Malgré la bonne récolte de céréales à paille, l’AGPB estime le revenu moyen des scopeurs à -18,1 K€ par actif non salarié. L’association spécialisée de la FNSEA incrimine la faiblesse des cours des grains et les prix élevés des engrais. A Bruxelles, elle demande à la Commission européenne la constitution de stocks stratégiques qui désengorgeront les marchés des céréales et de porter le prix d’intervention du blé à 170 €/t.
Pour la troisième année consécutive, les revenus des scopeurs seront négatifs alors que les rendements de blé (74q/ha), d’orges d’hiver et de printemps (71 q/ha et 59 qx/ha) et de blé dur (57 q/ha) sont un peu supérieurs à la moyenne quinquennale. Selon l’AGPB, l’assemblée générale des producteurs de blé, une association spécialisée de la FNSEA, le revenu moyen d’un scopeur en 2025 serait de – 18,1 K€ par actif non salarié, hors aides Pac. Celui-ci a été calculé sur la base d’un prix de vente moyen sortie ferme de la tonne de blé de 160 € (cf encadré). Or son coût de production est estimé à 230 € ! Autrement dit, il manque 70 € par tonne de blé pour rendre la culture rentable et dégager un revenu.
Et avec un rendement moyen de 74 quintaux par hectare, la perte de chiffre d’affaires est de près de 500 € par hectare.
L’an passé, le revenu des scopeurs était de – 31,5 K€/actif non salarié et en 2023 de -0,6 K€/actif non salarié. Sur trois ans, les scopeurs cumulent un revenu négatif de -50 K€.
Ils sont en fait victimes de l’effet ciseaux (baisse des prix de vente et hausse des coûts de production) constaté depuis 2022 même si l’écart s’est réduit ces derniers mois. Par ailleurs, les aides Pac sont inférieures de moitié en Euros constants à 2021. La différence porte sur 180 € par hectare soit, pour une exploitation de 150 hectares, un manque à gagner de 27 000 €.
Sur dix ans, les aides ainsi « perdues », ou qui n’ont pas été versées, s’élèvent à plusieurs centaines de milliers d’euros par exploitation!
Enfin, les coûts de production des céréaliers français sont renchéris par des normes européennes sur-transposées sur le territoire national.
Passer le cap et financer la prochaine campagne
Ce début d’automne, on ne compte plus les céréaliers dans l’incapacité de financer leur emblavement faute de trésorerie suffisante.
Pour tenter de remédier à la situation, le président de l’AGPB a dressé deux listes de revendications, la première destinée au gouvernement français et la seconde à la Commission européenne.
Pour atténuer les pertes des céréaliers, Eric Thiruoin souhaite que la MSA ouvre des enveloppes pour prendre en charge une partie de leurs charges sociales. Les prêts garantis par l’Etat doivent être aussi reconduits et l’épargne de précaution être déblocable pour des raisons économiques.
A Bruxelles, l’AGPB souhaite que la Commission européenne prenne un certain nombre d’initiatives qui réinscriraient la PAC dans ses fondamentaux.
Puisque les céréaliers scopeurs doivent leurs difficultés aux aléas du marché, la réserve de crise du budget européen doit être activée.
Tout d’abord réévaluer le prix d’intervention et le porter à 170 € par tonne. A ce niveau, la Commission pourrait retirer plusieurs millions de tonnes de blé pour assainir le marché européen et tenter de le rendre plus rémunérateur.
La conjoncture géopolitique actuelle et la multiplication du nombre de conflits jusqu’aux frontières de l’Union européenne devraient inciter la Commission européenne à constituer des stocks stratégiques de plusieurs millions de tonnes de grains. La Finlande en dispose depuis deux-trois ans et la Chine affirme sa souveraineté dans monde, en partie grâce à ses stocks de blé, de maïs et de riz de près de 400 Mt. Ils représentent l’équivalent d’une année de consommation.
Ces réserves permettent d’affirmer sa souveraineté alimentaire et de peser sur les marchés des céréales en adoptant des positions fortes. L’Union européenne n’a pas à se soumettre aux règles commerciales de l’Organisation mondiale du Commerce auxquelles ses partenaires et concurrents sont de moins en moins nombreux à respecter.
Enfin l’AGPB souligne que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) ne doit pas s’appliquer aux engrais alors que le marché européen rencontre des difficultés pour s’approvisionner à des prix compétitifs.
En France, cette taxation s’ajouterait aux différentes règles distorsives auxquelles le pays est déjà confronté, comparées à celles en vigueur chez ses voisins. L’évolution du cadre réglementaire de la Pac est un des quatre principaux enjeux des céréaliers pour les dix prochaines années, le premier étant évidemment l’évolution des prix de marché, selon le Baromètre céréalier 2025 de l’AGPB mis à jour chaque année.
Même si les réflexions pour la nouvelle Pac post 2027 n’en prennent pas le chemin, l’AGPB revendique la revalorisation, en Euros constants, des aides Pac pour les aligner à leur niveau de 2002. Autrement dit, cela reviendrait à les doubler.
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Prix des céréales
Une multitude de facteurs concourent à la baisse continue des cours du blé constatée depuis le début de l’été. Elle n’épargne aucun pays exportateur même si ses effets sont disparates.
La production mondiale de blé (816 Mt) couvre allègrement la demande cette campagne-ci bien que sa demande ne cesse d’augmenter chaque année. La France rencontre des difficultés pour exporter son blé en Afrique où la Russie exerce de plus en plus de pression pour écouler sa propre récolte vil prix. La Chine restreint aussi ses achats de près de 30 Mt depuis deux ans. Et le cours de l’Euro vis-à-vis du dollar renchérit d’emblée les prix en monnaie européenne. Par ailleurs, les Etats-Unis ont surpris les marchés en annonçant une récolte étasunienne de 427 Mt, supérieure de 50 Mt à l’an passé. Faute de débouché, une partie de cette récolte sera stockée. Cette abondance oriente l’ensemble des cours des grains à la baisse sans réelle perspective de redressement à court terme.