La crise du Golfe Persique, son blocus et les bombardements des usines de fabrication d’engrais azotés ont généré une flambée des prix. Sur les marchés oligopolistiques des engrais phosphatés, trois pays se sont retirés.
Lors d’un point presse organisé le 12 mai dernier par FranceAgriMer, à l’issue du conseil spécialisé grandes cultures, un des sujets traités portait sur les prix auxquels se négocient dorénavant les différentes catégories d’engrais. En deux mois et demi, les cours ont flambé, même ceux qui sont commercés à des milliers de kilomètres du Golfe Persique, bloqué par l’armée iranienne et la marine américaine.
En Arabie saoudite, la tonne se vendait 800 dollars le 8 mai dernier et 653 dollars aux Etats-Unis. « Tous engrais confondus, les prix se stabilisaient à des niveaux très élevés », soulignait FranceAgriMer. Comparés à leurs niveaux d’avril 2025, ils avaient doublé en Arabie saoudite et aux Etats-Unis, ils étaient supérieurs de 75 %.
Or en France, les prix des céréales ont à peine décollé. Aussi, à 251 %, le ratio prix de l’urée/prix du blé bât tous records. Dorénavant, une tonne d’engrais azoté vaut 3,5 tonnes de blé.
En janvier 2023, le ratio était plus faible : la tonne d’urée 734 € mais la tonne de blé valait 410 €.
Et avant la crise de la Covid 19 et l’entrée en guerre de l’Ukraine, une tonne d’urée équivalait 1,3 tonne de blé !
Une nouvelle flambée en Automne
Selon Josh Linville, vice-président de la division Engrais chez StoneX l’accalmie actuelle, observée sur les marchés des engrais, est temporaire. Il redoute une nouvelle flambée des prix. Sur le site Ukragoconsult, il en donne les raisons.
« Le marché mondial des engrais est dans une impasse : les producteurs ne peuvent baisser significativement leurs prix en raison des coûts de production élevés, tandis que les acheteurs hésitent à acheter activement du fait de la faible rentabilité de leur application. Le plus grand risque concerne les engrais phosphatés, dont les prix pourraient ne pas baisser avant la saison des semis d’automne », a déclaré Josh Linville, vice-président de la division Engrais chez StoneX, une société financière.
D’après lui, la situation sur le marché mondial des engrais phosphatés continue de se détériorer. Cinq pays contrôlent la majeure partie de ce marché et plusieurs fournisseurs clés rencontrent actuellement des problèmes d’approvisionnement.
La Chine, habituellement l’un des leaders du marché, n’exporte plus d’engrais phosphatés depuis début 2026. Les restrictions devraient rester en vigueur au moins jusqu’en août, voire plus longtemps. L’Arabie saoudite, en raison de la fermeture du détroit persique, est contrainte d’acheminer ses produits via sa côte ouest, mais les volumes exportés sont nettement inférieurs à la normale.
La faiblesse de la production aux États-Unis exerce une pression supplémentaire. Mosaic, l’un des plus grands producteurs mondiaux d’engrais phosphatés et potassiques, a déjà annoncé des révisions à la baisse de ses prévisions de production pour 2026 en raison du coût élevé du soufre, de l’ammoniac et de l’ammoniac anhydre.
En conséquence, les prix élevés des engrais phosphatés pourraient persister malgré une faible demande.
« Aussi absurde que cela puisse paraître, nous avons peut-être déjà atteint le prix le plus bas du phosphate pour 2026, à moins de changements majeurs sur le marché mondial », a déclaré l’expert.
D’après lui, les producteurs ont des raisons objectives de maintenir des prix élevés, car les coûts de production restent importants. Parallèlement, les acheteurs ont également des raisons de reporter leurs achats, les agriculteurs étant réticents à prendre des risques supplémentaires liés aux fluctuations des prix.
Mais selon Josh Linville, les engrais potassiques semblent mieux valorisés par rapport aux prix des céréales, ce qui pourrait maintenir une activité commerciale soutenue sur ce segment.
L’expert a également souligné l’évolution du marché des engrais azotés. « L’Égypte a instauré une taxe à l’exportation de 90 dollars par tonne sur les produits azotés afin de freiner les exportations et de réserver davantage d’engrais au marché intérieur », ajoute Josh Linville.
Le gouvernement égyptien est de plus en plus actif sur le marché des engrais.