Raisonner une stratégie de lutte intégrée

Anticipation et surveillance sont les précieuses alliées d’un stockage réussi. Sans exclure les mesures curatives si nécessaires, la lutte intégrée limite fortement les risques.

© Fontaine Silo

Le stockeur est acteur de la préservation, voire de l’amélioration de la qualité des grains. L’application des bonnes pratiques s’avère en la matière indispensable pour éviter toute dégradation via les insectes ou moisissures, mais aussi les pertes de matières sèches et de propriétés technologiques. Arvalis recommande d’ailleurs la mise en place d’un véritable itinéraire de lutte intégré s’appuyant sur des opérations de prophylaxie, une surveillance et d’éventuelles mesures correctives. Aperçu des bonnes pratiques de stockage en quatre étapes.

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Toutes les clés pour sécuriser qualité et rentabilité

  • Les nouveaux défis climatiques du stockage.
  • Les leviers clés : de la ventilation à l’automatisation.
  • 8 règles essentielles pour préserver la qualité et la valeur des récoltes.

Avant la moisson

Le nettoyage des installations doit inclure le matériel de récolte, ainsi que les bennes de transport, les extracteurs et évents. Les grains et poussières étant favorables au développement des insectes, aspirateur, balai et brosse sont des alliés indispensables pour extraire les amas résiduels qui pourraient contaminer la récolte à venir.
Il est judicieux de profiter de cette étape pour vérifier le fonctionnement et l’intégralité des équipements et installations. Une moissonneuse batteuse bien réglée préservera les grains et limitera les impuretés, facilitant la ventilation et limitant le développement potentiel de certains insectes. En la matière, en cas d’infestation avérée, il est préférable de prévoir un traitement préventif sur les parois des bâtiments de stockage. Plusieurs solutions sont possibles : les produits insecticides, les poudres minérales, ainsi que la lutte biologique grâce à des lâchers d’auxiliaires. Au niveau du bâtiment toujours, la toiture et les bardages constituent des protections indispensables contre la pluie, les rongeurs et oiseaux qu’il est pertinent de vérifier pour intervenir en cas de dégradations. Les trous permettant l’accès des prédateurs seront condamnés.

Allié de la conservation, le bon fonctionnement du matériel de ventilation mérite une attention particulière afin de s’assurer du sens de rotation du ventilateur, de l’absence d’obstruction ou de fuite dans le circuit de ventilation. Le positionnement de certains équipements peut également être défini à cette étape. Le contrôle du matériel de manutention, de thermométrie et d’automatisation qui sera fortement sollicité à la moisson est également à prévoir.

À la moisson

Arvalis recommande de déterminer l’aptitude des grains au stockage pour envisager des mesures correctives telles que le nettoyage et le séchage si besoin. Le premier critère déterminant cette aptitude concerne la teneur en eau qui ne devra pas dépasser les 14 % pour les céréales et les protéagineux, ou 8 % pour le colza et le tournesol. Facteur déterminant de l’activité biologique des grains et des développements fongiques, cet élément ne doit pas être laissé au hasard.

La propreté du lot mérite également d’être prise en compte pour son impact sur l’efficacité de la ventilation et donc l’accentuation du risque de développement d’insectes. La part de balles, débris végétaux et brisures de grains, peut être estimée visuellement.
Les équipements de ventilation nécessitent d’être positionnés de manière conforme aux préconisations en fonction du type de matériel et de la hauteur des tas pour éviter les zones non ventilées. La mise en place de capteurs fixes ou mobiles de température est également recommandée pour un suivi efficace.

Afin d’éviter les dysfonctionnements de la ventilation, sachant que l’air passera préférentiellement par les zones les moins résistantes, il convient d’éviter la formation de cônes. De manière générale, la hauteur des tas devra être la plus homogène possible.

Ne pas ventiler en circuit fermé

Si l’air aspiré par le ventilateur est l’air chaud sortant du grain, il devient impossible d’obtenir un refroidissement. Ce recyclage de l’air de ventilation intervient lorsque le ventilateur se situe dans le local où se trouve le stockage et qu’il y a un déficit d’aération. Dans le cas de ventilation en dépression, le bâtiment doit être suffisamment aéré pour éviter ce phénomène. Pour les ventilateurs souffleurs, une aspiration à l’extérieur doit être aménagée ainsi qu’une évacuation de l’air échauffé en toiture.

