Filière ovine : la baisse de la consommation ne renforce pas l’autosuffisance.

En France et dans l’ensemble de l’Union européenne, la production de viande ovine décroît moins vite que la consommation aussi, le taux d’autosuffisance des Vingt-Sept décroît. En France, il atteint 48 %. La viande importée provient de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni. 

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Les Français consomment à peine deux kilogrammes de viande d’agneau par an, et pourtant la moitié de cette viande est importée. La France n’est autosuffisante qu’à hauteur de 48 %, soit 8 points de plus qu’en 2000. Mais cette année, les ménages achetaient deux fois plus de viande alors que la production de viande ovine n’excédait pas 100 000 téc. Aussi, 175 000 téc ont alors été importées.
En fait, la production de viande ovine française ne s’est jamais ajustée aux achats des ménages car elle a aussi diminué d’un tiers en 25 ans. Sinon, à production constante, le taux d’autosuffisance serait de 61 %. Et les importations n’auraient pas excédé 40 000 téc environ.
Or, seules 70 000 téc de viande ont été produites l’an passé et 79 000 téc importées, près de la moitié est acheminée du Royaume-Uni et 40 % sont expédiés dans d’autres pays européens (Espagne et Irlande principalement). La Nouvelle-Zélande n’y exporte qu’une dizaine de milliers de tonnes. Parallèlement, 3,5 millions de peaux lainées sont exportées en Chine (1 million), en Turquie (800 000 environ) et en Espagne (environ 400 000) notamment. Quant à la laine, les 10 200 t tondues sont acheminées à 80 % en Chine et le reste vers des pays voisins. La filière lainière a quasiment disparu en France.

Une production peu attractive

En 1960, la France était déjà déficitaire en viande ovine. Sa croissance de 50 % en 20 ans n’a pas été suffisante pour couvrir la hausse de sa consommation favorisée par l’élévation du pouvoir d’achat des Français. Celle-ci n’a cessé de progresser jusqu’à atteindre 260 000 téc au début des années 1990 alors que la production ovine déclinait déjà depuis une dizaine d’années. Si bien que le déficit en viande ovine avait dépassé certaines années 150 000 téc.
Mais dans les fermes, la filière ovine, mal structurée et peu rémunératrice, a toujours manqué d’attractivité alors qu’elle est en interaction directe avec son environnement. Elle préserve et enrichit la biodiversité. Les revenus des éleveurs ont longtemps été les plus faibles de la profession agricole. Ces deux dernières années, ils bénéficient des niveaux records des cours observés dans toutes l’Union européenne. L’an passé, il oscillait entre 9,5 et 11,5 d’€ le kg. Pour autant, les revenus par UMO (Unité de main-d’œuvre) oscillent autour de 20 k€. Mais la dimension des structures (superficie, effectifs des troupeaux, profilicité) génère des écarts de RC/UMO très importants entre les systèmes les moins performants et les plus performants de 20 k€/UMO. 

La Roumanie, seule exportatrice nette de viande ovine de l’UE

En Union européenne ces vingt dernières années, l’évolution de la production et de la consommation de viande ovine est similaire à celle observée en France, même avant le Brexit. Il y a vingt ans, la production européenne de viande ovine était d’1 million de tonnes quand la consommation dépassait 1,2 million de tonnes. Le Brexit a réduit de près de 300 000 téc la production potentielle de l’Union européenne. À la faible rentabilité de la production s’est ajoutée la fièvre catarrhale ovine (FCO), qui s’est imposée comme un facteur aggravant. Pour autant, moins de viande est produite chaque année dans les Vingt-Sept (447 000 téc ; -57 000 téc en 4 ans). Mais la consommation globale ayant proportionnellement moins diminué (580 000 téc ; -55 000 téc), les importations croissent et atteignent 165 000 téc l’an passé. Parmi les Vingt-Sept, seule la Roumanie est structurellement exportatrice nette de viande ovine, selon Idele.

Le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande se partagent chacun, à parts égales, près de 90 % du marché européen. Seules quelques milliers de tonnes de viande sont acheminées d’Australie ou d’Amérique du Sud.
L’an passé, 50 % des contingents d’importations de viande ovine alloués par l’Union européenne (185 000 téc) à ses partenaires commerciaux dans le cadre des accords bilatéraux qui ont été conclus avec des pays tiers ont été utilisés. L’essentiel de ces contingents non utilisés sont néozélandais : 62 000 téc sur les 143 000 téc disponibles.

Un marché mondial de la viande assez étroit

À l’échelle mondiale, seule la Chine, l’Union européenne, les  États-Unis et l’Arabie saoudite animent le marché mondial de la viande ovine (- de 1 Mtéc sur les 19 Mtéc produites). Ailleurs, la viande est produite pour être consommée mais, à la différence d’autres filières de viande, la production manque de dynamisme. Aussi, les prix flambent-ils (+24 % en Australie en moyenne annuelle).
La Chine est à la fois le premier pays producteur (1/4 de la production mondiale) et importateur (plus de 40 % des importations mondiales) au monde de viande de mouton. Et les trois pays exportateurs majeurs sont l’Australie (550 000 téc), la Nouvelle-Zélande (380 000 téc) et le Royaume-Uni (88 000 téc).
« En 2026, la production mondiale stagnera sous l’effet de la diminution en Océanie et en Europe. Les cheptels sont affaiblis par les sécheresses récurrentes et le retour d’El Niño en Australie pourra conduire à une décapitalisation ; or l’île-continent n’élevait plus que 74 millions d’ovins, soit 46 millions en moins en 30 ans en raison du recul de la production de laine ». 

Un marché d’ovins vifs très concentré

Sur les 14 M d’ovins vifs exportés dans le monde l’an passé, près de la moitié ont été livrés en Arabie saoudite. Et ils proviennent en grande majorité des pays de la Corne de l’Afrique.
La Somalie a envoyé 2 M d’ovins, le Soudan 3 M, Djibouti 0,83 M et la Jordanie 1 M, même si cette dernière semble être un hub britannique et syrien. En effet, plus d’1,2 M de bêtes expédiées du Royaume-Uni (0,8 M) et de Syrie (0,4 M) y ont transité avant d’être acheminées vers d’autres destinations orientales.
Mais en 10 ans, l’Australie (300 000 têtes) a divisé par six ses envois d’ovins vifs vers le Moyen-Orient.
Par ailleurs, 2,5 M d’ovins de l’Union européenne (Roumanie, Espagne, Portugal essentiellement) sont acheminés sur la côte sud et est de la Méditerranée.
En marge du marché d’ovins vifs arabo-africain, géographiquement très concentré, la commercialisation se caractérise par une constellation d’échanges d’animaux entre pays voisins de confession religieuse souvent différente.
La Russie et la Géorgie chrétiennes approvisionnent l’Azerbaïdjan musulman (173 000 bêtes). Dans les Balkans, la Serbie vend des animaux à la Bosnie-Herzégovine. En Afrique, ce sont les pays de tradition pastorale (Burkina, Mali, Namibie) qui expédient des animaux en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Guinée et en Afrique du Sud.