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Revenus 2023 des producteurs de bovins viande et lait : en baisse malgré des prix soutenus

Dans les exploitations agricoles spécialisées, l’augmentation du produit de la vente des animaux et du lait était suffisante l’an passé pour compenser la hausse des charges mais pas la baisse des aides Pac. La baisse des revenus n’a quasiment épargné aucun système d’élevage. Les pertes ont été les plus importantes dans les exploitations polyculture-élevage où la production de céréales représente une part importante des activités de ces systèmes. La chute de leur résultat courant est alors avant tout imputable à la faiblesse des prix des grains.

En production laitière l’an passé, les systèmes « Lait de montagne de l’est » sont les seuls à avoir vu leur résultat courant par unité de main d’œuvre (RC/UMO) progresser l’an passé  (40 500 €/UMO ; + 600 €/UMO), selon l’Institut de l’élevage (Idele). Les hausses du prix payé du lait (+41 €/1 000 l) et du produit lait (8 400 €/UMO) ont compensé la baisse des aides Pac et l’augmentation des charges de structure auxquelles la quasi-totalité des éleveurs n’ont pas pu échapper, quel que soit leur système de production. En effet, la nouvelle Pac n’est pas favorable à l’élevage bovin et comme les RC/UMO des producteurs laitiers avaient fortement progressé en 2022, leurs prélèvements sociaux ont mécaniquement augmenté. 

Les résultats courants des trois autres systèmes laitiers conventionnels identifiés par l’Idele ont reculé l’an passé. Or le prix des 1000 litres de lait payés 486 € a augmenté de 26 € en moyenne l’an passé et la marge brute MILC a atteint 151 €/1 000 l (moyenne annuelle). Mais cela n’a pas suffi pour maintenir les revenus des éleveurs à leur niveau de 2022.

L’an passé, les systèmes « polyculture-élevage » ont accusé la baisse de revenu la plus forte parmi les systèmes « Lait ». Selon l’Idele, la chute de 40 000 €/UMO (-39,6 %) du résultat courant à 44 000 € est avant tout imputable au recul du produit cultures de vente (-28 200 €/UMO).

En conséquence, les systèmes « spécialisés lait de plaine » (55 100 €/UMO) et « Lait et viande » (57 600 €/UMO) réalisent les RC les plus élevés de la filière laitière. Pour autant, ils ont diminué de 6 100 €/UMO pour les premiers et de 16 500 €/UMO pour les seconds.

En fait, ces systèmes ont été victimes, là encore, de l’effondrement des ventes de leurs céréales. Mais les producteurs « Lait et viande » ont aussi pâti de la surconsommation d’aliments achetés (+28 % sur un an) générée par la piètre récolte de fourrages en 2022.   

En zone de piémonts, la baisse du résultat courant de 2 000 €/UMO à 27 100 €/UMO est d’abord imputable à celle des aides Pac (-2 800 €/UMO). 

Tous systèmes confondus, les baisses de revenu des éleveurs laitiers vont freiner le rétablissement financier des exploitations laitières observé depuis trois ans. 42 % des exploitations laitières étaient peu endettées en 2022 (+11 points en trois ans).

Production bovine

Malgré la conjoncture favorable du marché de la viande bovine l’an passé, les exploitations agricoles productrices de bovins viande accusent des pertes de revenu impressionnantes par rapport à 2022 rapporte l’Institut de l’élevage. Selon les systèmes de production, le résultat courant par unité de main d’œuvre (RC/UMO) a diminué de 20 % à 75 %.

En 2023, les montants des aides Pac versées ont diminué de 7 % à 11 % selon les systèmes d’élevage. L’inflation a fortement accru les charges. Et plus les exploitations productrices de bovins viande ont produit des céréales, plus elles ont été victimes de la faiblesse des prix des grains commercialisés.

