La production mondiale de volailles est estimée à 154,4 Mtéc. Elle a progressé de 15 % depuis 2020. Mais en Union européenne, elle croît proportionnellement moins que dans le reste du monde (+ 0,63 Mtéc de volailles depuis 2020, + 4,6 %). La France n’est plus que le 4ème pays européen producteur de volailles. Sa production décroche, dépassée par l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne. Plus d’un poulet sur deux consommés en France est importé.
« Sur l’ensemble de l’année 2025, la consommation française de viande de volaille progresse de 3,2 %, tirée par le poulet, seule viande de volaille en augmentation (+ 5,5 %). Le déficit des échanges extérieurs de viande s’accroît de 43,5 milliers de tonnes équivalent carcasse (Ktéc) pour s’établir à – 508,0 Ktéc. En valeur, il passe de – 1,30 milliard d’euros (Mds d’€) en 2024 à – 1,72 Mds d’€ en 2025 », analyse Agreste, la statistique agricole. Par ailleurs, ce déficit commercial est avant tout réalisé avec nos partenaires européens.
« Les importations représentent désormais 40 % de la consommation française de poulet et, si on intègre les exportations, la France atteint seulement 83 % d’autosuffisance », ajoute Jean-Paul Simier, l’un des contributeurs de l’édition 2026 du Cyclope « Les marchés mondiaux ».
La situation de la France est singulière. Une vingtaine d’années auparavant, elle était le 1er pays européen producteur de viande de volailles. Et elle était excédentaire.
Aujourd’hui, la Pologne est leader devant l’Espagne, l’Allemagne et la France reléguée à la 4ème position. « Depuis 20 ans, le pays a triplé sa production alors que la France a tout juste stabilisé la sienne », ajoute Jean-Paul Simier. Or, la consommation des Français ne cesse de progresser. Sur 5 ans, elle a crû de plus de 9,3 % et elle repose exclusivement sur les importations.
Grâce à la Pologne, à l’Allemagne et au retrait du Royaume-Uni depuis le Brexit, l’Union européenne, est le 4ème producteur au monde de poulets (14,3 millions de tonnes équivalent carcasses (Mtéc) – source FAO), le 3ème exportateur (2,06 Mtéc) et elle est globalement excédentaire de 1,10 Mtéc.
Sa production progresse annuellement de 200 Ktéc. Toutefois, elle ne permet plus de maintenir l’excédent commercial en volume au niveau de 2020 (1,5 Mtéc) car les Vingt-Sept ont entre-temps accru leurs importations de viande de 180 à 907 Ktéc. Le Brésil leur envoie environ 180 Ktéc de viande, la Thaïlande 150 Ktéc et l’Ukraine 120 Ktéc.
Le nouvel accord du Mercosur prévoit d’étendre à 350 Ktéc le contingent brésilien de poulets et la Thaïlande entame des négociations pour accroître elle aussi son quota.
Une production internationale en nette progression
L’Union européenne (14,3 Mtéc) produit l’équivalent de 9 % de la production mondiale (154,4 Mtéc), soit 1 point de moins qu’en 2020. En effet, sa production croît (+ 0,63 Mtéc de volailles depuis 2020, + 4,6 %) proportionnellement moins vite que le reste du monde (+ 20 Mtéc ou + 15 %).
Un tiers de cette production mondiale supplémentaire est chinoise (+ 6,3 Mtéc en cinq ans). Dorénavant, l’Empire du Milieu (28,9 Mtéc) équilibre sa balance commerciale alors qu’il y a six ans, elle était déficitaire de près de 1,8 Mtéc.
Le Brésil (15,5 Mtéc) n’est plus la locomotive de la filière avicole mondiale. Sa production a régressé de 500 Ktéc en six ans mais le pays reste le premier exportateur au monde (5,1 Mtéc) devant les États-Unis (3,4 Mtéc pour une production de 24,3 Mtéc).
Une grande partie de la croissance de la production mondiale de volailles est en fait portée par des pays qui renforcent leur taux d’autosuffisance ! La Russie (5,8 Mtéc en 2025) a accru de 25 % sa production, ce qui la rend plus autosuffisante : ses importations ont diminué de moitié à 120 Ktéc.
Le cas d’école est l’Inde, le pays le plus peuplé du monde et qui a fait le choix de l’autosuffisance agricole. Sa production de volailles a explosé (5,4 Mtéc ; +38 % en six ans). La plus grande démocratie au monde est ainsi devenue le 6ème producteur mondial de volailles tout en étant absente des marchés de l’import et de l’export. « Le pays se dote d’une filière de transformation industrielle et abandonne le modèle paysan », souligne Jean-Paul Simier.
