La nouvelle campagne de commercialisation de blé a débuté avec des stocks de report importants. Dans les bassins exportateurs où la production est en net repli, le climat des affaires est d’ores et déjà affecté par la sécheresse et par les blocages des ports russes et ukrainiens. Y naviguer et y accoster est devenu très risqué. Mais les pays importateurs ne se pressent pas pour faire leurs emplettes.
Dans le Bassin de la Mer Noire, dans les ports ukrainiens et russes, la perturbation du trafic maritime n’affole pas les marchés. Le cours du blé oscille depuis le début de la campagne entre une valeur plancher de 198 € la tonne et plafond de 220 € sur le marché de Rouen, au gré des informations parvenues des ports ukrainiens et russes, régulièrement bombardés.
Mais les échanges commerciaux ne sont pas non plus très dynamiques, les pays importateurs ont stocké courant 2025-2026 du blé alors bon marché, certains voient leur dépendance aux imports amoindrie par une bonne récolte et les pays exportateurs ont débuté la campagne avec des stocks importants qui pèsent sur les cours. A l’échelle mondiale, ils sont estimés 279 millions de tonnes (Mt), supérieurs de 20 Mt à la campagne précédente.
Enfin, les récoltes en Ukraine et en Russie sont loin d’être achevées. Aussi les problèmes logistiques inhérents aux récentes destructions des infrastructures portuaires ukrainiennes et la fermeture de la mer d’Azof impacteront réellement les échanges commerciaux une fois les récoltes engrangées.
Pour autant, l’Ukraine et la Russie devront rapidement écouler leurs grains car leurs capacités de stockages sont limitées. Par ailleurs, les pays ont besoin de devises pour financer leurs importations et leur guerre !
Dans les fermes, les céréaliers ukrainiens ne se pressent pas pour écouler leurs grains car les prix de vente sortie ferme sont fortement pénalisés par les frais d’acheminement et d’assurance imputés par les négociants.
Comme les ports d’Odessa sont devenus des zones risquées, de nombreux cargos préfèrent embarquer des grains dans les ports roumain (Constanta) et bulgares (Varna, Burgas). Les assureurs ne couvrent plus les navires présents dans les ports ukrainiens.
Mais le transport des grains par voies ferroviaires ou par camions est onéreux. Sur le Danube, où la navigation devient difficile faute d’étiage, les capacités du port d’Izmail sont aussi limitées.
Mutuellement paralysées
L’Ukraine envisage l’expédition de ses grains par la Slovaquie et la Hongrie frontalières par camions mais là encore, les capacités de transports n’excèderont pas d’ici la fin de la campagne, quelques centaines de milliers de tonnes de grains.
« Le ministre ukrainien de la Politique agraire et de l’Alimentation, Taras Vysotskyi, a déclaré sur le site d’Ukragroconsult, que même combiné à la voie du Danube, le transport ferroviaire ne peut remplacer qu’environ un tiers de la capacité auparavant assurée par les ports de la mer Noire ».
La Russie n’est pas mieux lotie. Selon Agritel, elle a fait le choix de fermer les ports de la mer d’Azof et suspendre, sur le détroit de Kertch, la navigation commerciale. Même le port de Novorossisk, qui donne directement sur la mer Noire, fonctionne au ralenti.
En fait, la Russie tente de protéger ses installations pétrolières des bombardements ukrainiens. Mais elle a aussi fait le choix de limiter ses expéditions de grains. Par ailleurs, la moisson de blé en Russie est moins avancée qu’en Ukraine.
La Russie peut compter sur ses ports baltiques et caspiens pour acheminer une partie de ses grains par cargos. Mais là encore, les capacités portuaires sont pour le moment très limitées.
Les opérateurs mesureront réellement les incidences commerciales de ces blocages portuaires lorsqu’ils auront réalisé que les stocks de fin de campagne 2025-2026 sont épuisés et lorsque la période d’abondance de grains a réellement pris fin.
Le département américain de l’Agriculture (USDA) a prévu début août une baisse de 11 % de la production de blé des sept principaux pays exportateurs pour la campagne 2026/27, tandis que leurs exportations (214 Mt) reculeraient de 7 % sur un an.
L’USDA souligne enfin « les incertitudes liées au retour attendu d’El Niño, qui pourrait influencer les récoltes en Australie et en Argentine. Ce contexte pourrait soutenir les cours mondiaux du blé ». Dans son dernier rapport, l’institut américain table sur des productions australienne et argentine de 49 Mt, inférieures de 14 Mt à l’été austral 2025-2026.
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Maïs, campagne de commercialisation 2026-2027: l’Union européenne, le 2ème importateur au monde
Dans son dernier rapport paru le 8 juillet dernier, l’USDA avait revu à la baisse sa prévision du mois précédent portant sur la production mondiale de maïs. Celle-ci serait inférieure à 1 300 Mt à 1 297 Mt. En cause, la récolte de grains en Union européenne à 53,7 Mt, en repli de 4 Mt sur un mois.
Mais le maïs que l’Union européenne ne produit pas, elle l’importera. Selon l’USDA, elle en importera même 22,5 Mt (+ 4 Mt sur un an). Aussi, reste-t-elle le 2ème importateur au monde de maïs. Selon la Commission européenne, l’Union européenne importerait même 24 Mt de grains.
Cette estimation américaine sera de nouveau abaissée puisque Agreste entrevoit une production française de maïs qui n’excèderait pas 9 Mt (semences incluses), la plus faible depuis 1980. Le rendement moyen est d’ores et déjà estimé à 70 q/ha.
A l’échelle de l’Union européenne, seules 50 Mt de grains seraient engrangées selon toujours Agreste. Sur un an, elle diminuerait ainsi de 10 Mt. La moitié de cette baisse est française. Les 5 Mt restantes sont réparties entre la Pologne, la Roumanie et la Hongrie entre autres.
A Bordeaux, la céréale se vend bien plus chère que les deux été précédents. En un mois, le prix de la tonne de grains a progressé de 20 € en moyenne à 240 €. Cette hausse est loin de compenser la chute attendue des rendements combinée à l’augmentation des coûts de production.