Sur les marchés des céréales, la Chine vieillissante sera un acteur secondaire en 2035

L’augmentation de la production chinoise de céréales, combinée à une demande en repli, rend l’Empire du milieu moins dépendant de l’import et des marchés. La stratégie de déstockage se poursuit. A l’export, l’Australie et le Canada vont perdre un débouché important.

En 2023-2024, la chute de moitié des importations chinoises de céréales n’est pas un mirage.

Cette campagne-ci, la Chine n’importerait que 30 Mt de grains car elle en récolterait 449 Mt dont 140 Mt de blé, 299 Mt de maïs complétées par 10 Mt d’autres céréales secondaires. Et elle n’hésite plus à puiser dans ses stocks pour pourvoir à ses besoins intérieurs.

Aussi, le pays importerait 6 Mt de blé selon le Conseil international des céréales mais aussi 7 Mt maïs, 11 Mt d’orges et 5 Mt de sorgho. L’Union européenne (UE) se disputera alors, avec l’Empire du milieu, la première place du premier pays importateur au monde de grains avant de le devancer définitivement dans deux-trois ans.

Mais la Chine ne sera plus alors dans dix ans le chef d’orchestre du début des années 2015-2023, capable de modifier le bilan d’une campagne de commercialisation dès qu’il venait aux achats.

En fait, ses besoins changent, soutient Argus Média France, ex-Agritel, l’expert des marchés des commodités agricoles. Depuis 2021, la population chinoise décline et surtout elle vieillit. Aussi, elle consommera moins de viande de porc et de volaille.

Parallèlement, l’augmentation des rendements des céréales, permis par le recours à l’édition génomique et au progrès agronomique, permettront au pays de récolter toujours plus de grains.

Le déstockage, la variable d’ajustement

Enfin, la politique de déstockage entamée depuis deux-trois ans se poursuivra tout au long des dix prochaines années. Aussi, les importations ne seront plus la variable d’ajustement récurrente pour équilibrer les campagnes céréalières.

En 2035, l’Empire du Milieu récolterait 320 Mt maïs. Il n’importerait alors que 4 Mt de maïs et 2 Mt de blé. Ces objectifs sont tout à fait atteignables.

Selon l’OCDE, « la Chine, l’Inde et l’Union européenne représenteront alors 46 % de la production mondiale de blé…..S’agissant du maïs, la production chinoise progresserait de 27 Mt ».

L’industrie chinoise de l’alimentation animale s’approvisionnera davantage sur le marché intérieur et profitera de l’extension de l’élevage intensif aux dépens des pratiques coutumières. En 2034, elle transformerait 82 Mt de blé et 189 Mt de maïs selon l’OCDE.

Le Canada et l’Australie, les deux pays fournisseurs à plus de 95 % du blé et de l’orge importés par la Chine, devront trouver d’autres débouchés à l’export dans les prochaines années.

Mais l’Empire du milieu ne réduira pas son déficit d’orges et de sorgho. Ses récoltes limitées à 10 Mt pour une consommation de 29 Mt maintiendront les importations autour de 19 Mt.

Et en 2034, elle n’aura pas non plus réduit sa dépendance à l’égard de ses importations de soja. Sa production de 26 Mt (+7 Mt en 10 ans) sera complétée par des importations de près de 107 Mt pour couvrir des besoins estimés au bas mot à 131 Mt.