Accélérer l’essor de l’offre française
La France ne suit pas cette voie. Depuis des années, l’Hexagone ne produit plus la viande de poulet que les Français consomment en plus chaque année (+ 3 à + 5 % par an depuis 5 ans). Horizon 2035, leur consommation est estimée à 30 kg par habitant et par an, selon l’Anvol, l’Interprofession volaille de chair. À production constante, le déficit commercial de viande atteindra 720 Ktéc (+ 200 Ktéc) en volume et s’élèvera à 2,5 Mds d’€ ( – 0,7 Mds€).
Pour reconquérir 33 % des volumes importés à moins de 1 sur 3 d’ici 2035, contre plus de 1 sur 2 aujourd’hui, environ 2 200 poulaillers devront être construits et près de 3 Mds d’€ investis, défend l’Anvol. Ce plan (cf. encadré) se substitue à celui proposé il y a quelques années de construire 400 poulaillers à l’horizon 2030 pour relocaliser 20 % de la consommation de poulet importée.
« Dans le cadre du Grand Réveil Alimentaire, à la demande de la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, l’Interprofession a établi un plan d’actions à 2035 pour les volailles en prenant aussi en compte l’évolution de certains modes de production, comme le développement des poulets sous démarche du type – ECC (European Chicken Commitment – « Engagement Européen du Poulet ») (1), en fonction de la demande du marché et en complément de l’offre déjà disponible en France ».
(1) Cahier des charges spécifiques au-delà de la réglementation européenne.
Le plan de reconquête de souveraineté partielle
L’Anvol chiffre à près de 3 Mds d’€, le plan de reconquête partielle de la souveraineté française sur le marché du poulet et par ricochet de l’ensemble des productions de volailles. Son objectif majeur : atteindre l’autosuffisance en volailles. Or, actuellement, elle est de 83 %.
À cette fin, la France doit avoir les capacités de compenser la croissance de sa consommation de poulet et ne plus avoir à importer qu’un tiers des carcasses consommées et non plus la moitié comme c’est le cas actuellement.
Ce plan de reconquête se décline ainsi :
– 1,4 Mds d’€ pour construire 2 200 bâtiments d’élevage d’environ 1 500 m² à construire en 10 ans (ou 90 élevages de 2 à 3 poulaillers par an) ; Y seront élevés des poulets, des canards ou encore des pintades.
– 800 M€ pour bâtir 8 abattoirs d’une capacité de 750 000 poulets par semaine ou 5 de plus d’1 million d’animaux par semaine ;
– 100 M€ pour créer 4 couvoirs d’une capacité de 60 millions de poussins par an ;
– 157 M€ pour la constitution de 105 nouveaux poulaillers dédiés à l’élevage des reproducteurs (d’une capacité d’environ 20 000 animaux) ;
– 367 M€ réservés aux 6 nouveaux sites de fabrication de nutrition animale nécessaires, d’une capacité de 250 000 t/an.
« En écho à la reprise de la consommation des poulets fermiers Label Rouge, la filière estime à environ 600 poulaillers, soit 60 de 400 m²par an, l’offre supplémentaire nécessaire pour répondre à la hausse de la demande », ajoute l’Interprofession Anvol.
La loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole votée par le Parlement français la satisfait. L’article 17 donne la possibilité au gouvernement de légiférer par ordonnance pour créer un régime environnemental spécifique à l’élevage (ICPE – installations classées pour la protection de l’environnement).
En aviculture, seuls les projets d’élevage de plus de 85 000 places seraient alors soumis à l’autorisation (le seuil est actuellement de 40 000 places), impliquant notamment des frais de dossier considérables (20 à 40 k€), et l’ouverture d’une enquête publique coûteuse, avec le risque de susciter un vaste mouvement d’opposition et de recours judiciaires, émanant d’individus et d’associations qui ne sont pas directement concernés par le projet de poulailler. Actuellement, ces recours allongent considérablement les délais de construction et de mise en service des nouveaux bâtiments.
Cette loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricole motivera probablement les céréaliers à réintroduire une activité d’élevage sur leur exploitation, en particulier ceux situés dans des zones intermédiaires. Elle diversifiera leurs revenus, les rendra plus autonomes pour fertiliser leurs cultures et enrichira les sols de leurs parcelles en matière organique.