par UGB qui s’ajouterait aux aides  couplées qu’ils recevront d’ici la fin de l’année.

«Les trésoreries sont exsangues et, sans soutien beaucoup plus massif, des dizaines de milliers d’agriculteurs risquent de ne pas pouvoir repartir. Nous demandons 450 euros par hectare de trésorerie directe, parce qu’à force de nous expliquer qu’on sauvera l’agriculture demain, demain il n’y aura tout simplement plus assez d’agriculteurs à sauver», déclarent les présidents de l’AGPB, de l’AGPM, de la CGB, de la FOP et de l’UNPT, les associations spécialisées liées à la FNSEA.

Par ailleurs, les pertes de production causées par les canicules s’ajoutent aux prix de l’énergie et des engrais qui flambent.

Du saupoudrage

Mais surtout, le plan du gouvernement ne convainc pas car le milliard d’euros alloués est ventilé entre plusieurs mesures, ce qui le rend opaque.

Le milliard d’euros annoncé « ne doit pas masquer la réalité, affirme l’AGPB (association spécialisée des producteurs de blé liée à la FNSEA). Une part importante de cette enveloppe correspond à des mécanismes qui existaient déjà et qui ont précisément vocation à intervenir lorsqu’un agriculteur subit une perte de récolte ou un accident climatique majeur. Leur mobilisation est nécessaire, mais elle ne constitue pas, à elle seule, la réponse exceptionnelle qu’exige la situation actuelle. Car le problème n’est plus seulement de compenser ! »

Par ailleurs, l’indemnisation de solidarité nationale de 520 millions d’euros pourrait échapper à une grande partie des éleveurs si le système Airbus n’est pas revu, une revendication régulièrement renouvelée depuis des années après chaque épisode caniculaire. Or les pertes de fourrages sont parfois supérieures à 50 %.

« La Ministre fait la sourde oreille, mais la réalité est là : les éleveurs ne verront pas la couleur de ces indemnisations ! C’est inacceptable ! Depuis des années, ils demandent à faire évoluer le dispositif Airbus afin de mettre en œuvre un outil fonctionnel de mesure des pertes. La crise a débuté depuis le début de l’été, et nous alertons afin que soient mises en place, rapidement et dans tous les départements, des expertises de terrain pour évaluer la réalité des pertes ».

De même, le dégrèvement de 300 millions d’euros de la taxe foncière sur les propriétés non bâties est une goutte d’eau…au regard du chiffre d’affaires perdu et des conditions à remplir pour en bénéficier.

Quand il y a des mesures de bon sens, les crédits alloués pour les financer sont dérisoires, totalement déconnectés des besoins.

Par exemple, la FNSEA « déplore le montant totalement insuffisant de 20 millions consacré aux prises en charge de cotisations sociales. Le plan gel en 2021 avait consacré plus de 170 millions d’euros à cette ligne pour les seuls viticulteurs… ».

Casse sociale et agricole

Entre 30 000 et 35 000 exploitations agricoles pourraient ne pas avoir les moyens de surmonter la crise agricole et climatique. Ce chiffre est à la fois repris par le ministère de l’Agriculture et par les responsables professionnels.

Selon la FNSEA et ses associations spécialisées, toute la nation doit se mobiliser pour combler les pertes: les banques en allouant des prêts relais ou des reports d’échéances sans frais, la MSA en accordant des exonérations ou des baisses massives de cotisations sociales ou encore les marchés, avec des prix sortie fermes rémunérateurs.

La baisse continue du prix du lait payé actuellement aux éleveurs est incompréhensible. 

Les associations spécialisées d’élevage (FNO, FNB, FNPL, FNEC) estiment qu’une partie des 300 €/UGB  dont les éleveurs ont besoin pourrait être financée par les consommateurs prêts à acheter plus chers leurs produits.

Dans les semaines à venir, les prochains salons professionnels seront autant d’occasions, pour le monde agricole, de faire part de son mécontentement : le Space à Rennes, le salon de l’élevage de Cournon, le SIA à Paris au début de l’année prochaine, à moins de deux mois de l’élection présidentielle.

Au mois d’avril 2027, les agriculteurs, leurs familles et leurs sympathisants auront aussi rendez-vous avec les Urnes.

Entre temps, des manifestions d’agriculteurs ne sont pas exclues pour exposer leur désarroi social et économique, mais aussi un sentiment d’impuissance, face au dérèglement et du réchauffement du climat.

Climat acteur politique

Depuis des siècles, ce dernier fait et défait des régimes politiques. Et les paysans ont toujours eu des rôles de premier plan !

A la fin des années 1780 en France durant la petite ère glaciaire, la succession de mauvaises récoltes a accéléré le mécontentement des paysans très remontés contre un régime rigide et centralisé, insensible à leurs conditions de vie. La révolution française a éclaté en 1789.

En 1846-1847, des récoltes catastrophiques et une crise de subsistance pont provoqué des émeutes. Ce terreau de misère et de contestation a débouché sur la révolution de février 1848 et la proclamation de la 2ème République.

