port c r alier chine

L’influence de la Chine sur les marchés alimentaires

Premier pays importateur et consommateur au monde de nombreux produits agricoles, deuxième puissance économique mondiale, la Chine exerce une forte emprise commerciale sur les pays, très peu nombreux, en mesure de l’approvisionner.

Le commerce de la viande de porc vers l’Asie est moins rémunérateur qu’il y a quelques mois. La reconstitution progressive du cheptel porcin en Chine pèse sur les cours de l’ensemble des marchés du porc des pays producteurs européens car les débouchés à l’export se restreignent.

A Plérin, sur le Marché du porc breton, le prix payé aux producteurs n’excède pas 1,40 €/kg de carcasse alors qu’il plafonnait à plus de 1,80 €/kg pendant plusieurs mois l’an passé à la même époque.

« Les chiffres du ministère chinois de l’Agriculture montrent que le cheptel porcin chinois en octobre était supérieur de 4,2 % qu’au mois précédent et de 26,9 % plus élevé qu’il y a un an… Toutefois, il est encore beaucoup plus faible qu’avant l’apparition de la peste porcine africaine », rapporte le Marché du porc breton dans sa note de conjoncture (semaine 40) Il a repris à son compte l’analyse de l’agence Reuters.

La sécurité alimentaire de la Chine repose en premier lieu sur le blé et le riz, deux commodités pour lesquelles elle exclut d’être dépendante des marchés agricoles mondiaux. Le riz symbolise même la souveraineté du pays.

La Chine est du reste le premier producteur au monde de blé (136 Mt en 2020-2021 selon l’USDA) et de riz (147 Mt) avec des stocks estimés à 163 Mt et 147 Mt.

Pendant de nombreuses années, les paysans chinois ont aussi été incités à produire massivement du maïs.

Sinon, la Chine a les moyens d’assurer sa souveraineté alimentaire en important massivement des produits.

Mais son influence sur les marchés est très forte. Ses achats portent très vite sur des volumes importants. De plus, les pays auprès desquels la Chine s’approvisionne sont peu nombreux.

L’Empire du milieu est ainsi le premier importateur de viande mouton au monde (400 000 t environ) notamment d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Il est aussi en tête des pays importateurs de produits laitier en poudre. L’an passé, la Chine a acheté 671 000 tonnes de poudres grasse et 344 00 tonnes de poudres maigres. Mais surtout, la Nouvelle-Zélande lui a fourni 49 % des produits secs importés et les Etats-Unis, 9 %.

Sur les marchés des protéagineux, les tonnes de soja produites en plus chaque année en Amérique du sud, sont exportées en Chine. Le pays en produit 17,5 Mt mais elle en importe 100 Mt du Brésil et des Etats-Unis. A eux deux, ces derniers en exportent 145 Mt dans le monde or le marché mondial du soja porte sur 165 Mt.

Aussi, le retrait de la Chine sur un de ces marchés agricoles ou le redéploiement de ses sources d’approvisionnement mettent en péril des filières agricoles entières. L’Australie en fait l’amère expérience sur le marché de l’orge notamment!

En cette fin d’année, la Chine retrouve le chemin de la croissance. Il n’en faut pas plus pour accroître l’interdépendance qui la lie avec ses pays fournisseurs.

« Les importations de viande bovine se sont élevées à près de 2 millions de téc (+39% / 2019), soit seulement 5 % de moins que le volume total importé en 2019 », analyse l’Institut de l’élevage dans une note de conjoncture.

Et sur les 9 premiers mois de l’année, le Brésil a vendu 2,5 fois plus de viande que l’année passée à la même époque à la Chin, et l’Argentine 37 % en plus.

Un gros importateur aujourd’hui, moins dépendant demain

Mais dans quelques années, ces pays exportateurs pourraient rencontrer des difficultés pour exporter leur viande bovine car de nombreux exploitations d’élevage de bovins viande sont créées en Chine.

En fait, l’Empire du milieu est sur le marché de la viande bovine, comme sur tant d’autres, leur chef d’orchestre.

Cette année, elle est devenue le premier pays importateur au monde de céréales (34 Mt) : 8 Mt de blé, 6,5 Mt d’orges, 13 Mt de maïs et 6,2 Mt de sorgho. Mais cela n’est pas sans conséquences.

En ayant annoncé qu’elle achèterait jusqu’à 13 Mt de maïs, les cours de la céréale se sont fortement redressés il y a quinze jours. Et pourtant, l’USDA ne reprend pas à son compte le chiffre avancé de 25 Mt avancé par différents experts céréaliers.

Mais dans le même temps, on a appris par l’institut américain que la production mondiale de maïs serait déficitaire de 12 Mt alors qu’elle était annoncée excédentaire de 25 Mt en juin dernier ! Aussi, les pays exportateurs majeurs de maïs achèveraient la campagne 2021-2022 avec des stocks de report de 70 Mt environ. Aux Etats-Unis, ces derniers seraient les plus faibles (43 Mt) jamais atteints depuis plus de 5 ans. Or en juin dernier, l’USDA tablait sur 84 Mt !

C’est aussi à travers ses stocks de riz, de blé et de maïs notamment que la Chine exerce une réelle emprise sur les marchés! Elle détiendrait en l’occurrence 191 Mt à la fin de la campagne 2020-2021 sur les 291 Mt alors inventoriés dans monde.

Si elle se lançait dans une opération de déstockage de l’une de ces céréales, elle mettrait à mal l’ensemble du marché concerné et par ricochet de nombreux autres…


Notre illustration ci-dessous est issue de Adobe.

Article Précédent
Article Suivant