Dix ans après, Charles et Pierre Macé ont chacun un jeune fils intéressé par les métiers de l’entreprise agricole. Entre-temps l’activité d’arrachage du lin s’est fortement développée.
« Notre père est moins là maintenant, et avec mon frère nous avons chacun un fils qui semble intéressé avec des profils complémentaires. L’un de 16 ans aurait la fibre pour conduire les machines, et l’autre de 10 ans pour la mécanique », relate Pierre Macé, associé depuis 2009 avec son frère Charles au sein de la SARL à leur nom à Fontaine-le-Pin (14). Nous les avions rencontrés pour le numéro 11 d’ETA mag (juillet 2018). Même s’il est aujourd’hui encore un peu tôt pour se projeter dans l’opérationnel d’une transmission, il n’empêche que de nouvelles perspectives s’ouvrent aux deux associés de l’entreprise. « Nous commençons à nous projeter en ce sens », confirme Pierre.
Spécialisation dans le lin
Il y a dix ans, les associés avaient fait des choix très structurants pour leur ETA. L’abandon providentiel de l’arrachage des betteraves (avec la fermeture de la sucrerie de Cagny peu de temps après) avait été décidé principalement par un manque de motivation pour cette culture. En parallèle, décision était prise de se spécialiser dans le lin, la chaîne verte et le ramassage de cailloux, en plus des travaux généralistes agricoles. Aujourd’hui, l’activité lin a explosé. « Nous sommes passés sur la période de 500 ha d’arrachage pour arriver à plus de 2 000 ha pour la saison 2026. Nous franchissons encore un cap cette année », souligne Charles Macé. Dans le secteur, c’est surtout le lin d’hiver qui a connu une progression très forte devant le lin de printemps. Grâce aux échanges au sein du réseau EDT, les entrepreneurs font venir depuis trois ans, chaque année, une machine avec chauffeur issue de l’ETA Baril en Seine-Maritime. L’échange fonctionne notamment grâce aux décalages entre la maturité des lins d’hiver de leur secteur Sud du Calvados, et celle des lins de printemps en Seine-Maritime. La forte progression des associés dans le lin a cependant nécessité de continuer d’investir et de prendre des risques pour suivre le marché. Une nouvelle arracheuse est d’ailleurs accueillie cette année. Le coût est important, mais la machine apporte de nombreux bénéfices avec son gabarit routier et une vraie cabine spacieuse digne des automoteurs actuels.
Pressage de paille et chaîne verte
La spécialisation dans le métier du lin apporte une charge de travail importante, qui pousse les entrepreneurs également à moins se disperser dans toute la panoplie des travaux agricoles. « Ce n’est pas si facile de se spécialiser car nous avons des clients qui sont derrière nous et qui attendent beaucoup de nous aussi », souligne Pierre Macé. Outre le lin fibre, les entrepreneurs auraient tendance à miser aujourd’hui sur les récoltes, le pressage et le négoce de paille. Un retour aux sources en quelque sorte. C’est en effet par cette activité réalisée autrefois en petites bottes carrées stockées dans un « bout » de hangar encore de service que l’entreprise avait démarré. L’ETA continue aussi d’avoir une activité importante autour de la chaîne verte. Il y a une dizaine d’années les associés avaient d’ailleurs investi dans un andaineur à tapis Roc. Une machine qui tourne toujours, et qui a permis de conquérir de nouveaux clients.
Main-d’œuvre
L’ETA compte aujourd’hui deux salariés permanents et 7 à 8 saisonniers en plus des deux frères. Parmi les saisonniers on compte un certain nombre d’ouvriers agricoles issus du secteur des céréales et qui complètent leur saison au printemps avec les arrachages de lin. Le fait de pouvoir compter sur la main-d’œuvre est pour les deux frères un vrai défi, qui les incite à la prudence dans leurs investissements pour développer l’entreprise. Le travail administratif a connu également une forte croissance en dix ans avec de plus en plus de réflexions autour de l’éventualité d’embaucher du personnel dédié, au moins à temps partiel.
Une des caractéristiques de l’entreprise forte il y a dix ans venait de la pluriactivité des associés, le père était commercial, et Charles chauffeur en Cuma. « Aujourd’hui, il n’y a plus que Pierre qui est resté professeur en agroéquipements. Cependant, avec la hausse du travail de bureau ou les tensions sur la main-d’œuvre, ce choix fait l’objet d’une remise en question régulière surtout lorsqu’il faut corriger les copies la nuit, faute de pouvoir rallonger les journées ».