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© Fontaine Silo

Gérer le stockage

Pour un stockage de qualité, le refroidissement doit être assuré au plus vite dès la réception du grain. Son suivi sera ensuite réalisé de manière rigoureuse tout au long du stockage.
Ce refroidissement vise à amener la température à moins de 8°C en utilisant l’air ambiant. Il est couramment réalisé en trois ou quatre paliers successifs, en s’adaptant aux conditions météorologiques locales. De manière générale, le premier palier recherché dès la récolte s’établit entre 20 et 25°C. Il permet de limiter l’activité physiologique du grain ainsi que le développement des insectes. Le deuxième palier se situe entre 15 et 18°C. Le troisième jusqu’à atteindre une température de 10°C à 12°C permet d’interrompre la reproduction de toutes les espèces d’insectes ravageurs des grains. Ces deuxièmes et troisièmes paliers ne doivent pas être négligés à l’automne pour éviter un écart de température trop important ensuite entre l’air et le grain qui pourrait provoquer des condensations. Le quatrième palier à 5°C permet d’assurer une température inférieure à 12°C jusqu’au printemps et peut provoquer la mortalité de certains insectes.
Le refroidissement est couramment effectué la nuit et la ventilation est interrompue le jour quand le différentiel de température entre l’air ambiant et le grain se réduit. Assuré par le passage de l’air froid dans le tas, lequel se réchauffe progressivement, le refroidissement sur l’ensemble de la hauteur stockée est progressif. Il convient de s’assurer que la température visée est obtenue sur toute la hauteur du tas avant d’interrompre la ventilation au risque d’une dégradation du grain si le processus était incomplet.

Outre le refroidissement, la température s’avère l’indicateur principal du suivi de la qualité en cours de stockage. Il a deux objectifs dont celui de vérifier que les paliers de température sont bien atteints et donc d’arrêter la ventilation. Il permet également de repérer toute montée en température. Sachant que le grain fonctionne comme un isolant, la mesure de la température reflète celle de l’endroit où elle est prise. Aussi, afin d’améliorer la détection d’un point chaud, la mise en route de la ventilation durant quelques minutes permet de faire migrer ces degrés supplémentaires vers la zone de mesure.

Des pièges, notamment ceux de types « tubes perforés », apparaissent également particulièrement efficaces pour détecter les insectes non volants qu’ils soient primaires ou secondaires.

Intervenir au stockage

Si un phénomène de point chaud est mis en évidence, un refroidissement s’impose ainsi qu’idéalement un déplacement des grains concernés. Ce dernier présente l’avantage de permettre d’évaluer l’étendue du problème y compris d’y repérer des insectes pouvant nécessiter une intervention.

Si ceux-ci sont détectés, il est judicieux d’informer l’organisme qui réceptionnera le lot pour gérer le risque. Le traitement doit être mentionné pour éviter tout double traitement et dépassement de limite de résidus. Plusieurs solutions de lutte contre les insectes existent : chimiques, mécaniques ou de biocontrôle.

Faut-il ventiler par temps humide ?

Il est préférable de ne pas reporter le refroidissement du grain à l’automne par crainte d’une réhumidification du grain. Celle-ci serait en effet limitée au grain en contact avec l’arrivée de la ventilation et reste moins risquée que le maintien d’une température élevée ou le risque de condensation ultérieur si l’écart de température est trop élevé.

Liste de contrôle

  • Nettoyer les installations, y compris tout le matériel en contact avec les grains.
  • Vérifier le fonctionnement du matériel de ventilation et l’étanchéité du bâtiment.
  • S’assurer de l’aptitude du grain au stockage : maturité, humidité et propreté.
  • Positionner précisement la ventilation et les capteurs de température.
  • Alotir (séparer le grain mûr/pas mûr, sec/humide).
  • Refroidir rapidement (dès la moisson) et respecter les paliers.
  • Toujours ventiler avec de l’air plus froid que le grain.
  • Ventiler en respectant les écarts de température.
  • Contrôler régulièrement la température du tas.
  • Intervenir lorsqu’un point chaud est mis en évidence.