Dans les pays émergents, les gouvernements achètent la paix sociale en subventionnant leur agriculture et les prix des aliments de base en protégeant leurs marchés intérieurs par des droits de douane et des contingents.

Plus récemment en Syrie, au début des années 2010, une des causes de la guerre civile est climatique. Des graves sécheresses, à l’est du pays en particulier, ont aggravé les conditions de vie d’une partie de la population et généré un mouvement d’exode puis de protestation contre le régime dictatorial de Bachar AL-Hassad.

Alors pourquoi la canicule 2026 n’impacterait-elle pas les choix politiques des Européens et les régimes politiques qui les gouverneront sans en mesurer forcément toutes les conséquences?

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Le plan détaillé de 1Mds d’€

  1. Indemnisation de solidarité nationale (ISN) devrait représenter 520 millions d’euros.

Pour les agriculteurs assurés, le plafond des acomptes d’ISN a d’ores-et-déjà été porté de 70 % à 80 % du montant prévisionnel de l’indemnisation, afin de faire arriver le plus rapidement les premières sommes sur les comptes des exploitations.

  • Mobilisation du régime des calamités agricoles pour les pertes de fonds non assurables pour les végétaux (cultures pérennes, vignes, etc.) et les animaux (bovins, ovins, volailles, etc.) pour un montant de 30 millions d’euros.

  • Dégrèvements de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (300 millions d’euros).
  • Fonds de réarmement agricole de 235 millions d’euros, placé sous le pilotage des préfets de région et de départements pour la mise en place de la prochaine récolte de céréales et d’oléo-protéagineux.
  • Prise en charge partielle des cotisations sociales agricoles (PEC) par la MSA pour la campagne d’autonome à hauteur de 20 millions d’euros.

Autre mesure :

Prolongation jusqu’au 31 décembre 2026 du guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés pour un montant de 145 millions d’euros. Mais à ce jour, seuls 5 M€ ont été consommés selon l’AGPB car les conditions d’accès à cette aide ne sont pas adaptées.  

Prolongation jusqu’à octobre 2026 du soutien exceptionnel au GNR agricole (15 ct/litre) pour un montant total de 106 millions d’euros, afin d’accompagner les travaux agricoles d’automne.

Commentaires de l'article

2 commentaires

  1. la gestion criminelle de l’eau est incontestable, c’est année encore on comptera les morts et les Milliards d’euros de dégâts, mais on accusera encore le climat et les vaches qui pètent ! c’est toujours la ville qui pompe l’eau des campagnes et jamais l’inverse alors que TOUT le monde reçoit plus de pluie que ses besoins en eau ! en février 2026 , pendant les inondations, on a laissé partir à la mer 10 fois plus d’eau que TOUS nos besoins irrigation comprise ! Recyclage de l’eau à moins de 1% en France , blocage de TOUS les projets de retenues d’eau, destruction des ouvrages existants (barrages, étangs, moulins, etc etc … ), pas de mise aux normes des villes, réduction de 10% par an pendant plus de 20 ans des volumes d’irrigation, interdiction d’irriguer dès qu’il fait chaud etc etc … TOUT a été fait méthodiquement à l’envers du bon sens, à l’envers de la nature, on ne découvre pas le niveau de corruption on le subit tous les jours et à tous les niveaux… pour vendre ce qui est gratuit il faut organiser les pénuries !

  2. FNSEA = BLA BLA!
    Mon message concerne un domaine précis: l’agriculture et la position du gouvernement sur des aides pour soutenir ce domaine.
    Ma femme tient une exploitation agricole de 17Ha.
    La DDTM promet L’aide à l’achat d’engrais.
    Une petite aide devant l’explosion des prix est toujours appréciable.
    Je vous fais un bref rappel de la valeur d’une tonne d’azote 27%:
    2021: 220,00 €
    2022: 463,00 € !!
    2023: 768,00 € !!!
    2024: 375,00 €
    2025: 340,00 €
    2026: 410,00 € !!
    Donc 100% d’augmentation par rapport à 2021!

    Je vendais le blé 220€/Tonne en 2021 prix qui m’était payé par le négociant.
    Aujourd’hui on me propose 219€/Tonne prix pour moi agriculteur même si sur les marchés cela se négocie à 245€/Tonne.

    Il faudra l’expliquer à M Mélenchon, qui a la braderie de Lille, a expliqué que les agriculteurs s’en mettaient plein les poches en ce moment. Il ferait bien de vérifier le prix en 2021.

    Bref c’est un autre sujet.
    Je réalise donc la démarche administrative pour profiter de cette aide sur l’azote valable de juin en septembre de cette année.
    Arrivé au bout de ma démarche mon aide se réduit à 0€! Franchement cette aide sur les engrais c’est scandaleux pour les petits exploitants.
    Je vous laisse en juger dans mon récit que j’espère vous prendrez le temps de lire.
    Je l’ai également envoyé à la FNSEA, je n’ai jamais eu de réponse.
    En espérant un retour de votre part.
    cordialement

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