Que l’on soit pour au contre les Ogm, le constat est sans ambiguités. Le rendement moyen par hectare de maïs est supérieur aux Etats-Unis de 20 q au rendement moyen français, selon l’Agpm. Et tout porte à croire qu’il va encore progresser plus rapidement (1q/ha).
Alors que la France est le premier pays exportateur de semences de maïs, ses agriculteurs n’ont plus les moyens d’être productifs. Il y a encore quinze ans, le rendement moyen par hectare de maïs était plus élevé qu’aux Etats-Unis. Aujourd’hui, il est inférieur de 20 quintaux. Outre Atlantique, il atteint 113 quintaux par hectare contre de 93 quintaux par hectare en France.
« Ce ne sont pas les tracteurs ou les intrants employés qui expliquent cette différence, mais les variétés cultivées », explique Daniel Peyraube, président de l’Agpm. Il présentait le 24 octobre dernier le bilan de la récolte de maïs en France. « L’innovation, c’est aussi de la génétique. »
Selon lui, les farmers américains cultivent des variétés génétiquement modifiées bien plus résistantes au dérèglement climatique et aux agressions parasitaires que les variétés conventionnelles disponibles en France. Ils valorisent mieux, dans des conditions climatiques extrêmes (fortes températures, précipitations déficitaires etc.), les intrants épandus dans le sol.
Pour obtenir ces nouvelles variétés, les centres de recherche ont à leur disposition une gamme de biotechnologies interdites dans l’Union européenne. Pour sélectionner plus efficacement de nouvelles variétés de maïs. En conséquence, la recherche européenne prend du retard, au fil des années, vis-à-vis de ses concurrents. Et il n’est pas prêt de se résorber.
La décision de la cour de justice européenne du 21 juillet dernier, qui assimile les plantes obtenues par édition génomique (modification du génome des plantes au moyen d’un ciseau moléculaire) à des Ogm, augmente la liste des technologies interdites à l’emploi. Cette décision devrait faire jurisprudence dans toute l’Union européenne.
Or l’édition génomique à la fois facile d’emploi et précise, est adoptée par tous les centres de recherche des grands pays hors de l’Union, producteurs de céréales. Assurer leur sécurité alimentaire dans les prochaines années et accroître leurs capacités exportatrices sont des priorités majeures.
Leur défit est de pouvoir produire plus en consommant moins d’intrants. Et les biotechnologies sont, selon ces pays des voies d’expérimentation efficaces pour y parvenir.
Partout dans le monde, des dizaines de variétés de plantes obtenues par identification génomique sont testées en vue d’être cultivées et d’être commercialisés. Plus de 80 dossiers sont étudiés en Chine.
Par ailleurs, les pays qui ont adopté l’édition génomique, assimilent leurs produits agricoles à des produits conventionnels sur leur marché intérieur. Aussi, qu’adviendra-t-il si ces produits sont exportés ? L’Union européenne les assimilera-t-elle à des produits génétiquement modifiés ?
Quoi qu’il en soit, ces produits issus de l’édition génomique seront mélangés aux autres produits conventionnels dans les pas où ils sont cultivés puis récoltés. Il sera alors impossible de les distinguer.
La différence de rendement conduit d’ores et déjà à des différences de rentabilité des cultures de part et d’autre de l’Atlantique. Les quintaux de maïs coûtent moins chers à produire aux Etats-Unis qu’en France.
Or la fermeture du marché chinois au soja américain pourrait conduire les farmers à cultiver encore plus de maïs sans débouché commercial assuré. Aussi, l’engorgement des marchés des céréales est une menace prise au sérieux avec comme conséquence, des prix bas. Mais les farmers américains restent sereins car ils savent produire à moindres coûts. Ce qui n’est le cas en France.