Les exploitations agricoles « diversifiées grandes cultures et naisseurs» encaissent les baisses de revenu les plus importantes. En 2023, le RC/UMO (20 300 €) était inférieur de 75 % (ou de 65 000 €) à celui de 2022. Dans certaines exploitations, le RC/UMO est déficitaire!

Mais dans ces entreprises, la production de céréales représente une part importante de leur chiffre d’affaires. Or le produit de la vente des grains a diminué de 49 100 €/UMO sur un an alors que celui des animaux n’a augmenté que de 7 300 €/UMO. Au final, la baisse des aides Pac a eu un faible impact (-3 700 €/UMO) sur le revenu.

Polyculteurs-éleveurs, les grands perdants

Pour les mêmes raisons, les éleveurs naisseurs-engraisseurs producteurs de céréales voient leurs revenus diminuer de 60 % l’an passé (45 000 €/UMO ; – 58 600 €/UMO). Mais en engraissant leurs animaux, cette catégorie de producteurs a davantage bénéficié de la conjoncture favorable du marché de la viande bovine. Le produit des ventes d’animaux a progressé de 13 000 €/UMO.

Les exploitations agricoles spécialisées « naisseurs engraisseurs de jeunes bovins intensifs » ont mieux résisté que les autres catégories à la hausse des charges et surtout à la baisse des aides Pac. En moyenne, le RC/UMO (40 600 €) a diminué de 20 % en un an.

Dans ces exploitations, l’activité céréalière a aussi plombé le résultat courant. Mais sans la baisse des aides Pac, la croissance du produit vente de bovins (+ 11 700 €/UMO) aurait quasiment compensé l’augmentation des charges. Aussi, la diminution du RC/UMO aurait été moitié moindre (environ 5 000€/UMO) et uniquement imputable à  la mévente des céréales.

Le résultat courant des exploitations spécialisées « naisseurs engraisseurs veaux sous la mère », « naisseurs intensifs » et « naisseurs extensifs » sont compris entre 20 000 €/UMO et 26 000 €/UMO. Sur un an, le repli observé atteint parfois 7 000 €/UMO.

Ces catégories d’éleveurs sont les principales victimes de la réforme de la Pac car les aides perçues chaque année sont souvent supérieures à leur résultat courant.

La situation des exploitations « spécialisées naisseurs extensifs »  (26 600 €/UMO) est un cas d’école: sans la baisse des aides, leur résultat courant serait équivalent à l’an passé (30 400 €), les charges supplémentaires de l’année et la diminution du produit de la vente des cultures auraient largement été atténuées par les ventes de bovins. Le constat est le même pour éleveurs spécialisés « naisseurs intensifs » (RC/UMO = 25 300 €, – 4 900 €/UMO sur un an).

Les exploitations agricoles « spécialisées naisseurs engraisseurs veaux sous la mère » sont nombreux à se réorienter pour devenir des « naisseurs spécialisés ». Leur activité n’est plus rentable. Par rapport à leur niveau de revenu (20 000 €/UMO en 2023 ; -7 700 €/UMO),  la diminution des aides (4 700 €/UMO) a été proportionnellement la plus élevée.

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Relance de l’engraissement

« La relocalisation de l’engraissement en France semble porter ses fruits », observe l’Institut de l’élevage (Idele). Les sorties de jeunes bovins et génisses compensent presque la baisse des abattages de vaches allaitantes.

Sur les semaines 4 à 11 couvrant les mois de février et mars, le nombre de jeunes bovins abattus était en hausse de près de 2% par rapport à 2023, note l’Idele. Toutes les catégories d’animaux sont orientées à la hausse : +1,9% pour les JB de type viande, +1,6% pour les JB de type lait, + 3,5 % pour les génisses et +1,6 % pour les bœufs.

Au cours de cette même période, moins de gros bovins ont été conduits à l’abattoir (-1,4 %). Le nombre de vaches allaitantes réformées a diminué de 7,9% et celui de réformes laitières est quasi-stable.

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